En 67 tout était beau,
c’était l’année de l’amour,
c’était l’année d’l’expo
Beau dommage

Grande fut ma surprise arrivé devant un magasin qui offrait des vinyles sur l’avenue du Mont-Royal dans l’est. J’avais entendu parlé de ces disques vers 2005 sans y croire vraiment. Après les 33 tours, il y eu les tape-cassettes, compactes, puis les CD ont balayé la compétition. La boutique regorge de 33 tours, dont de nombreux remakes des années 60-70! Un employé m’explique gentiment qu’ils sont plus épais que les anciens, plus résistants et le son s’améliore à l’usage. Comme l’analogique est plus fidèle que le numérique, les jeunes ont choisi cette option en débutant leur discographie. J’allais repartir, plus instruit qu’en entrant, quand j’ai vu une pochette de Donovan. Le temps de me remettre en marche, la rêverie s’était imposée.

J’avais 15 ans. Le métro de Montréal était tout neuf. Le grand village montréalais devenait une ville. Je portais en guise de veston une chemise de l’armée canadienne avec un gros « peace » tracé au feutre dans le dos. L’armée recyclait son matériel de guerre. Personne ne posait de question au sujet de mon accoutrement. Je n’y pensais même pas. La certitude d’un ado. La guerre du Vietnam faisait rage et de jeunes dissidents étasuniens débarquaient à Montréal pour éviter la conscription. Deux d’entre eux fonderaient chom fm en décembre 68, qui deviendra le temple du rock and roll fuzzé. Il y avait eu une première vague avec les Beatles, les Birds, Donovan et les Rolling Stone, puis apparurent Hendrix, The Cream, Led Zeppelin, Deep Purple, les pantalons à pattes d’éléphant, les cheveux longs, le peace and love, le flower power, le mouvement des black panther, le hash et le LSD (ce dernier une gracieuseté des services secrets étasuniens), The Twilling zone, Batman, la télé couleur et, bien sûr, la guitare électrique, le violon du vingtième siècle.

Beaucoup trop de nouveautés étranges pour les fans d’Elvis et la génération post guerre mondiale. Ils nous regardaient sans trop savoir quoi dire. C’est que nous semblions flotter de bonheur et d’assurance dans nos opinions. Pour tout commentaire, mon père m’avait dit un jour à la blague, alors que j’écoutais du Hendix : « Est-ce que le pickup est brisé? ».

Un fuzz venu du lointain

J’ai commencé à jouer de la guitare deux années plus tard et, à 19 ans. J’ai composé une dizaine de chansons aux paroles pas très claires. De cette époque, je me souviens d’un son de guitare électrique lourd et d’une voix claire qui m’avaient envoûté, comme toute l’Amérique du Nord en fait. Le chanteur s’appelait tout simplement Donovan. Ce n’est que cinquante ans plus tard que cet artiste m’est revenu en tête. Je fredonnais encore de ses mélodies en marchant. Il semblait avoir soudainement disparu, comme tant d’autres, faut dire. Maintenant que je dispose de Wikipedia et Amazon, facile de se transformer en Sherlock Holmes. J’ai déniché une autobiographie qui m’a tout raconté.

Donovan Leitch est le fils d’un ouvrier de Glasgow, deuxième ville d’Écosse, né le 10 mai 1946 (Taureau avec Lune Vierge, comme moi). Adolescent, sa famille est relogée en banlieue de Londres, où l’on concentre les bras de l’industrie, devenus inefficaces ailleurs, because la guerre. L’Angleterre et le sud de l’Écosse ont été sévèrement bombardées..

Les caves de Liverpool

Influencé par On the road de Jacques Kerouac, par le théologien Alan Watt, par la « beat » poésie de Gunsberg et le zen, il quitte la maison familiale à 16 ans avec son baluchon et une guitare acoustique empruntée à une amie. Après un premier été sur la route, le retour à la maison familiale est difficile. Il fréquente les pubs de Londres et Liverpool. Dans des salles de spectacles d’un genre nouveau, souvent des bars dans des demi sous-sols, on peut y entendre Ginger Baker, Rod Steward, Brian Jones, Eric Clapton, Jeff Beck, Jimmy Page ou Stevie Winwood. Tous deviendront des étoiles du rock and roll.

Jeune homme doux en quête d’identité, Donovan déplore la perte de la culture celtique à laquelle il dit s’identifier. Il affirme d’ailleurs que George, John et Paul, les trois Beatles, sont comme lui des réincarnations de bardes celtes. À la suite de Guthrie, Boez et Dylan, aux noms celtiques, il compose des chansons au propos social et politique révolutionnaire. Un message très élaboré et non conforme comparé aux chansons d’amour des années 50. De plus, le jeune Leitch développe un picking et un son de guitare personnels.

Dès 1965, trois chansons (Catch the Wind, Sunshine Superman et Mellow Yellow) vont rendre le jeune Donovan Leitch célèbre en moins d’un an grâce surtout à son gérant étasunien, Alan Klein, qui produit aussi les Beatles et les Rolling Stones. Âgé de dix-neuf ans, Donovan chante en mars 65 au fameux Ed Sullivan Show, à la suite d’Elvis Priestly, des Rolling Stones et des Beatles. La chanson atteint la troisième position en Amérique du Nord. En huit mois, il est passé de vagabond à superstar. En décembre, la même année, Sunshine Superman se place en tête du palmarès mondial. Il l’apprend dans une taverne en Grèce, alors en voyage, et doit emprunter l’argent pour revenir en Angleterre!

Flower Power

Donovan s’affiche dans des vêtements extravagants et colorés à une époque où on commence à peine à s’allonger les cheveux et à porter des jeans. Consommateur de marijuana et LSD, il devient le père spirituel du flower power, un mouvement écologie et pacifique et ce, deux ans avant All You Need Is Love. De fait, l’année 1967 le consacre « High Priest of the Peace Movement ». Il a 21 ans et ne comprends pas vraiment ce qui lui arrive.

Il est très lié aux Beatles, à George surtout, avec qui il va en Inde méditer avec Maharishi Mahesh. Leur groupe inclut Shirley MacLaine et Mia Farrow. Il introduit Georges aux instruments indiens, dont la cithare. Il inspira les Beatles pour Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band.

En 1968, sort Hurdy Gurdy Man, une chanson qu’il voulait donner à Hendrix. Ce dernier refuse, mentionnant que le barde anglais est « the niciest person in show business ». Donovan l’enregistre à Londres avec les trois membres du futur groupe Led Zeppelin (Jimmy Page, John Paul John et John Bonham). Pendant ce temps, le climat social s’échauffe. Le 4 avril, Martin Luther King Jr est assassiné à Memphis. En mai, c’est la révolte des travailleurs et des étudiants à Paris.

Un rival imbattable

Mais au-delà d’une vie de jet star drogué aussi artificielle qu’instantanée, il est seul et amoureux de Linda, une grande femme timide. Un moment manequin, elle fut séduite par Brian Jones, le leader des Rolling Stones, qui l’a épousée jeune. Ils ont eu un fils, Julian. Mais voilà, Brian est parti pour les États-Unis et pratique une vie de débauche. Donovan devient un proche ami de Linda, mais sans plus. Elle part seule pour la Californie rejoindre Brian, inutilement d’ailleurs. Donovan la rejoint en Californie et tente en vain de la conquérir.

En juillet l’année suivante, un événement va transformer leurs vies : Brian Jones est trouvé mort dans sa piscine. Janet Joplin se suicide l’année suivante. Jim Morrison sera trouvé mort dans son bain en 1971. Les drogues et l’alcool font des ravages dans le monde des hippies. À l’hiver 68-69, Donovan achète une ferme en Écosse pour y établir une commune. Linda décide de rejoindre. Quelques mois plus tard, il quitte le show bizz. Depuis, ils vivent ensemble et ont eu deux filles.

Histories of ages past
Unenlightened shadow cast
Down through all eternity
The crying of humanity
Tis then the Hurdy Gurdy Man
Comes singing songs of Love

 

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