Au début du XXe siècle, le sociologue Émile Durkheim avait dû expliquer ce qui constituait un « fait social » pour justifier la sociologie comme champs de science. Depuis nous avons grandement progressé dans la création de faits sociaux.

2001, l’odyssée de l’espace ♫
(On voit un rectangle noir se lever, c’est un téléphone intelligent.)

En 1995, la Terre est devenue informationnellement ronde. Dès que les réseaux de contacts furent disponibles sur Internet, divers groupes aux intérêts communs se sont formés. Ce sont les faits sociaux électroniques (exemple, pour les propriétaires de véhicules VR, je connais au moins six sites différents d’échange et de dépannage et ce, pour le Québec seulement).

Mais voilà, notre ancêtre post-simiesque vivait d’abord en famille (moins de 30 âmes). Avec la sédentarisation, les groupes de cultivateurs-éleveurs ont grossi rapidement. Les premiers états, apparus il y a à peine 7000 ans, nécessitaient plus de 50 000 personnes pour qu’un appareil d’État puisse fonctionner (avoir eau, nourriture, logis et outils). Là, un problème est apparu. Notre cerveau de base ne compose qu’avec une centaine de personnes, pas beaucoup plus. Ce fut amplement suffisant durant au moins 70 000 ans. De plus gros rassemblements se fractionnent dès que possible (en quartiers ou en groupes, par exemple). Pensez-y, avec combien de personnes interagissez-vous physiquement chaque jour (au-delà d’un bonjour en passant)?

Plus il y a de gens, moins on en connaît. Or, c’est l’inconnu qu’on craint. Que les limitations physiques (linguistiques même) entre personnes aient été abolies, cette liberté ne nous soustrait guère de notre limitation naturelle à socialiser. Nous communiquons toujours d’un individu à un autre, groupes inclus. Aujourd’hui une célébrité peut entretenir cent millions de fans, mais ce n’est pas une véritable relation. Notre limite toute « humaine » a maintenir des liens avec d’autres doit maintenant composer avec le « téléphone intelligent » et l’ensemble de toutes les possibilités contacts sociaux. Nous pouvons faire le singe avec un super outil, ce qui n’éradique pas notre limite à vivre en communauté. Ni notre tendance à craindre, voire diaboliser l’inconnu.

Et ça, c’est un problème pour construire une hommilière. Pour négocier avec plus de personnes, il faudra nécessairement uniformiser les personnalités (un phénomène frappant au Japon, une société égalitaire par excellence) ou limiter les échanges (240 caractères).

L’illusion de l’indépendance intellectuelle

Henri Laborit (le concepteur du Valium) notait qu’en fournissant aux jeunes toute l’information utile sur eux, leurs désirs, leur milieu et leurs relations, ils s’intégreront dans un mode de vie conformiste qui répondra parfaitement à leurs attentes. Or, plusieurs effets psychologiques influencent ce que nous pensons être ou devoir être. Ces effets montrent à quel point il est aisé d’influencer le comportement des masses. Couplés à un contrôle des médias d’information, le résultat peut être catastrophique. J’irai d’une simple esquisse car on trouve ces données abondamment développées sur le Net.

Robert Rosenthal a montré les effets surprenants, parfois dévastateurs, de la « prophétie autoréalisatrice ». Une expérience parmi d’autres. Son équipe fait passer des tests de Q.I. dans des écoles pour une étude bidon. Puis ils renvoient « accidentellement » les résultats aux professeurs (jamais aux élèves). L’arnaque est que certains élèves affichent un résultat nettement plus élevé que le résultat réel obtenu. L’équipe de Rosenthal revient des mois plus tard et observe que les résultats scolaires des élèves au I.Q. falsifié ont augmenté. Pourquoi? Parce que leurs professeurs étaient convaincus que les élèves ciblés devaient réussir et ils leur ont apporté plus d’attention.

Bertram Forer a montrer que, quoi qu’on en pense, personne n’est expert au sujet de soi. D’ailleurs, pour pouvoir se connaître, il faut d’abord devenir quelqu’un. Or notre cerveau est fait pour se mouler à l’environnement, y compris une description suggérée de soi. Arnaqueurs, prêcheurs, astrologues et clairvoyants abusent de l’éponge à suggestions que nous sommes, surtout jeunes.

Stanley Milgram a démontré que nous acceptons des idées, des comportements ou des jugements d’autant plus facilement qu’ils proviennent ou sont accrédités par une « autorité » reconnue par nous (parfois simplement quelqu’un qui porte un uniforme). Les sectes, les banquiers et les compagnies publicitaires abusent de ce stratagème.

Elizabeth Loftus a mis en évidence la distorsion du souvenir que peut créer la manière de questionner la mémoire. Deux groupes visionnent un court film (5 minutes, disons) où, entre autres événements, on observe au passage une collision entre deux véhicules. Par la suite, on pose des questions à propos du visionnement. On demande au premier groupe à quelle vitesse les deux véhicules se sont « cognés ». Au deuxième groupe, on demande à quelle vitesse les deux véhicules se sont « percutées ». En changeant de verbe, la réponse moyenne augmente de 30 à 50 km/h!

Finalement, Solomon Asch a mesuré le degré de conformité devant un consensus de groupe clairement affiché. Dans un environnement contrôlé, il a observé que jusqu’à 30% des sujets ciblés émettent ou soutiennent des opinions ou des jugements uniquement parce que le groupe autour d’eux les véhiculent. En privé pourtant, ces personnes avouent leur désaccord. Cet effet est particulièrement dévastateur lors de manifestations publiques, dans les réseaux sociaux ou dans la création de boucs émissaires (ainsi naissent les mouvements fascistes, autant de gauche que de droite).

Maintenant, combinez ces cinq effets psychologique et mettez les médias d’information sous contrôle d’une minorité économiquement dominante dans une hommilière omniprésente.

The end ?

Heureusement il existe des surhumains lucides. Des pirates et justiciers du réseaux de communication qui se regroupent et se font entendre, de courriel en courriel, d’un partage à l’autre, d’un blogue à l’autre, ou en pétitions contre la domestication de masse. De possibles Darth Vador comme Julian Assange.

Mais aussi ceux qui, d’instinct, disent « non » à la planète des singes selfies pour ne pas mourir à soi d’habitudes et de conventions, sourire aux lèvres.

 

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