Virginie.

   Je n’aurais jamais cru que les sophismes me seraient aussi utiles. En effet, j’ai su trouver dans ces stratégies la technique (autrefois infaillible) que mon père utilisait pour me manipuler. […] mon père n’hésite pas à frapper pour avoir raison. Moi, il ne m’a presque jamais touchée, mais je sais que ce n’est pas le cas de mon frère et surtout pas celui de ma mère. Je trouvais cette ambiance agressive normale jusqu’à mes 10 ans, où j’ai réalisé être la seule de mon groupe d’amies qui avait vu son père prendre sa mère à la gorge. […]

   Il y a deux mois, mon père m’a frappé dans les côtes suite à une dispute. Il y a deux semaines à peine, je suis retournée à la maison de mon père (que j’avais quitté) avec la ferme intention de lui parler de son problème de violence. […] Voilà la réponse que j’ai obtenue : « Non, non, non ! Ma pauvre fille, mais tu vis dans quel monde ? Ces sont de petites chicanes de ménage ! Rien à voir avec ce que tu racontes ! J’essayais seulement de t’immobiliser ! Pis tu sauras que c’est comme ça dans toutes les familles et qu’il y en a où c’est ben pire que nous autres ! » […] J’ai tout de suite pensé aux sophismes […] la généralisation hâtive : « c’est comme ça dans toutes les familles ». […] De plus, il a ajouté une fausse consolation : « des familles où c’est ben pire ».

   J’ai essayé de lui faire comprendre que je pourrais le faire arrêter […] J’avais sous-estimé le peu de jugement de mon géniteur. Légèrement frustré, il a répliqué : « Ben oui, fait donc ça ,ma p’tite criss ! Appelle la DPJ juste pour voir où ça va te mener dans la vie ! Ils vont te placer dans une gentille petite famille qui vont rien vouloir savoir de toi […] tu vas aller à l’université pour te rendre compte que ça coûte trop cher pis après tu vas finir ta vie avec une p’tite job, pas de vacances ! […] Je te jure que si tu fais ça, ben t’es pu ma fille ! Autant dans ma tête que dans mon portefeuille ! »

   Deux autres sophismes ont été utilisés par mon père. Parti comme ça, je pensais qu’il avait volé mon livre de philo ! Il a eu recours à la pente fatale en décrivant mon avenir désastreux si j’appelais la DPJ. […] Deuxième sophisme, le chantage affectif : « si tu fais ça, t’es pu ma fille ». […] J’ai gardé le meilleur pour la fin : « Tu sais (Ah tient, il s’est calmé), ta mère veut seulement que tu ailles vivre chez elle pour que je lui paie la pension complète. […] En plus, tu sais que ta mère est dépressive et dépendante affective. Tu ne seras jamais bien avec elle ! » Il a utilisé le procès d’intérêt en affirmant que ma mère voulait m’avoir pour la pension complète. […] pour s’attaquer (ensuite) directement à ma mère, une attaque contre la personne.

   Merci de m’avoir ouvert les yeux.

 

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