La vie est un rêve.
On se réveille quand on meurt.
Virginia Woolf

Le jour d’avant

― Jérôme Drapeau.
― Bienvenu, monsieur Drapeau.
― Suis-je en retard?
― Non, sourit le réceptionniste sur qui glisse l’ironie de la question. Vous avez le 21, tel que souhaité.

Souhaité. Le terme a sonné une cloche à la réception de sa mémoire. Le jeune homme blond dans la vingtaine lui tend tout en douceur une carte magnétique au logo de l’endroit, un pommier au sommet d’une colline, que trace élégamment une ligne noire continue :

― L’ascenseur et les escaliers sont à votre droite, précise-t-il en pointant vaguement de la main, le nez à l’écran. Des bagages?
― Non. Depuis longtemps je me suis convaincu que c’est inutile.

Jérôme se met en marche, une minuscule valise en main. Le strict nécessaire pour aujourd’hui et demain. Tout le reste à été vendu ou cédé légalement. Une douleur brusque à la tempe qui s’estompe le temps qu’il s’immobilise. Marcher lentement.

― Ça relaxe le système nerveux, rappelle en lui la voix du neurologue.

Un bureau d’un blanc immaculé, vadrouillé de lumière, sans taches ou poussière, avec les diplômes et attestations sérieuses toutes droites et bien alignées au mur. Les dernières recommandations du très savant médecin après que celui-ci lui ait demandé une dernière fois :

― Vous êtes sûr. Votre décision est définitive.
― C’est exactement pourquoi j’ai pris cette décision, avait sourit Drapeau. Parce qu’elle est définitive.

Il a cessé de se médicamenter depuis deux jours, question d’être lucide et de jouir du week-end. Il avait beau avoir fait une visite virtuelle des lieux, le trajet depuis la gare en taxi avait égaré sa réflexion dans le décor champêtre d’une route bordée de clôtures pittoresques en bois brut et fils de fer. En ce début d’automne dans les Laurentides, le feuillage va du vert vif au rouge pourpre en passant par le vert pâle, le jaune et l’orange. Le soleil est tamisé et la voiture ondule doucement en silence, moteur électrique oblige, le long d’une route partiellement asphaltée. Drapeau s’est attendri en apercevant quelques chevaux qui vaquaient dans un pré. Puis le taxi s’engagea sur une pente ascendante bordée de cyprès, où la route est asphaltée. Parvenu au haut, le centre sur deux étages apparaît, posé sur une assisse de pierres des champs dans un ciel bleu. Le volume est composé de poutres de bois entrecroisées qui forment d’élégants rectangles de verre, certains de quelques mètres carrés de surface, mêlés de portions de murs en lattes de bois au vernis foncé. La construction élancée épouse le paysage et le lac qui s’étant derrière grâce à ses lignes élégantes, son calme et sa sobriété.

Sur la double porte d’entrée en verre épais, impeccable de propreté, sinue en noir le logo du Thanatorium Apex. Le centre appartient à la secte Global Flux dont les membres sont très majoritairement des universitaires de carrière et de gens fortunés émancipés. Depuis qu’une loi fédérale a sanctionné le droit à mourir dans la dignité, sans souffrances inutiles, la secte a acquis cet ancienne retraite pour amateurs de yoga, centre construit après qu’un séjour en Inde des Beatles fin des années 60 ait causé en Amérique un tsunami pour la culture indienne.

L’entrée ouvre sur un vaste hall lumineux qui mène face à soi au comptoir de la réception dont la longueur, les casiers au mur derrière et le bois clair rappellent une autre époque. À gauche, un vitrail imposant montre une rangée d’arbustes, chacun dans une position de yoga. On devine derrière la murale une piscine chauffée en demi sous-sol. Une mélodie de Enya embaume l’air. Le plancher de bois sombre huilé est une antiquité en soi. Ça vaut une fortune, n’avait pu s’empêcher de penser Drapeau en entrant.

La douleur persistante qui l’avait fait remettre en question sa décision d’oublier ses médicament un peu plus tôt s’est envolée. La quiétude du trajet puis de l’endroit l’ont calmé. La paix d’esprit est la meilleure des drogues, lui a expliqué le docteur Smith, un neurologue du CHUM, dans son bureau d’un blanc immaculé avec les incontournables diplômes encadrés et bien alignées, dont un provenait de San Diego, ce qui l’avait surpris. Doc Smith lui parlait de recherche, d’espoir, de nouveaux médicaments et Drapeau le regardait, un vague à l’âme, en se rappelant que dehors, quelques étages plus bas, les passants étaient éclaboussés de soleil en ce début d’été idyllique.

Défaire sa valise lui prit une minute. Il est au deuxième étage, coin nord est, à cause de la vue sur le lac, de la chute qu’on devine au loin et du village lové dans un creux, un peu à gauche et dont on devine quelques toits. À l’écran, ça lui avait rappelé Sherbrooke, la ville de son enfance. Sortir. Il prend l’escalier pour aller au rez-de-chaussée, le temps d’apercevoir au passage une jeune femme en chaise roulante sortir de l’ascenseur, poussée par sa mère, semble-t-il. L’étage peut accommoder une dizaine de petites chambres éclairées par de grandes vitres. Ils n’ont nul besoin de garde-robe, de remise, d’armoire, de poêle ou de réfrigérateur. Le service aux chambres sera impeccable, l’a-t-on assuré. Sans mentionner « ou argent remis », s’amuse Jérôme en esprit.

Une dégradation des terminaisons nerveuses cutanées, possiblement causée par une bestiole inconnue, transforme peu à peu toute stimulation de ces terminaisons en signal de douleur, principalement autour de la tête et dans le cou. La bonne nouvelle, expression qu’il avait accueillie d’un mince sourire, certains calmants antidépresseurs engourdissent les cellules endommagées, au prix d’une perte appréciable de vivacité d’esprit, faut-il mentionner. Comme la marijuana, pensa-t-il, ça gèle en gros. Il n’y avait rien d’autre et, éventuellement, il faudrait passer à une médicamentation plus forte qui le réduirait à un semi-végétal contemplatif du paysage à rendre une vache jalouse. Tout en demeurant peut-être parfaitement conscient d’être un semi-légume, ne peut-il s’empêcher d’envisager, un état cauchemardesque.

À la fin de l’été, en sortant d’un café où il aimait travailler le matin, Drapeau s’était immobilisé, ne sachant plus par quel côté aller pour retourner chez lui. D’ailleurs son travail d’évaluateur n’existait plus vraiment. Jérôme vivait depuis quelques mois sur sa richesse accumulée. La douleur brusque qui pouvait à tout instant briser sa concentration et la médicamentation avait ralenti sa réflexion au point où les délais de soumission le prenaient au dépourvu. Avant, devant n’importe quel lot abandonné, que ce soit un hangar, un garage, ou un étage d’immeuble, après avoir fait le repérage rapide autorisé, Jérôme Drapeau pouvait soumettre une enchère inégalée et, dans plus de 80% des cas, acheter le lot bien au-dessous de sa valeur réelle; statistique qu’il avait gardé secrète durant toute sa carrière, affichant ici et là un air déçu à la suite d’une acquisition, se réconfortant devant ses concurrents de jouir d’une aisance matérielle héritée de sa famille, affirmation sans aucun fondement. Le plus gros du travail consistait à liquider les morceaux, mais l’Internet avait tellement facilité sa tâche. Au The Price is Right du conteneur abandonné, il aurait terminé sur le podium.

À gauche de la réception, face à l’escalier, un large corridor donne accès à divers salons. Aucun écran ni prises électriques omniprésentes. Jérôme sourit. Pas même un karaoké. Dans un confortable divan, dos aux fenêtre, un adolescent repose, les yeux fermés, écouteurs aux oreilles. Dans le fauteuil attenant, un homme d’âge mûr lit ce qui semble être une bible. À l’extérieur, un patio offre des chaises pliantes longues face au lac. Une fois dehors, le vif de la lumière et la fraîcheur de l’air le rappelle à la vie. Dans la cacophonie des oies qui bavardent, il devine la chute au loin. Un petit vent frais. Du coin de l’œil il note à sa droite que quelqu’un rajuste la couverture qui l’enveloppe. Il en repère qui sont empilées sur une étagère au mur derrière lui.

Une femme, découvre-t-il. Tête tournée, elle le regarde et sourit. Élancements douloureux. Détendre les épaules. Prendre une couverture. En s’approchant, il note que la dame, maquillée, est dans la quarantaine avancée, assez mince et semble-t-il, pas très grande. De situation modeste, note-t-il à la bague qu’elle porte. Drapeau n’est lui-même ni grand, ni imposant, une contrainte malheureuse quand on possède une âme de chevalier.

― Puis-je? demande Drapeau en pointant la chaise voisine.
― Bien sûr.

Jérôme sourit puis se fige :
― C’est étrange, nous sommes de parfaits inconnus, pourtant j’ai une impression d’intimité en vous parlant.
― Ah! Pour moi ce serait plutôt de complicité. C’est que vous venez d’arriver. Ici être voisin prend un sens particulier. On s’habitue.
― On a le temps?

Il s’arrête aussitôt, prenant conscience du sordide de la remarque.

― Disons que l’impression de nouveauté s’estompe rapidement, précise galamment la dame.
― La complicité, oui, je comprends. De partager la même situation, la même condition, disons. D’où l’impression de complicité.

Il s’installe sur la chaise, ajuste un coussin sous sa tête et déplie la couverture négligemment. Aussitôt le froid de l’air s’estompe et la chaleur du soleil s’impose.

Drapeau n’aime pas conduire et préférait louer un véhicule quand il avait à se déplacer hors de la ville. Pour le quotidien, métro et bus suffisaient. Ça lui permettait chemin faisant de faire sa comptabilité dans un petit carnet noir ou de rédiger, laptop sur ses cuisses, les incontournables lettres légales et commerciales que son travail de dénicheur de petits trésors cachés obligeait, ne serait-ce que pour sécuriser ses transactions et les dispositions qu’elles concernaient inexorablement quand au contenu de la vente, de son état ou du transport. Heureusement elles avaient toutes une forme standard. Il suffisait de remplir les blancs, mais sans que ça paraisse. Jérôme prenait le temps d’éliminer les blancs en trop du texte pour donner, grâce aux formulations qu’il avait développées, une impression de contrat signé qui sentait presque la plume et l’encrier.

― Jérôme Drapeau, estimateur.
― Élise Gagnon, institutrice. Un autre genre d’estimation.
― Depuis quand êtes-vous ici, ne peut-il s’empêcher de demander malgré le délicat du sujet.
― Il y a trois jours. J’ai choisi un séjour de cinq jours. Vous?
― Deux, grimace-t-il.
― Vous souffrez beaucoup, demande Élise, compatissante.
― Par moments, surtout si je ne suis pas détendu. J’ai préféré ne pas apporter de médicaments.
― Je comprends. Hé bien détendez-vous alors!

Une voix fruitée qui éveille l’homme en lui. Une volée d’oiseaux balaie le ciel d’ouest en est. Le rappel de la première fois revient le hanter.

Un mercredi pluvieux en fin d’avant-midi. Il déambulait en toute innocence. Un reportage à la télé lui revient en tête. Ça se passe dans un désert. Un scorpion marche sur le sable. Il sent venir une menace à dix mètres autour de lui, un délai qui lui permet de s’ensabler et de demeurer immobile. Mais voilà, pendant que l’animal avance, tout confiant, un serpent fait irruption à toute vitesse. Lui repère les vibrations de la marche du scorpion à cent mètres. Jérôme avait alors pensé à l’indien qui, dans un film de cowboys, écoutait la terre et prédisait le nombre de cavaliers et leur distance. Il était alors ado et ça l’avait impressionné.

Dans le métro, ce fameux mercredi, l’eau des parapluies se baladait en un va-et-vient selon l’allure du train. À la station, les portes s’ouvrent sur les lamentations d’un gamin mécontent du sort qui s’acharne sur lui. De toute évidence, il voudrait être ailleurs. Voyant sa mère devenir impatiente de l’entendre rechigner, Jérôme s’agenouille à côté de l’enfant qui se fige et le regarde, ne sachant trop quoi penser.

― La première fois que j’ai pris le métro, j’avais quinze ans, dit-il à l’enfant. Il venait tout juste d’être construit. Il était tout neuf. Même ta maman était jeune, une enfant peut-être.

La mère du petit sourit.

― Moi j’étais déjà grand comme maintenant, poursuit-il. Je me demande de quoi ça a l’air un wagon quand on est petit.

Ce faisant, il courbe le dos pour rapetisser à hauteur du gamin qui le fixe.

― Est-ce que tu aimerais savoir comment on le voit quand on est grand?

Ce disant, Drapeau se relève pour soulever l’enfant. Black-out.

Il s’était réveillé aux soins intensifs du CHUM, un vague souvenir de sirène en tête. Des lumières vives, les murs blancs immaculés, des panneaux de toile sur rail qui glissent dans un ronronnement d’aluminium. Des fils vont à sa tête. Le bruit quasi inaudible d’un appareil qui épie sans relâche les états de son corps. Autour, derrière d’autres rideaux gisent d’autres victimes d’un bris mécanique ou d’une intrusion malveillante. Douleur vive à la nuque, comme si des fils électriques se mettaient en marche, sans but, à la manière d’un faux contact. C’est grave. La voie de sa conscience.

Il était encore jeune homme. Ses débuts en tant qu’estimateur avaient été remarqués. Il reçoit une invitation privée. Loin. Il doit louer un véhicule. Un endroit moche, un terrain plat clôturé peuplé de hangars bas. Un dépôt pour meubles et accessoires encombrants et vieillots. Quatre autres évaluateurs sont là. Pas des pros, comprend-t-il à leur attitude. Trois lots ont été abandonnés, les informe-t-on. Quand la femme ouvre les portes pour une brève inspection, des objets de valeur sont immédiatement visibles. Le genre de bidules qui ne devraient pas être entreposés dans un endroit pareil. Trop visibles. La voix de sa conscience avait rappelé à l’ordre l’animal excité en lui. Une arnaque. Il avait feint de recevoir un appel et s’était discrètement éclipsé. Il avait ouï-dire par la suite que des escrocs empilaient de la camelote dans les hangars avec quelques items accroche-cœurs. Les néophytes misaient bien trop haut pour soulager le propriétaire de ses vidanges.

Ses nerfs se sont endormis. Une infirmière vient en faire le constat. L’amour de sa vie. Vingt-trois ans déjà. Un étourdissement, puis un autre; de petites errances auditives et parfois un élancement à la tempe. Question maladie, Diane s’accrochait sans se l’avouer à une pensée magique, que si on ignore le malheur, il va finir par vous oublier. Mais le diable est dans les détails et au total la facture à payer est sans subtilité. Un cancer du cerveau. Compliqué en prime d’une tumeur annexe qui s’attaque à l’oreille interne et dont les tissus cancéreux ont engourdi l’effet. Question traitement, c’était l’état légume ou la mort. Je n’ai rien d’une végétarienne, avait-elle répondu. Il demeura près d’elle jusqu’à la fin, où d’un clin d’œil elle lui demandait de peser sur le piston à morphine. L’aube se levait quand les appareils s’endormirent. Il déposa un baiser sur les lèvres de la morte, comme certains embrassent ou caressent doucement le cercueil. Puis il partit. Jérôme Drapeau savait qu’il vivrait seul le reste de sa vie.

Diane était apparue dans sa vie par un hasard cocasse. Elle avait embouti le véhicule qu’il avait loué, ayant freiné trop tard sur l’asphalte mouillé. Sous l’averse, parapluie en main, elle avait ri de bon cœur à la blague qu’il lançait, étourdi par la délicate beauté de la petite dame. Leur complicité avait été immédiate.

― Comment allez-vous monsieur Drapeau.

Une voix rassurante, forte et intelligente. Retour au théâtre de la blancheur médicale. Le docteur, un homme bedonnant format bûcheron possède des yeux d’un bleu à implorer le pardon de tous vos péchés. Dès qu’il se met à parler, ne demeure en scène que le spécialiste. On va lui faire passer un scan. On lui fera ensuite une piqûre pour la douleur. Pour l’instant, l’analgésique ferait l’affaire s’il reste calme. Drapeau se rendormit.

Ils avaient profité de cinq années de …

― Vous êtes songeur, note Élise, le ton à la question.

Retour au lac. Jérôme sourit :
― Je me rappelais quand … (Il hésite.)
― La première fois? Quand vous avez su.
― Oui.
― Vous voulez me raconter.


L’intimité avait-elle dit. Il raconta. Le lendemain le spécialiste est revenu. La première crise avait été plus sévère que selon le peu de documentation que la médecine possédait au sujet de l’infection que l’analyse de sang avait révélée.

― Comme j’étais en excellente santé, ma résistance immunitaire a favorisé la formation d’une vague d’autant plus dévastatrice une fois la digue brisée.

Élise sourit à l’image du barrage. Une microscopique bestiole s’est installé dans la myéline, le gras du filage nerveux. L’enflure cause des décharges involontaires dont la douleur soudaine et la perte de conscience conséquente résultent. Sous ces désagréments de surface une lente dégénérescence nerveuse se propage d’un fil à l’autre. La vaillance au combat de ses anticorps retarde le processus mais amplifie l’impact de la douleur à chaque défaite locale. C’était en gros le scénario de la fin de sa vie. Un inhibiteur d’influx nerveux et deux autres médicaments le soulageraient, mais causeraient une réduction significative de certaines de ses capacités cognitives. À la longue, il perdra une partie de son audition et de sa concentration, ainsi que la motricité d’un côté de son corps. Éventuellement.
― La science n’avait rien d’autre à proposer, conclut Jérôme. L’infection est mal connue. Il semble qu’on m’en voulait personnellement.

Élise sourit, touchée par son humour. Elle se penche, tend le bras et pose la main sur la sienne. Tout chevalier, il veut la rassurer.

― Cinquante-six ans, ce n’est certes pas vieux, mais ma jeunesse et mes meilleures années sont dans mon dos. Et vous?

Des cils qui s’abaissent, une petite rougeur aux joues et un mince sourire obligent Drapeau à un silence galant. Une demoiselle apparaît et propose des breuvages. Élise demande un thé Darjeeling, son préféré à lui. La demoiselle demande si et quand ils voudront manger. Ils s’entendirent pour souper ensemble plus tard.

On entend des oies en surenchères au loin. Une prescription et un rendez-vous, les deux renouvelables, avaient conclu l’explication. Question temps, le médecin fut réticent à faire oracle. Il finit par concéder un « entre quatre mois et un an, au mieux ».

― Dehors, poursuit Jérôme une fois les breuvages servis, je me retrouve sans avenir sous un soleil printanier. Mon agenda se résumait à deux points. D’abord passer à la pharmacie. Le métro Champs-de-Mars est tout près. Je m’y engouffre, n’ayant rien d’autre en tête que le souvenir de m’y être évanoui et une vive conscience d’exister. À peine sur le quai, le métro surgit et les portes s’ouvrent sur l’éclairage cru du wagon. Me voilà debout au milieu des passagers assis, le nez dans leur téléphone.
― Vous aviez peur d’une rechute? suggère Élise, toute maternelle.
― Non. J’avais ….

Jérôme affiche un sourire mitigé :

― … l’impression d’être un étranger fraîchement débarqué. Je regardais les gens immobiles, les yeux rivés à leur appareil. Quand rien ne se proposait à l’écran, certains levaient la tête, le regard vide, comme en attente. Devant un écran opaque, ils semblaient retenir leur conscience comme quand on retient sa respiration sous l’eau. C’est alors que je me suis posé la dernière question importante de ma vie. Le second point à mon agenda, précise-t-il les yeux dans ceux d’Élise, toute attentive, je me suis demandé s’il était possible de mourir heureux?
― Et quelqu’un vous a parlé de ce centre.

Ils continuèrent de converser en buvant du thé. Le temps coula. Élise voulut faire une sieste avant le repas, ce qui arrangeait Jérôme. Mais voilà, il eut de la difficulté à dormir, une rencontre surprenante. Le test…

Pour être admis au centre, il fallait passer une évaluation locale, indépendante de la procédure d’admission à l’euthanasie imposée par le gouvernement. Pouvoir autoriser quiconque à attenter à vos jours est une liberté qui vous présume sain d’esprit, un minimum à vérifier, avait consenti Drapeau, sourcillant à l’évidence. L’entrevue, presque un entretien, s’était avérée fort différente de ce qu’il avait imaginé. Il pensait que d’autres spécialistes allaient sonder sa santé mentale, il en fut tout autrement. Jonathan.

L’interviewer, un gai fin trentaine, tout en tact, empathie et respect, se montre chaleureux d’esprit et réservé de gestes. Ce qui lui avait plu, constate Drapeau, la tête sur l’oreiller. De revisiter la scène avec calme décourage toute velléité de ses nerfs à monter aux barricades.

― Le jour J avait ânonné Jérôme.

Mais Jonathan avait récupéré tout sourire :

― Le jour des alliés.

Il en connaissait long sur la vie de Drapeau, l’interviewer. Il avait même réfléchi sur cette vie, pris connaissance du dossier. Pas comme un fonctionnaire. Pas même avec le sérieux d’un médecin. Qui vous assure que vous aller mourir heureux doit bien vous connaître, avait admis Jérôme avant même de se retrouver face à Jonathan.

Ils avaient jasé :

― Parlez-moi de souvenirs dont le rappel vous procure un grand plaisir.
― Un grand bonheur?
― Parfait. Dites-moi, quels souvenirs espéreriez-vous conserver le plus longtemps? Peut-être est-ce une approche un peu négative?
― Pas du tout, clarifie l’estimateur.

Drapeau entre en lui, en attente. La requête l’a pris par surprise. Divers souvenirs remontent. Pourquoi eux? D’imaginer une pelletée de terre qu’on rejette sans s’y attarder pour pouvoir creuser plus profond le rend patient. Maintenant qu’il y repense dans un demi-sommeil, l’autre s’était fait invisible.

Le vélo rouge. C’est sa fête. Il dévale la pente asphaltée qui mène au club d’échecs en pédalant à toute vitesse. Le vent à son visage, une impression d’ivresse, comme s’il volait.

Une poignée de main. Le bonheur évident de la dame. Jérôme vient de lui vendre trois cent dollars, un très bon prix, une glacière impeccable fin dix-neuvième en bois noble nacré, devinée dans un tas de vieilleries empilées dans un garage, le tout payé cent dollars à quelqu’un qui vendait ses vidanges.

Un baiser dans la pénombre. La jeune voisine qui a des seins. Il découvre un corps de femme avec ses mains, en aveugle, les yeux fermés, son sexe dur, son corps bouillant. Il l’avait sentie frissonner de plaisir, complice silencieuse, quand il avait caressé sa poitrine. Jamais il n’avait été aussi vivant.

Sa mère, souriante, toute fière, entourée des voisines. Il est revenu avec une lettre de l’instituteur, qu’il a tendue l’air coupable. Sa mère l’a ouverte, inquiète, en le regardant d’un air qui disait « mais qu’est-ce que tu as fait? ». Le message spécifiait qu’il avait été choisi pour représenter l’école. Il avait ri de bon cœur, fier de son coup devant son air confus.

Sa mère malade. Une impression de vide, une chute intérieure. D’une voix vibrante, rauque par instants, une larme à l’œil, il décrit à Jonathan la scène à l’hôpital. Un tube sort de son nez et ses yeux sont rougeâtres. Elle parle comme si elle était morte.

Le visage de Diane surgit. Ils sont au parc Lafontaine devant la « mare aux canards » comme il l’appelle. Elle a levé la tête vers lui, heureuse. Jérôme a installé la chaise roulante tout près du bord pour qu’elle observe les canards pédaler pour avancer. Ça la fait rigoler sans qu’elle puisse expliquer pourquoi. Elle a maigri et est faible. En ce début d’automne ensoleillé et très clément, il a quasiment dû la momifier pour qu’elle soit au chaud. La flamme s’éteint en elle. Pourtant, sa bonne humeur le transporte de joie. Sur le chemin du retour elle s’était endormie. Il avait reçu l’appel de l’hôpital quelques jours plus tard. Il fallait venir vite.

― Pourquoi ce moment-là? se demande Jérôme à haute voix. Parce que c’était la dernière fois? Il m’est très précieux même s’il est triste.

La temps se met sur « pause ». En lui, Jérôme ferme les albums souvenirs.

― Et si vous aviez à choisir la journée que vous seriez heureux de revivre chaque jour à répétition, sans vous en rappeler, suggère Jonathan en douceur.
― Le jour de la marmotte d’un amnésique, ne peut-il s’empêcher d’ironiser.

L’allusion avait amusé Jonathan. Il connaissait le vieux film avec Bill Murray.

― Le jour où j’ai rencontré Diane.
― Le début et la fin, sourit l’autre.
― Peut-être, laisse couler Jérôme devant l’intelligence de l’observation. Elle portait une robe, pas trop courte, mais qui semblait l’être. Un peu, comment dirais-je, froufrou.
― Une robe évasée avec des plis?
― Oui. Et des talons hauts. Elle avait des jambes exquises et le savait. Petite, avec une taille de guêpe, comme dit l’expression. Connaissez-vous Achille Talon?
― Comme dans l’expression « le talon d’Achille »?
― Un personnage de bande dessinée. Il y a un demi-siècle, j’avoue. Sa faiblesse, son « talon », était de trop parler. Il usait d’un vocabulaire impressionnant et de longues tirades pour exprimer des riens. Son talon d’Achille c’était lui-même, sa personnalité.
― Je vois, amusant.
― Or sa copine s’appelle Virgule.
― Elle savait comment se faire entendre, s’amuse Élise.
― Je ne me rappelle pas. Plus un clin d’œil de l’auteur, j’imagine. Physiquement Diane ressemblait à Virgule, mais plus jeune avec les cheveux auburn. La même classe, la même élégance, le charme en plus. Adolescent, la féminité de Virgule m’avait touché. Quand j’ai vu Diane, j’ai eu l’impression de rencontrer une fiction incarnée.

« Je vois », avait dit Jonathan les yeux brillants, fasciné. Au rappel, Jérôme le comprend malgré ses paupières lourdes.

― Je n’ai même pas eu le temps de m’étonner qu’elle s’intéresse à moi.

Ce qui fit rire l’interviewer, qui à quelques questions de là le remerciait d’avoir si bien collaboré. Une coïncidence? se demande-t-il dans un demi-sommeil. Deux semaines… Mixent les gens? Combien…

― Drôle de test, commente-t-il devant l’interviewer assis derrière le bureau du professeur à l’école. Il a pausé devant lui un réveil-matin antique, celui…

Le réveil s’active.

― Il n’y aura pas de test, dit Élise, devenue intervieweuse.

Sonnerie de téléphone.

― Tu pourras mourir heureux.

Jérôme sursaute. Embué de sommeil il saisit son téléphone. Il avait demandé qu’on le réveille, au cas où. Il eut des doutes une fois levé car les élancements se firent sans charité. Il se rappela les conseils du spécialiste et une quinzaine de minutes de relaxation permirent de calmer l’assaut. Après la douche, il sut qu’il serait en retard au petit resto.

En entrant, il est accueilli par une chanson de Gilberto et Getz qu’il reconnaît à sa douce sensualité. Un charmant petit resto sert de cafétéria. Élise est soulagée de le voir arriver. Il le devine au mouvement rapide de sa tête, à son sourire et au bonheur dans ses yeux quand leurs regards se croisent. Des fleurs sur la table. Qu’elle s’inquiète pour lui le touche. Pour soulager son trouble, il lance une bêtise en s’assoyant :

― Avez-vous craint que je sois mort?

Il en est à regretter sa tirade quand Élise éclate de rire.

― Mon Dieu, non. Mais ici, souligne-t-elle des yeux.
― Une légère indisposition.
― Voilà. J’aurais compris, remarquez.
― J’ai momentanément oublié où nous étions, soupire-t-il.
― Tant mieux, sourit Élise, ses yeux dans les siens.

Sa sollicitude en devient grisante.

― Et vous?
― Moi? Oh, j’ai mal dormi la nuit passée. Une petite pause m’a ressuscitée, dit-elle enjouée, mon malaise s’est envolé, mime-t-elle avec ses mains.

Elle comme lui commandent un repas léger. Élise ne fait nulle mention d’alcool. Tant mieux. Dans son cas ce serait « contre productif », comme disent les gens efficaces.
― Ironique tout de même de se rencontrer maintenant, lance-t-il.

Élise lui jette un regard et retourne à sa salade. Ça l’a touchée. Ça le soulage au fond de l’exprimer.

― Ce serait …

Elle hésite.

― Ce serait? demande Jérôme.
― Disons une bien courte relation.

Une porte aux pentures rouillées s’ouvre en Jérôme. Il songe au jour où il a rencontré Diane. Lui ou elle aurait pu être frappé par un véhicule la semaine où le mois d’après. Cet amour soudain dont ils s’étaient naturellement faits les complices, serait-il devenu un moment ridicule ou sans intérêt pour autant? Et même s’il avait connu l’avenir, cela aurait été un amour véritable, malgré l’humour vinaigré du destin. Un bon épisode de Twillight Zone, en est-il à penser quand il se rend compte qu’Élise mange en silence.

― Ce n’est pas la longévité de la relation qui importe, il me semble, précise-t-il, mais sa qualité. Nous ne sommes pas maîtres de notre sort.
― Pas même de notre cœur parfois.

Il approuve de la tête. Quelque part il a senti qu’Élise lui parlait depuis l’intérieur d’elle, comme cela se fait naturellement entre âmes sœurs.

― Jeune, je jouais aux échecs. J’avais l’impression de dominer le sort, de maîtriser mon futur. J’ai défendu… (Il sourit.) l’honneur de mon école dans un championnat régional des high schools.
― Vous êtes un champion du jeu d’échecs.
― Disons qu’à l’époque, surtout par chez moi, ce n’était guère un prérequis. Je montrais des dispositions, certes. Le plus étrange c’est que je n’aime pas la compétition.
― Pourquoi jouer alors?
À― Pour le plaisir de déjouer l’adversaire tout en jouant avec des petits soldats de bois. Mais plus on gagne, plus la compétition vous aspire vers le haut et plus on vous estime.
― Je comprends. Avez-vous gagné?
― Il fallait jouer six parties en deux jours. Très exigeant. Le premier jour j’ai gagné mes trois parties. Nous étions une cinquantaine, champions de nos écoles respectives. Je n’avais jamais ressenti une telle nervosité dans l’air. Je n’ai pratiquement pas fermé l’œil de la nuit et au matin j’avais une diarrhée. Je supporte mal la bouffe de cafétéria.
― Désolé, dit Élise qui ne peut s’empêcher d’en rire. Je ne m’attendais pas…

Les deux rient de bon cœur.

― Que s’est-il passé?
― Le lendemain matin je joue de chance. Mon adversaire semble très nerveux de nature et il laisse sa dame en prise. Très douloureux.
― Mon dieu. C’est la pièce la plus importante, je crois.
― Oui. Mon adversaire pour la cinquième partie n’a que trois et demi en quatre. Les deux autres avec un score parfait ont annulé entre eux à la quatrième ronde. Mon adversaire fait une gaffe dans l’ouverture et se retrouve en difficulté. Sauf que je me mets à jouer des coups sans vigueur alors que lui est tout éveillé.
― La fatigue.
― Plutôt les allers-retours aux toilettes.

Le sourire d’Élise s’élargit et se brise en un rire contagieux.

― Je lui ai proposé une partie nulle.
― Et il a accepté?
― Oui. J’ai bien camouflé mon trouble, remarque. Bon, que je me dis, il n”en reste qu’une. Une simple partie nulle m’assurerait de terminer à égalité en tête. Hélas, les allers-retours s’aggravent, la fatigue se fait sentir et j’abandonne rapidement une partie, disons merdique, étant donné le contexte.

Autre rire d’Élise. Grâce aux anecdotes de Jérôme, enrobées de son plaisir à dire, ils oublièrent le temps compté tout comme l’endroit où il est compté. Cet homme a connu tant de gens. Sa profession si singulière l’a fait psychologue en plus de détective, comprend-elle, captivée. Sans oublier un raconteur exquis qui anime leur conversation jusqu’au café, qu’il refuse, préférant une tisane.

La fatigue pèse sur ses épaules. Depuis son siège, Jérôme voit par la fenêtre le soleil décliner, déjà les pieds dans le lac. Une marche réduirait grandement le risque d’une attaque. Ça surviendrait à un bien mauvais moment. J’aurais dû apporter les pilules.

— Ça vous dirait une promenade? Une marche lente, disons.
— Il y a une sentier charmant dans le boisé d’à côté, dit Élise. Le chemin s’éclaire de lui-même et accompagne les promeneurs dans la noirceur. C’est mignon. Et personne ne peut vous surprendre.
Adorable de pertinence, ce disant. Jérôme est conquis. Dehors l’air est frais. Aussitôt Élise se drape d’un tissu qu’elle tenait en main et dont la couleur courtise celle de son tailleur. Elle souhaitait cette marche, comprend-il. Elle n’en cache rien.
― Vous n’avez pas d’enfants, je pense.
La remarque le rejoint dans sa réflexion.
― Une intuition, précise Élise. Vous êtes seul ici. Vous m’avez dit être célibataire. J’ai présumé qu’avec …
Elle cherche le prénom.
― Diane.
― Avec Diane, pardonnez moi.
― Ce n’est rien voyons.
― Vous n’avez pas parler d’enfant. En plus, de la manière dont vous racontiez votre enfance, il n’est jamais question de sœur ou de frère dans vos souvenirs. J’ai pensé que vous étiez fils unique.
― Unique oui. Un cadeau tardif, très tardif même pour mes parents.
― Vous aussi êtes seule.
― Oh moi… Il y a un étang plus loin avec des bancs.

Elle est là depuis quelques jours, se rappelle-t-il. Une éventualité chicote:
― Avez-vous rencontré, parlez disons avec d’autres …

Il cherche un terme poli. Voilà Élise qui sourit, toute heureuse de son souci en faisant « non » de la tête. D’un élan spontané, une rareté dans sa vie, Jérôme prend la main d’Élise dans la sienne et dit :
― Je me demande s’il faut trouver la situation tragique ou comique.
― Pourquoi? demande-t-elle avec douceur.
― Bien cette rencontre est… enfin pour moi elle est magique.
Il sent la main de sa compagne presser légèrement la sienne.
― Vraiment? demande Élise qui semble vouloir s’en assurer.

Tout en conversant Jérôme découvre que le paysage qui s’ouvre devant lui a quelque chose de féerique. Un sentier sinueux au travers une forêt d’arbres et de sapins, bordé ci et là de petits lampadaires à pile solaire qui s’allument au passage quand la noirceur s’impose. Une lumière tamisée qui éclaire le dessous du feuillage comme une voûte au-dessus d’eux. À une cinquantaine de pas, il devine un étang ou le début d’un petit lac.

― C’est bien pensé, dit-il. Plus la nuit progresse plus la lumière faiblit et nous rappelle l’heure tardive.
― Un coucher de lampadaire, s’amuse Élise.
Il approuve l’image d’un sourire. Même impression avec Diane. Une complicité si naturelle.

Les contacts humains véritables s’étaient révélés plus difficiles à établir que Drapeau aurait pu l’estimer une fois devenu un homme indépendant de fortune. Surtout si le désir sexuel ou la passion pour un hobby sont la seule véritable motivation à se fréquenter. L’incident jaillit en lui, brutal. Un joueur d’échecs occasionnel avec qui il s’est lié d’amitié dans un bar pour célibataires pas très motivés question trouver l’âme sœur. Jérôme travaille dans des ventes de garage de la haute et s’en tire fort bien comme estimateur. Il faut devenir uns érudit par contre question ustensiles, livres, objets de collection ou peintures. L’autre lui montre un briquet « antique » qu’il dit valoir quelques centaines de dollars au moins. Ce qui le fait rire. Première erreur. Jérôme l’assure que s’il pouvait en tirer vingt dollars, ce serait la vente de la semaine. L’autre réplique, bombe du torse, monte le ton et soudain les pièces sur l’échiquier sont balayées d’une claque. Devant Drapeau, les yeux méchants posés sur lui, se tient un gorille mâle en colère. Jérôme doit avoir l’air si hébété que l’autre se fige. Des gens s’intéressèrent à la scène, le gorille prit la mesure de son geste d’agression, Jérôme s’excusa et disparut. Il devrait lui raconter l’incident. Quand? D’y penser lui crève le cœur.

― Pourquoi comique? demande Élise.
― Quoi?
― Je dérange, se moque-t-elle.
― Mais non.
― Pourquoi notre rencontre serait-elle comique?
― Ironique? Comme si le destin se moquait de nous. Une rencontre comme celle-ci est exceptionnelle, pour moi du moins. Et j’ai le coup d’œil pour les estimations, ajoute-t-il afin de chasser une ombre de tristesse. Et ça s’arrête demain.
― On peut voir ça comme un coussin à l’atterrissage peut-être, suggère Élise, toute diplomate.
Pour elle? Les yeux sur l’étang, proche, où loge des poissons, Jérôme Drapeau osa. Pour la seconde fois de sa vie, il sentit son cœur de chevalier battre.
― Oh! Ici ce serait bien, dit Élise en pointant un banc du bout du nez.

Ils s’assoient. Une belle vue sur l’étang. Élise passe son bras sous le sien et pose sa tête à son épaule :
― Tu n’as pas froid, demande-t-elle.
― Non, ça va. Tu sais, si nous n’avons qu’une seule journée et bien tant pis, c’est ça de pris. On en restera à la rencontre, un très beau moment. Un coussin, c’est vrai.Tu possèdes une présence d’esprit remarquable.
Élise, manifestement rayonnante, semble gênée.
― Je suis un excellent estimateur, je te rappelle.

Elle presse un peu son bras. Sans même y prêter attention, il analyse le décor. Un étang modeste, des bancs élégants, un aménagement paysager discret : un havre de paix. Combien de clients sont venus ici « fermer les livres », ne peut-il s’empêcher de penser. Une pression apparaît à ses tempes. Ils sont repartis tristes ou heureux? Peut-être les deux à la fois. Comme nous? Il se crispe, un début de crise.

― Il faut te détendre, lui murmure Élise.

Jérôme peine à lui répondre. Élise plie sa couverture pour en faire un oreiller :
― Allez, allonges-toi.

Elle s’agenouille par terre et lui masse lentement la tête et les tempes. Après quelques minutes, les élancements diminuent. Il la regarde, son visage au-dessus du sien, de biais, ses traits fins, ses lèvres minces, son air appliqué.

― C’est vrai que c’est très calme ici.
― Voilà.

Elle lui donne un baiser sur la joue. Ils sont déjà à l’aise comme un vieux couple, sans se connaître plus qu’il ne faut. Il la regarde sur un fond de ciel étoilé :
― Tu es très belle.
― Voyons.
― J’insiste. Jamais je n’aurais espéré qu’une femme aussi ravissante s’intéresse à moi. C’est le contexte bien sûr.
― Peut-être. Mais non. Ça tombe seulement à un très mauvais moment.
Soudain c’est l’averse de chocs. Craintive, Élise se penche spontanément vers lui, pend sa tête entre ses bras et la presse contre sa petite poitrine. Elle sent une main crispée qui tient sa taille comme une bouée de sauvetage. On entend les bruits des insectes tout autour. Elle avait oublié. Il l’envoûte. Ça la fait sourire, une larme à l’œil toutefois.

Soudain le corps de Jérôme se détend.

― J’aurais dû emporter mes médicaments.
― Pourquoi tu ne l’as pas fait?
― Ça m’assomme et ça m’abrutit. Je voulais…
― Je comprends, murmure-t-elle en lui replaçant une mèche de cheveux. Personne ne veut souffrir pour rien, lui dit-elle à l’oreille.

Le cou d’Élise est tout près de son visage. Il sent son parfum.

― Tu ne peux pas les doser?
― Pour ça, il faudrait que j’ai envie de vivre.
― C’est vrai.
― À deux par contre…

Élise relève la tête, mais pas avant avoir déposé un doux baiser sur ses lèvres.

― On peut annuler, c’est mentionné dans le contrat, précise-t-elle, le ton professoral.
― Pas lue.
― Il faut laisser un message. On peut demander.
― Il faudrait partir?
― Ce soir? Non. On peut rester. C’est comme être à l’hôtel.

Jérôme en rit. Péniblement, il se redresse, reprend son équilibre et se lève.

― Doucement, murmure Élise qui lui tient le bras.
― Ça va. Un restant de médicaments fait encore un peu effet.

Les voilà qui marchent, bras dessus bras dessous sur le chemin du retour.

― J’ai au mieux trois à quatre mois avant que les médicaments deviennent un fléau en soi. À plus court terme, il y aura des déficits intermittents d’attention et de mémoire.
― C’est déjà très long trois mois, remarque Élise sur un ton qui suggère quelque chose.
― Nous sommes sensés mourir demain, difficile de faire pire.

Élise acquiesce à l’évidence.
― Nous aurons au moins profité au mieux de ce délai. Peu importe quand il faudra, pour l’un ou l’autre, nous reviendront ensemble.
― Pas besoin d’être mariés pour revenir en couple, précise-t-elle.
― Il faut les avertir je suppose. On ne peut pas partir comme ça.
― Ils pourrait nous poursuivre, s’amuse-t-elle.
― À la réception donc.
― Ça va?
― Mieux que ce matin. Si ça devient trop difficile pour l’un, on y va à deux. Moi, de toute manière, seul …

Élise presse son bras.

― Il faudrait que tu me parles de toi, dit Jérôme.
― Moi?
― Tu n’es pas ici pour rien.
― Non, mais demain si tu veux.

La réception est vide hormis un homme âgé assis derrière le comptoir, le nez dans son bidcom (bidule de communication).

― Nous aimerions avoir une information.
Le préposé lève la tête, tape quelques mots en vitesse, dépose l’appareil et se lève.
― C’est au sujet des annulations. C’est sensé être demain, précise Jérôme.

Il tourne la tête vers Élise qui le regarde avec une étrange tendresse.

― Une annulation de contrat. Pour qui?
― Nous deux. Est-ce compliqué?
― Pas du tout. Papier ou téléphone?
― Papier, dit-il.
― Téléphone pour moi.

Une exquise douceur dans le ton, ce disant. Elle lui prend la main du bout des doigts. L’homme fait quelques touches d’escrime à l’écran et une imprimante se met en marche.
Le préposé tend une feuille :
― C’est recto verso, avec signature au bas de chaque côté. Vous voulez un stylo?
― Non. J’ai toujours un stylo et un calepin. Un des rares, précise-t-il pour Élise qui répond :
― Je vais rentrer maintenant. J’ai à faire.
― Bien sûr. Demain tu me racontes, n’est-ce pas.
― Oui, répond-elle tout en hochant de la tête, les yeux mouillé. Tu es un homme fascinant.

Ils montent l’escalier bras dessus bras dessous en amoureux, mais doivent hélas se séparer à l’étage. Elle lui donne un baiser, le vrai, puis lui effleure la joue :
― Dors bien.

Il l’a regarde s’éloigner en trottinant, les hanches minces, toute menue. Un rêve.

Il croyait ne pas pouvoir dormir. Faux, il est épuisé. Heureux. Étonnant qu’il n’ait pas eu plus d’élancements. Durant le repas, il parlait sans arrêt. La marche. Il sourit en revoyant la scène, les yeux fermés, la tête sur l’oreiller. Sur la petite table de chevet repose la tasse de tisane calmante que l’infirmière lui a fait boire ainsi que sa demande d’annulation dûment remplie.
Jérôme dort.

Le matin du lendemain

Colette vérifie son image dans la vitre de la limousine. Un tailleur en teintes de gris. Il aurait aimé. D’y penser la trouble, ses yeux se mouillent. Devant elle, la tombe de Jérôme Drapeau descend lentement dans un discret ronronnement de moteur. Elle est seule avec lui, triste et heureuse en même temps. Elle avait tenu à assister à l’enterrement même si ça ne faisait pas partie de ses obligations contractuelles. Il ne voulait pas être incinéré pour finir en poussière sur l’asphalte. Pas d’embaumement non plus, au cas où il ressusciterait en épouvantail. Ça l’avait amusé quand elle avait consulté son dossier. Elle avait ensuite visionné le long entretien deux fois. Quelque chose chez cet homme la fascinait, qu’elle sentait dans son attitude, dans ses rêves de compagne, dans le contraste entre son penchant romantique et son regard évaluateur. À l’aise face à la mort, digne même, et d’un physique si peu intimidant. Le tout s’était confirmé durant leur premier échange sur les chaises longues devant le lac. Tout comme son propre sentiment d’ailleurs.

Elle avait accepté un rôle unique, très payant, mais une seule représentation, sans répétitions ni filet; où elle devrait être intègre plutôt que franche, avait souligné son coach. Honnête de comportement, avait-il proposé à son regard interrogateur. Sans compter qu’elle ne pourrait jamais parler de cet engagement à qui que ce soit, pas même à un thérapeute ou à un prêtre, sous peine d’une amende sévère si ça se savait. C’était d’ailleurs écrit en noir sur blanc dans le contrat, en gros gras s.v.p. D’ailleurs leurs réguliers acceptaient aisément cette contrainte. Ça avait rendu Colette suspicieuse, mais maintenant elle comprend mieux, c’est par respect pour les futurs clients, comme dans le film The Game au fond. Mais elle ne fera pas d’autre contrat. Pas avant très longtemps du moins.

Durant la sieste de Drapeau, Colette avait contacté son coach. Elle lui avait expliqué être tombée amoureuse de son patient, de son humour intelligent, de sa présence, de son aptitude à survoler la vie. Elle s’était sentie grande à son côté, belle dans ses yeux, amusée par ses commentaires. Et pas de bedaine. D’y repenser la fait rosir. Durant sa préparation, son coach lui avait parlé du charme de la mort :
― Quand quelqu’un accepte qu’il doive mourir, il est nettement plus calme. Ce n’est pas simplement par absence de peur, mais parce que la personne savoure alors l’incommensurable plaisir d’être en vie. Cet individu peut épouser la beauté et la fragilité d’un moment présent qui meurt à répétition. C’est même une philosophie de vie très ancienne. Personnellement, je privilégie l’approche de Jiddu Krishnamurti. Tu connais?
― Les cours de philo… laisse mourir Colette.
― Un être sans un gramme d’animosité. Un philosophe indien du quotidien dont la vie a côtoyé le vingtième siècle.
― Je préfère le théâtre.
― Bien. Tu as sûrement déjà observé une mère avec son bébé, demande son coach.
― Oui mais pas moi.

Son « en avoir n’est pas un prérequis » fait sourire Colette.

― Toute l’attention, toute l’affection d’une mère appartiennent à son enfant. Certains voient dans cette dévotion un sacrifice de soi (souligne-t-il au ton), un abandon injustifié de sa vie personnelle. Mais, ground zero, un parent peut s’investir dans la vie d’un enfant par amour de soi.
― Comment?
― Parce qu’il a compris le lien nécessaire entre l’amour et la mort que comportait l’attention de ses propres parents et grands-parents quand ils s’occupaient de lui. En les imitant, il s’accorde l’estime de soi qu’il leur porte.
― Je comprends, c’est très beau.
― Il ne vit pas moins sa vie, c’est simplement que devant la mort à venir, il réagit différemment de l’individu égoïste de son temps et ses avoirs.

Son coach est un homme impressionnant de culture et d’intelligence.Elle l’avait cru philosophe, il était psychiatre. De formation, avait-il précisé, amusé. Colette lui explique qu’un déclic a entrebâillé une porte entre … son intimité et celle de son patient, finit-elle par dire. Après une courte discussion, ils avaient conclus que c’était ok. Version éthique professionnelle, ça donnait : comme le patient allait mourir incessamment, le fait d’être authentique de sentiment n’entraînait aucune conséquence à court ou à long terme. Surtout si ladite attitude facilitait la réussite d’une tâche qui ne peut être reprise. Demeurer honnête d’attitude lui servirait son garde-fou.

Sauf qu’elle allait retourner sur scène le cœur battant. Il lui faudrait travailler différemment, s’adapter, c’est ce qu’il suggérait. Collette le comprit en repensant à leur discussion une fois seule. Suivant la suggestion de son coach, elle imagina une mise en situation. Ils formaient un couple. Comme son époux en a assez de souffrir, ils ont pensé au thanatorium. Elle l’accompagne durant sa dernière journée, un moment précieux qu’ils passent comme si rien ne dérange, rien ne presse. Le moment présent. Les yeux fermés, elle s’était imaginée leur arrivée. Elle laissa la scène s’animer en elle comme durant les exercices pratiques à l’école de théâtre. Laissant leurs bagages dans la chambre, ils se sont allongés au soleil sur les chaises, complices. Dans qu’elle état d’esprit serait-elle dans ce contexte? Heureuse certes, et triste. Attentive, oui. Sereine. Voilà. Elle serait sereine à l’idée de profiter de ce dernier et unique moment de parfaite intimité d’amour tendresse.

Elle se prépara pour la soirée et arriva dix minutes trop tôt, dut patienter plus d’une demi-heure en résistant au désir d’aller s’informer ou de commander de l’alcool. Elle craignit le pire. Ce serait si bête qu’il doive être hospitalisé. Que ferait-elle alors?

Que pourrait-elle faire? La question la laissa songeuse. Ça dépendrait de son patron au fond. Elle en était à s’imaginer lui rendre visite à l’hôpital quand il apparut dans l’entrée. D’où sa joie en le voyant estimer l’endroit d’un regard critique, fidèle à lui-même. Elle allait lui offrir son dernier souhait. Pas simplement comme actrice, mais comme compagne, et sans oublier son rôle. Honnête d’attitude. Le temps avait filé tel un voleur. La marche lui parue courte. Et elle s’était vendue en parlant des enfants. Ouf! Elle avait chassé la montée d’adrénaline. Allait-il faire sa proposition, lui demander de l’épouser? Elle l’avait imaginé s’agenouiller, l’idée l’avait charmée. Un rêve d’adolescente. De s’en rendre compte la fait sourire. Elle était mal à l’aise en présence d’un bonheur muet.

Ce n’aurait rien changé, pas même le bonheur vécu, se convainc-elle, incapable pourtant de chasser l’impertinent malaise d’avoir menti. Non. De ne pas avoir dit la stricte vérité. Tandis que des pelletés de terre mécanisées emplissent la fosse, Colette Desmarais, toute menue dans son élégant tailleur, marche vers sa voiture, le regard au vide, les yeux mouillés. Un peu coupable malgré elle, heureuse pourtant de lui avoir procurer la mort qu’il souhaitait. Le rôle de ma vie. Son mensonge honnête n’avait pas eu de conséquences pour lui, mais il en avait pour elle. Quelques heures à peine.

Jeune comédienne, elle s’était inscrite à une agence de placement pour faire des pubs, de la figuration ou même être hôtesse de galas, rien de très artistique. Les occasions étaient rares, mais elle était restée membre durant toutes ses années.

― On a besoin de tous les genres, répétait la secrétaire à ceux qui hésitaient à s’inscrire. À frais modiques, tenait-elle à souligner.

Jeune femme, Collette s’était résignée à compléter en parallèle un diplôme de secrétaire médicale. Là la demande ne tarissait pas. Il y a quelques semaines, oh surprise, l’agence la met en contact avec un conseil de psychiatres et de psychologues. Elle pense qu’il s’agit d’une présentation pédagogique théâtrale, la mise en scène d’une théorie.Peut-être un vidéo pour un cours ou une formation. Un peu assommant, mais bien payé. Oh surprise, c’est pour un seul spectateur. Une agence d’escorte pour érudits déguisée qui cherche des recrues? Est-ce possible?

― Pour ça, ils n’ont pas besoin de nous, avait ironisé la recruteuse.

Ça lui prit un moment avant de digérer l’offre qu’on lui faisait et un autre pour saisir tout le sérieux de la proposition. C’était extrêmement bien payé pour une journée. Il fallait connaître son « patient », comme on l’avait corrigé quand elle avait mentionné le « client ». Mais au théâtre comme à la télé, il faut mémoriser un texte et se mettre dans la peau de son personnage. Colette découvrait l’organisation du fameux thanatorium qui avait fait les manchettes plus d’une année durant et qu’on aurait oublié depuis si ce n’est de quelques poursuites légales, toutes déboutées, avait tenu à préciser la recruteuse durant sa présentation du thanatorium. Aux nouvelles, on avait parlé du droit de terminer sa vie au moment souhaité et dans des conditions choisies. Des tas d’experts, de politiciens, de chroniqueurs, de penseurs et de religieux avaient débattu au sujet du « droit à la mort annoncée ». C’est à cause du roman d’un certain écrivain de langue espagnole, Garcia Marquez, une sorte d’allégorie. Collette avait écouté d’une oreille distraite les débats autour d’elle. Elle n’aime pas parler de ces choses. Au travail, il y avait les deux inévitables clans du « pour » et du « contre ». Elle s’arrangea pour ne pas se retrouver entre les deux. D’ailleurs, elle prend ses repas seule pour pouvoir lire. Une fois le projet de loi adopté par une forte majorité, l’intérêt se déplaça ailleurs. Quand aux usagers de ce service, quand on les interrogent, ils font le mort, comme le souligna un humoriste en spectacle.

Quand ils s’étaient quittés à l’étage, Colette/Élise s’était mise à pleurer en marchant, sachant qu’ils ne se reverraient jamais. Drapeau allait mourir durant la nuit. D’un point de vue légal, la journée débute à minuit, c’est mentionné quelque part dans le contrat, un bijou de subtilités et de précisions juridiques. Les premières années de sa création, le thanatorium avait dû repousser les assauts en cour de personnes courroucées ou voyant là une opportunité monétaire. Les uns comme les autres cherchaient des trous dans le bouclier contractuel du centre. Sauf que l’entreprise avait été créée sur une base légale solide. Le client commandait « à la carte » sa mort annoncée, mais sans savoir précisément ni quand ni dans quel contexte il mourrait heureux et serein. D’ailleurs l’entrevue prend toute sa valeur de cette ignorance du patient de la mise en scène à venir. Une tradition ancienne et respectable oblige les vivants à respecter le dernier vœu d’un mort, en autant que ce vœu lui est accordé. C’est exactement ce que fait au thanatorium pour une somme appréciable, mais étrangement déductible d’impôt.

Une tisane avec un calmant était prescrite le soir afin d’assurer un six heures minimum de repos. Elle contenait en fait un puissant somnifère, inodore et sans saveur dissout dans la camomille. Au cours de la nuit une infirmière est venue vérifier que tout allait bien et confirmer à l’homme qui attendait dans le corridor que le patient dormait. Elle a pris l’enveloppe contenant la demande dûment remplie laissée par Drapeau bien en vue puis elle sortit. Le thanatologue entra, referma la porte derrière lui, sortit une seringue et injecta au patient un cocktail à base de morphine, de paralysants légers et de relaxants, le tout disposant le patient à mourir tout en rêvant. Il sortit une seconde seringue et attendit exactement quarante-trois secondes avant de l’injecter. Le second cocktail, de poisons cette fois, allait prendre avantage d’un organisme réceptif. Tel que souhaité, Jérôme Drapeau mourut heureux, sans souffrir et sans le savoir, et ce dans la journée suivant son arrivée au centre, tel que précisé dans l’entente signée par les deux parties. Son cœur et ses poumons se sont arrêter tout simplement, sans provoquer ni stress ni douleur. Le corps étant si lent à réagir, si décontracté que le cerveau s’éteindrait en moins d’une minute, avant de s’en rendre compte de quoi que ce soit.

L’hypothèse la réconforte. À quoi rêvait-il? Quant à la demande bidon que Drapeau a laissé sur la table de chevet, elle ne vaut rien. Son espoir et son rêve de compagne étaient des accessoires de la mise en scène où le patient mourait heureux, tel que souhaité dans son contrat. Collette aurait aimé lui avouer la mise en scène, lui proposer de passer quelques mois, quelques semaines même en amoureux, mais elle avait pensé à lui, cet homme qu’elle aimait déjà et qui souffrait à vouloir en finir. Heureux en plus. Elle sourit. Je viens d’enterrer l’homme de ma vie et il aurait été heureux de le savoir. Elle essuie ses larmes et démarre, toute menue dans son tailleur gris.

 

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