Au souvenir de Jean-François Fournier, ex collègue
un authentique professeur « post contemporain »

Résumé du texte à venir à venir :

Mon propos ici est multiple. Entre Jean-Paul Sartre, le programme Stockfish, le cortex et mon laptop, ce sera d’abord l’occasion de reformuler en la simplifiant ma thèse de doctorat, quarante ans plus tard, un demi-siècle après ma découverte de l’informatique et des cartes perforées.

En particulier de décrire lintelligence humaine et les machines électroniques comme deux formes de création d’artifices (modèles) pour comprendre ou contrôler l’évolution d’une situation complexe (une partie d’échecs par exemple).

Je veux aussi, un vieux hobby à moi, questionner la présence et le statut de la conscience dans le « théâtre de la connaissance ». Un sujet vivant (toi) ne peut peut-être pas devenir un « objet » d’étude (le lecteur). Comme le soulignait Jean-Paul Sartre, celui que je regarde dans le miroir ne me regarde pas. Ce n’est pas moi.

Ce qui me permettra, le but avoué de ce texte, de soupeser le sérieux de la prophétie d’une « vie » artificielle, d’une « intelligence » artificielle. En particulier d’examiner (à la Gaston Bachelard) l’utilisation abusive de termes pour décrire un nouveau Frankenstein qui, transcendant la vie cellulaire, nous réduira au statut de singe rationnel.

Finalement, je questionnerai aussi la vraisemblance de la quête du nouveau Graal : l’éternité de soi par clonage ou mémorisation de données sur notre constitution.

(Bloc du 11 mars 2021)
Nous sommes à l’été 1980. Je rédige en quelques mois une courte maîtrise qui critique six interprétations de divers récits de la Grèce antique. Étonnant tous les aspects par lesquels on peut aborder les mythes grecs (et tout mythe en général). C’est que je songe un moment à m’inscrire au doctorat en études anciennes jusqu’à ce qu’une réflexion me convainque que mes chances étaient meilleures de travailler comme philosophe que comme expert en mythologie classique, au Québec du moins.

Une fois mon mémoire déposé, lu et accepté, la secrétaire du département m’indique qu’il y a une dernière correction à faire, le nom d’un de mes six théoriciens est mal orthographié, et ce à plusieurs endroits. À elle qui pensait me décourager, je réponds : « pas de problème, je te remets ça demain ». Il a suffit d’un « search and replace » puis de réimprimer. Mon mémoire s’avéra être le premier des études supérieurs de l’Université de Montréal a être produit par une imprimante d’ordinateur à partir d’un programme de traitement de texte. (Ce que je vous raconte quarante ans plus tard en utilisant un laptop dont l’espace mémoire, s’il était fait avec les matériaux d’époque, occuperait un quartier de la ville de Montréal.)

L’essentiel ― mais je ne le comprendrai que des décennies plus tard ― c’est que j’ai découvert ce printemps là une manière de me documenter et de rédiger (moi qui a boudé le collège classique pour faire des maths et des sciences). Je collecte les données à partir de mes lectures pour chaque chapitre et je les entre en mémoire sur l’espace-disque de mon bon ami Claude. Il fait alors une maîtrise en psychologie à l’UQAM et a droit à un compte en informatique. Je tape et « printe » mes notes de lecture (pas de dactylo, de liquide correcteur, et de lourd dictionnaire à feuilleter !). Installé chez moi ou dans un café, j’organise ces notes, devenues des bouts de textes découpés aux ciseaux, que je réordonne. Je réarrange les blocs dans l’ordi, insère du texte pour lier ou développer, « reprinte », me relis en élaborant et corrigeant le style et réimprime jusqu’à ce que le chapitre soit complet. Je peux même travailler dans le bus ou le métro, tout en glanant des notes de lecture pour les prochains chapitres. En moins d’une session, j’ai pondu un texte d’environ 140 pages. Et pourtant…

Je dois souvent me rendre à la bibliothèque nationale (alors sur la rue St-Denis) pour consulter des livres ou des dictionnaires (donc emplir une fiche pour chaque livre qui repose dans la réserve à l’arrière, qu’un préposé ira chercher). Une demi-heure de marche/métro à l’aller comme au retour. Je dois aussi photocopier les pages dont j’ai besoin de passages et les taper en mémoire par la suite. Aujourd’hui? Google, texte en PDF, search mots-clé, bloc, Ctrl C, changement de document, Ctrl V. Le tout en quelques minutes au plus.

Le sujet de mon mémoire de maîtrise avait lui aussi eu un impact positif sur ma pensée. Quand un théoricien interprète un mythe grec, il prétend de fait que, tandis que l’auteur raconte une histoire, il montre ou manifeste, ce faisant :

– soit sa condition de classe, soit celle de ses lecteurs
– soit l’évolution de la psyché humaine à cette époque au sujet du divin
– soit la structure bipolaire de l’imaginaire ou tout autre mécanique de création d’une œuvre
– soit l’action des mécanismes inconscients du désir ou autre
– soit le degré de compréhension de la pensée formelle dont les pouvoir des dieux sont les porteurs
– et patati et patata.

Une interprétation (ou « lecture ») d’un phénomène présume forcément que quand quelque chose se manifeste, c’est en fait autre chose qui se produit si on regarde « correctement ». Dans mon mémoire, par-delà les six interprétations critiquées, j’ai compris que l’opération qui consiste à dire que « ceci est en réalité cela » pose toujours une équivalence douteuse (hors des mathématiques à tout le moins). « Ceci » n’est jamais « cela », sinon il n’existerait que deux « ceci » et pas de « cela ». Bref, interpréter, c’est établir une correspondance entre deux choses différentes. (J’avais déjà le « cœur » de ma future thèse de doctorat, que je formulerais aujourd’hui ainsi : si un observateur peut décrire, prédire ou contrôler l’évolution d’un phénomène, l’organisation de son savoir pour ce faire n’entraîne jamais qu’on retrouvera un ordre identique à ce savoir dans le phénomène.)

Quel rapport avec Fr@nkenstein? J’y arrive.
(Fin bloc du 11 mars 2021)

 

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