Résumé du texte à venir :

Il s’agit de présenter une contribution originale et fondamentale du psychanalyste Suisse Carl Gustav Jung …vers 1920, il y a un siècle déjà. Une notion fort utile en psychanalyse, mais aussi pour quiconque voudrait sonder son inconscient à l’aide du concept de « complexe affectif ». Non seulement cette idée explique divers événements troublants ou cocasses de notre vie, mais elle le fait avec un économie de termes songés et de théories obscures.

Une fois la présentation de la dimension inconsciente de l’humain terminée, j’ai remarqué que dans leur exercice d’application pratique plusieurs élèves choisissaient d’analyser une expérience de leur vécu à l’aide de cet outil; d’autres danalyser un rêve. La grande majorité découvraient aisément, parfois en véritables Sherlock Holmes, des vérités sur eux ou leur entourage; occasion pour chacun d’évoluer. Le texte qui suit présentera certains de ces travaux, exécutés entre 2001 et 2018 (des portions réécrites du chapitre 5 de L’humain au XXe siècle, 2017 ont été intégrées au texte).

(Bloc du 7 février 2021)
Normal is a struggle to be normal
Matt Groening

On est en début de semaine, une fin de matinée sous un ciel cotonné. Un mois d’août idyllique d’avant la pandémie. Je trottine vers la quincaillerie, où je me retrouve quand le quotidien se fait capricieux. Le Platô touristique est au neutre, le Plateau travaille, le zoo sexuel repose et le centre d’achats remplit ses étagères. Les itinérants sont déjà en place, prêts à cultiver une mort à petit feu dans la dépendance aléatoire, gracieuseté des bonnes âmes qui passent. Ceux que je vois souvent, si je les croise durant les fêtes, je leur donne un vingt dollars en leur en souhaitant un « joyeux Noël ». À voir leur étonnement, je suis le seul.

Les matins de semaine calme, le quartier des « plateausards » revit durant quelques heures entre les nouvelles boutiques (salon de coiffure, manucure, accessoires pour chiens, pour bébés, bars bruyants, fleuristes et autres), des commerces où je n’entre jamais. Le plus étrange fut de passer un jour devant une garderie pour bambins sur St-Laurent, une avenue commerciale. Au travers la grande vitrine, j’en avait aperçu une demi-douzaine qui s’amusaient sous la surveillance d’un adulte attentionné. Ça m’a fait drôle la première fois de les voir à travers une vitrine de magasin. La formation et l’éducation des jeunes enfants est devenu un travail social rémunéré. Ça n’existait pas quand j’étais jeune, pas même la poétique « maternelle ». Chez moi, ça s’appelait le balcon. J’y étais seul et j’y ai appris à vivre seul, sans téléphone.

Je salue une personne que je croise de temps à autre depuis cinq, dix, vingt ans même, sans connaître son nom. J’en croise de moins en moins. Quand j’étais début trentaine, vers 1985, ma génération composait 65% de la faune du Plateau, surtout des célibataires avec des emplois marginaux (comparés à psychologue, avocat, policier ou médecin, disons). Maintenant je fais partie des « vieux », une minorité qui ne « décolle » pas des logements.

Je sais qu’en avant-midi, le Café Expressionsva accueillir les vieux du coin. Quelques « laptops » aussi, mais pas le genre « so right now », trop bruyant (que j’ai rebaptisé « Instant has been »). Un coup de klaxon prononcé et prolongé déchire la quiétude du moment. Un « tabarnak » électronique digne d’une finale délirante de symphonie germanique me ramène sur le trottoir (terminé les prousteries). Quelqu’un a « brassé sa cage », comme on dit par chez nous. J’entends aussi « a sauté sa coche ». Chaque image propose son explication : rouage défectueux, la bête qui sommeille…

De là, en quelques pas le Plateau s’est évanoui et j’ai passé tout droit rendu à la quincaillerie.

Le « complexe affectif » sain

Pour mes amis, je suis un être d’habitudes (pareil pour le ministère du revenu et mississippi.com). Nos amis ne s’attendent jamais à ce que nous comportions « pas rapport », genre « Cirque du Soleil » mettons. C’est moi qu’on invite à souper entre amis, jamais une version Stephen King (à moins d’être dans un « grandeur nature », et encore).

Chaque personne, chaque « moi » est pour Carl Gustav Jung (un des pères de la psychanalyse) un « complexe affectif sain ». C’est-à-dire? Disons une manière civilisée personnelle (non « mécanique ») de négocier ses émotions, d’où l’appellation « complexe affectif ». Mais une manière qui ne fait pas chier les autres plus que permis, d’où « complexe sain ».

Chacun de nous devient forcément un tas d’habitudes avec son entourage et vice versa. Savoir à quoi s’attendre des autres quand on vit groupe, c’est bon pour le cœur.Dans l’esprit de la psychanalyse, un banquier mafioso, une religieuse carmélite transgenre ou un employé de fast-foodsyndiqué sont tous « sain ». C’est une question de conformité sociale, pas de moralité ou de dualité bien/mal.

Imaginez la situation suivante. Vous êtes attablés entre amis, un bon repas chaud devant soi. La conversation est agréable et, l’alcool aidant, on vogue du coq aux chances du Canadiens de nous faire rêver d’une coupe. Quelqu’un parle à demi-mots d’infidélité. Un autre se rappelle une blague hilarante à propos d’un mari cocu. Tout le monde rit. Sauf un végan (anciennement un « granol »), pacifiste militant en plus, qui « explose » de colère. Il ne fait jamais ça d’habitude, nous confira-t-on. Il est même possible par la suite qu’il se demande ce qui l’a pris.

Certains proches au courant de la situation comprendront la raison de sa colère « déplacée », pas les autres. Notre cobaye a pris la blague « personnellement », comme disent les mafiosi dans le film Le parrain. Faut préciser que sa blonde l’a quitté (avec les meubles et l’argent du compte commun) pour aller vivre avec une femme (ancienne militaire recyclée). Le couple gai a investi son argent dans un élevage de porcs (incluant l’ex-compte commun). Dur à encaisser, quoi.

Résumons. Même si l’individu prétend avoir fait le deuil de son ex, toute remarque sur les infidélités de couple pourrait le rendre agressif, qu’il soit pacifiste ou non. Alors jeune universitaire, Carl Gustav Jung a noté ces pertes de contrôle surviennent quand une situation nous a blessé et que la violence de la douleur nous empêche de comprendre (d’accepter donc)pourquoi on nous fait une telle saloperie. Étant griffé à l’intérieur, d’une stimulation à l’autre (pub de bacon, vitrine de charcuterie, femmes qui s’embrassent ou blague de cocu ici), l’incident oublié va ressurgir et rouvrir la blessure. Or l’être blessé n’a pas appris comment réagir quand le malaise l’envahit. En conséquence, une tension causée par la crainte va persister (dans l’inconscient) et s’amplifier d’une fois à l’autre jusqu’à atteindre une magnitude « volcanique ». D’où l’irruption de colère que l’individu n’a jamais vu venir (l’équivalent d’une grenade dégoupillée dans le dos un premier avril).

Le micro-moi oublié
(Bloc du
7 février 2021, fin )

 

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *