Au souvenir de Jean-François Fournier, ex collègue
un authentique professeur « post contemporain »

Résumé du texte à venir à venir :

Mon propos ici sera d’abord l’occasion de reformuler en la simplifiant ma thèse de doctorat, quarante ans plus tard, un demi-siècle après ma découverte de l’informatique et des cartes perforées. En particulier de décrire l’intelligence humaine et les machines électroniques comme deux formes de création d’artifices (modèles) pour comprendre ou contrôler l’évolution d’une situation complexe (une partie d’échecs par exemple).

Je veux aussi, un vieux hobby à moi, questionner la présence et le statut de la conscience dans le « théâtre de la connaissance ». Un sujet vivant (toi) ne peut peut-être pas devenir un « objet » d’étude (le lecteur). Comme le soulignait Jean-Paul Sartre, celui que je regarde dans le miroir ne me regarde pas. Ce n’est pas moi. Ce qui me permettra, le but avoué de ce texte, de soupeser le sérieux de la prophétie d’une « vie » artificielle, d’une « intelligence » artificielle. En particulier d’examiner (à la Gaston Bachelard) l’utilisation abusive de termes pour décrire un nouveau Frankenstein qui, transcendant la vie cellulaire, nous réduira au statut de singe rationnel.

Finalement, je questionnerai aussi la vraisemblance de la quête du nouveau Graal : l’éternité de soi par clonage ou mémorisation de données sur notre constitution.

(Note : Si vous connaissez peu ou pas la philosophie, le sens de certaines parenthèses vous échappera. Sautez-les, elles ne sont que des clins d’œil.)

Nous sommes à l’été 1980. Je rédige en quelques mois une courte maîtrise qui critique six interprétations de divers récits de la Grèce antique. Étonnant tous les aspects par lesquels on peut aborder les mythes grecs (et tout mythe en général). C’est que je songe un moment à m’inscrire au doctorat en études anciennes jusqu’à ce qu’une réflexion me convainque que mes chances étaient meilleures de travailler comme philosophe que comme expert en mythologie classique, au Québec du moins.

Une fois mon mémoire déposé, lu et accepté, la secrétaire du département m’indique qu’il y a une dernière correction à faire, le nom d’un de mes six théoriciens est mal orthographié, et ce à plusieurs endroits. À elle qui pensait me décourager, je réponds : « pas de problème, je te remets ça demain ». Il a suffit d’un « search and replace » puis de réimprimer. Mon mémoire s’avéra être le premier des études supérieurs de l’Université de Montréal a être produit par une imprimante d’ordinateur à partir d’un programme de traitement de texte. (Ce que je vous raconte quarante ans plus tard en utilisant un laptop dont l’espace mémoire, s’il était fait avec les matériaux d’époque, occuperait un quartier de la ville de Montréal.)

L’essentiel ― mais je ne le comprendrai que des décennies plus tard ― c’est que j’ai découvert ce printemps là une manière de me documenter et de rédiger (moi qui a boudé le collège classique pour faire des maths et des sciences). Je collecte les données à partir de mes lectures pour chaque chapitre et je les entre en mémoire sur l’espace-disque de mon bon ami Claude. Il fait alors une maîtrise en psychologie à l’UQAM et a droit à un compte en informatique. Je tape et « printe » mes notes de lecture (pas de dactylo, de liquide correcteur, et de lourd dictionnaire à feuilleter !). Installé chez moi ou dans un café, j’organise ces notes, devenues des bouts de textes découpés aux ciseaux, que je réordonne. Je réarrange les blocs dans l’ordi, insère du texte pour lier ou développer, « reprinte », me relis en élaborant et corrigeant le style et réimprime jusqu’à ce que le chapitre soit complet. Je peux même travailler dans le bus ou le métro, tout en glanant des notes de lecture pour les prochains chapitres. En moins d’une session, j’ai pondu un texte d’environ 140 pages. Et pourtant…

Je dois souvent me rendre à la bibliothèque nationale (alors sur la rue St-Denis) pour consulter des livres ou des dictionnaires (donc emplir une fiche pour chaque livre qui repose dans la réserve à l’arrière, qu’un préposé ira chercher). Une demi-heure de marche/métro à l’aller comme au retour. Je dois aussi photocopier les pages dont j’ai besoin de passages et les taper en mémoire par la suite. Aujourd’hui? Google, texte en PDF, search mots-clé, bloc, Ctrl C, changement de document, Ctrl V. Le tout en quelques minutes au plus.

Le sujet de mon mémoire de maîtrise avait lui aussi eu un impact positif sur ma pensée. Quand un théoricien interprète un mythe grec, il prétend de fait que, tandis que l’auteur raconte une histoire, il montre ou manifeste, ce faisant :

– soit sa condition de classe, soit celle de ses lecteurs
– soit l’évolution de la psyché humaine à cette époque au sujet du divin
– soit la structure bipolaire de l’imaginaire ou tout autre mécanique de création d’une œuvre
– soit l’action des mécanismes inconscients du désir ou autre
– soit le degré de compréhension de la pensée formelle dont les pouvoir des dieux sont les porteurs
– et patati et patata.

Une interprétation (ou « lecture ») d’un phénomène présume forcément que quand quelque chose se manifeste, c’est en fait autre chose qui se produit si on regarde « correctement ». Dans mon mémoire, par-delà les six interprétations critiquées, j’ai compris que l’opération qui consiste à dire que « ceci est en réalité cela » pose toujours une équivalence douteuse (hors des mathématiques à tout le moins). « Ceci » n’est jamais « cela », sinon il n’existerait que deux « ceci » et pas de « cela ». Bref, interpréter, c’est établir une correspondance entre deux choses différentes. (J’avais déjà le « cœur » de ma future thèse de doctorat, que je formulerais aujourd’hui ainsi : si un observateur peut décrire, prédire ou contrôler l’évolution d’un phénomène, l’organisation de son savoir pour ce faire n’entraîne jamais qu’on retrouvera un ordre identique à ce savoir dans le phénomène.)

Quel rapport avec Fr@nkenstein? J’y arrive.

(Bloc du 30mai 2021)
L’intelligence artificieuse

L’homme, dans tous les domaines qu’il considère comme supérieurs,
se comporte d’une manière bien plus démodée que ne le sont ses machines.
Robert Musil, L’homme sans qualités

Entre temps, Claude me fait jouer contre un programme d’échecs. Jusque là je n’ai que du dédain pour ces arriérés électroniques que je bats en jouant « à l’aveugle »; c’est-à-dire de mémoire, sans utiliser de pièces et d’échiquier. Sauf que là, tandis que je cause avec Claude et joue approximativement, je me fais piquer une tour sur un échec après une douzaine de coups. Dorénavant il me faudra réfléchir (et un échiquier) pour battre un programme. Bientôt on bannira les programmes des tournois et en moins de vingt ans un premier programme d’échecs deviendra officieusement champion.

Je connaissais la capacité des machines à réduire à un « tic-tac-toe » des énigmes d’apparence fort complexes. Leur vitesse de calcul leur permet d’envisager toutes les solutions possibles. Quoiqu’au échecs à l’époque, ça relevait encore des films de science-fiction. De nos jours, avec un appareil performant, un programme comme Stockfish peut tester toutes les combinaisons possibles des vingt premiers coups (soit quarante demi-coups). Un très très très très gros tic-tac-toe. Comme le remarquait un grand-maître échiquéen : « Pour moi, entre ça et Dieu,je ne vois pas la différence. »

Durant mon bref séjour au département de mathématiques j’avais produit un petit algorithme pour trouver toutes les positions (il y en a 92) où l’on place huit dames sur un échiquier sans qu’aucune ne puisse en capturer une autre. Il faut tenter l’aventure pour bien comprendre. Avec un programme d’environs quinze lignes de code, et à mon grand étonnement, la machine mit moins d’une seconde à finir sa tâche (nous étions en 1974!). Petite anecdote au passage. Dans le tome 1 de son encyclopédie My greats predecessors, l’ancien champion du monde Garry Kasparov raconte qu’il avait entré la position célèbre qui avait permis ce qui est considéré comme la plus belle combinaison dans une partie d’échecs au 19e siècle. Il pèse sur « enter » et, levant les yeux, voit la ligne principale de la combinaison déjà affichée à l’écran. Il avoua avoir eu un frisson de crainte.

Bref, je me rends compte à l’époque qu’une suite d’instructions simples dans un programme pourrait devenir un adversaire redoutable aux échecs. Pourtant, personne n’aurait alors considéré l’assemblage électronique dans la boîte de métal (la « tour ») comme une aube d’intelligence.

(Note : À l’époque de ma soutenance de thèse, un philosophe avait critiqué la pertinence du jeu d’échecs comme source « sérieuse » dans une recherche sur les arcanes de la connaissance. Avec le temps, il s’avéra que le jeu d’échecs a joué pour la compréhension de la complexité de situations réactives (la bourse par exemple) grâce à un programme (un algorithme) un rôle similaire à celui de la géométrie chez Platon ou de la mécanique pour Kant et les Lumières. Ou encore le rôle « viral » de la neurologie et de la génétique de nos jours pour comprendre l’objet humain.)

Artificiel vs vivant

On a toujours pris pour acquis que la connaissance qu’obtenait un humain avait une intimité d’existence avec l’objet connu. Ainsi, si je vois un arbre brun, c’est parce que l’arbre est brun. Mais où est le brun dans un cortex ou un œil électronique? La question se pose.

L’étude de la perception tant animale qu’humaine nous obligea à distinguer la réalité physique d’un objet de la construction sensorielle que nous en avons. Je me souviens de ma première expérience avec l’alcool, la vodka en fait. D’habitude l’alcool me pue au nez et je n’en consomme pas. Mais comme j’étais enrhumé et que je ne goûtais quasiment rien, j’avais l’impression de boire de l’eau. J’ai vaguement souvenir d’être revenu chez moi l’estomac à l’envers. Mais l’expérience fut fructueuse. En ouvrant les yeux le lendemain, j’étais tellement amoché que le bois verni du cadre et de la porte m’apparurent bleu foncé pour lentement devenir brun foncé. À cause de l’alcool, les récepteurs du rouge se sont activés en retard. Durant un bref moment, le bois de la porte et du cadre furent bleu foncé. Bref ce que j’ai devant les yeux est une construction sensorielle en 3D dans la durée. Autre exemple, parfois si je me mouche avec les écouteurs de mon MP3 aux oreilles, le son change brièvement à cause de la compression d’air.

En philosophie on appelle« monde tangible » la représentation virtuel humaine de ce qui existe. Cette représentation est relative au système nerveux, au cortex et aux sens dont nous disposons. Même écart entre tangible et réalité en physique et en chimie, où le brun et tout le reste sont des agencements d’atomes en molécules (et où la question de la couleur est impertinente). Quand un peintre achète un tube de couleur « brun », c’est un agencement particulier de molécules qu’il acquiert. Un autre agencement donnerait du bleu. Et dans un cas comme dans l’autre, la couleur serait différente pour un chien. (On peut même faire exister des sons, des couleurs, des odeurs ou des images chez un individu en stimulant électriquement des zones précises de son cortex sans que ces sensations ne correspondent à aucune réalité. Les rêves et les drogues sont d’autres avenues pour ce faire.)

J’ai appliqué le même raisonnement aux productions intelligentes. Nous n’avions (à des exceptions près) jamais considéré avant les années 1950 l’intelligence humaine comme une mécanique étrangère à l’objet perçu par le sujet vivant. Nous n’avions encore moins considéré la complexité du système nerveux et des capteurs sensoriels comme un assemblage « d’artifices » qui nous permettraient de nous faire une idée (le tangible) de la réalité dans laquelle nous baignons corps et âme. (Hypothèse que les casques qui donnent accès à une réalité virtuelle supportent à l’évidence.)

Pour moi, et ce dès le début des années 1980, ce n’est pas l’intelligence artificielle en tant qu’elle imite l’intelligence biologique ou vivante qui m’intéresse. C’est bien plus, le fait qu’un programme ou un animal produit des artifices complexes pour parvenir à connaître un phénomène quelconque, soit pouvoir prédire ou contrôler son évolution. En ce sens, ce sont deux intelligences « artificielles ».

Dans ce contexte, la présomption qu’un « sujet vivant » est essentiel à l’apparition d’une intelligence « véritable », « supérieure » ou « formelle » suscite un questionnement nouveau. Ainsi quels liens l’intelligence et le vivant entretiennent-ils? Ce lien est-il vraiment nécessaire à l’apparition d’une intelligence? Une intelligence peut-elle être artificielle? Serait-elle différente en essence d’une intelligence humaine?(Remarque cocasse, Platon associait à l’âme vivante (bios) les bases logiques de la pensée, or l’équivalent dans les ordinateurs est le binary input output system, le b.i.o.s.)

Pour ce type de questionnement, le jeu d’échecs était un terrain d’étude exemplaire. Ingénieur et champion du monde des échecs à partir de 1948, Mikhael Botvinnik l’avait fort bien compris. Dès 1950, il avait posé les bases d’un algorithme pour produire un programme qui jouerait efficacement aux échecs. Ce réalisant, il montrait la possibilité que toute « compréhension » (résolution d’un problème complexe) soit le résultat d’une activité mécanique, nerveuse ou pas. C’est la lecture de son livre Computers, Chess and long-range Planning qui m’a fait comprendre que toute intelligence est « artificieuse ». (Mais, à l’époque, je n’avais pas assez de recul pour comprendre que j’étais un des seuls à penser ainsi. J’étais de plus incapable alors de prendre le recul nécessaire à survoler ma démarche.)

D’autre part, naissait aussi le théâtre du combat entre, dans un coin, l’intelligence nerveuse, lente mais expérimentée et apte à estimer rapidement une situation, et, dans l’autre coin, le programme électronique, con comme la lune, mais plus rapide à parcourir toutes les solutions possibles que le héros Flash lui-même. Imaginez le duel : un cortex humain affronte un processeur devant l’échiquier. Le mouvement des pièces bougées par l’humain est enregistré par un œil électronique et un bras-robot exécute les coups de la machine. Sans compter le « joueur d’échecs » penché sur l’échiquier (seul « présent » à la table!). Il peut nous raconter l’histoire de sa partie avec ses idées, ses plans, ses espoirs comme ses doutes. Dans ce contexte, la distinction entre intelligences artificielle et vivante devient intéressant parce que le statut du sujet vivant fait problème. Ne serait-ce que parce qu’il est « hors jeu ».

C’est à partir de là que l’idée des trois objets intelligents m’est venu à l’esprit. Le nerveux , l’électronique et le sujet conscient, chacun ayant sa manière propre de connaître. Ce sont les intelligences rhizomale, arborescente et évanescente. J’explique ces trois étiquettes.

La recherche mécanique est « arborescente » au sens où la suite de l’enquête va par une multiplication des chemins depuis une souche. Prenons le cas du tic-tac-toe. Le premier joueur a trois choix : le centre, un coin ou un bout de croix (les cases entre les coins). Les choix du second joueur vont en conséquence. Pour le centre, il peut répondre par : un coin ou un bout de croix. Pour un coin, il a cinq possibilités : le centre, le coin opposée, un coin adjacent, un bout de croix adjacent ou un bout de croix opposé. Même raisonnement pour un bout de croix que pour un coin. Les trois possibilités de départ en ont engendrées 3 + 5+ 5, soit treize branches possibles. Chacune de ses branches en générera d’autres jusqu’à ce qu’un des joueurs gagne ou que la partie soit nulle. Si un humain fait très rapidement le tour des possibilités au tic-tac-toe, ce n’est pas possible aux échecs. À chaque coup d’un joueur, il y a une vingtaine de possibilités qui apparaissent pour l’adversaire. Parcourir cette arborescence avec un cortex humain devient vite impossible. C’est pourquoi les adultes ne jouent plus au tic-tac-toe mais aux échecs, où leur capacité à raisonner est mise à l’épreuve.

Le déploiement nerveux est « rhizomal » (j’ai cueilli l’expression chez Deleuze). Si vous soulevez une motte de gazon, vous verrez un grand nombre de racines, mais très courtes. Déplier le cortex vous donnerait une surface très mince, similaire à celle d’une pizza format familial, avec une multitude de petites racines, d’où l’image. Mais le cortex est encore plus complexe. Chaque cellule peut supporter de 1000 à 10000 contacts synaptiques. Par contre, si on suit le chemin depuis les sens jusqu’au cortex ou, à l’inverse, depuis le cortex jusqu’aux muscles, le plus souvent 4 ou 5 cellules suffisent. Donc un tissu très complexe mais peu arborescent. Comme une partie d’échecs comporte en moyenne une trentaine de coups, soit une soixantaine de « demi-coups », analyser format tic-tac-toe générerait une arborescence de 2060,, un traitement de données impossible pour un cortex. Le cerveau a procédé autrement que la machine pour traiter ce genre de complexité, nous y reviendrons.

La dernière intelligence, c’est celle que nous connaissons intimement, c’est le sujet « évanescent ». Je l’ai appelé ainsi en pensant à Jean-Paul Sartre qui avait mis en évidence que la conscience d’exister dans un monde (notre « vision » personnelle) n’est réelle que pour nous, et seulement aussi longtemps que nous sommes conscient. Si nous sommes raisonnablement sûrs que les autres possèdent une vision subjective, nous sommes incapables de la saisir via nos sens. (Si je vois un arbre je vais présumer que la personne à côté de moi le voit, mais je ne peux pas voir sa vision de l’arbre de la même manière que je vois l’arbre.) Vous et moi comme conscience d’être là ne pouvons pas devenir un « objet » d’étude (pour une science par exemple). Dès que j’aborde l’humain en tant qu’objet via des tests et des appareils, ce sujet vivant disparaît. Et si on m’étend sur une table d’opération pour ouvrir mon crane et examiner mon cerveau, moi je ne serai pas là, sur la table. Moi en tant que présent au monde, je suis intérieur à moi. Je pourrais même demeurer conscient et regarder mon cerveau à l’écran via une caméra. Jamais dans ce cerveau à l’écran je ne me verrai en train de regarder un écran. Je peux tout regarder de moi dans un miroir (ouvrir mon corps, s’il le faut), incluant le fond de mes yeux, mais je ne me verrai jamais en train de regarder dans mon reflet, sinon, le reflet dans le miroir me regarderait lui aussi (peut-être dans un roman de Stephen King!). Nous ne pouvons être conscient de notre conscience. Comme le mentionnait Sartre, si je peux être conscient d’être triste, cette conscience n’est pas triste.

Concluons. Le « rhizome nerveux » humain et « l’arborescence logique » du programme sont aussi artificiels l’un que l’autre quand on observe leur constitution matérielle comparée à un jeu d’échecs, soit un échiquier avec des pièces posées dessus. Nous pourrions affirmer que l’agencement de cellules ou de blocs mémoire qui « représentent » un échiquier et ses pièces équivalent à un jeu d’échecs. Sauf que les divers liens entre les cases et les pièces y sont pré-établis. Sur l’échiquier devant moi, il n’y a que des surfaces carrés et des pièces, pas de possibilités de coups. De plus, cellules nerveuses et blocs mémoire auraient pu représenter autre chose. Pour l’instant ce sont deux artifices possibles de jeu d’échecs. Cerveau et ordinateur construisent des artifices. L’un est aussi le support d’un sujet présent vivant, l’autre pas; pour l’instant du moins. Pourrait-il le devenir? De quelle manière?

Chose certaine pour moi dès les années 1980, si une forme de conscience devait apparaître « dans » la machine, cette possibilité serait liée à la complexité électroniques qui élabore des artifices intelligents pour exécuter les tâches qui lui sont assignées. Et cette propriété apparaîtrait dans un appareil par nécessité. Parce que si la conscience d’être là (tout comme la conscience morale) est un don divin ou un élément spirituel pour un être religieux, ce n’est pour l’esprit scientifique qu’une propriété qui émerge de la complexité nerveuse et qui sert à organiser les tâches qu’accomplit l’humain. La conscience semble n’apparaître que pour répondre à cette nécessité (donc elle serait absente chez les formes de vie où tout est déterminé à la naissance). Ce qui entraîne que l’intelligence artificielle ne serait capable de « conscience » que si elle faisait émerger cette propriété de son activité. Une hypothèse fort spéculative sur laquelle nous reviendrons plus loin.

Le couplage informationnel
(Fin bloc du 30mai 2021)

 

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