Avertissement :

Certaines personnes sont anormalement sensibles au propos que je traiterai ici. C’est d’ailleurs, en partie du moins, ce qui m’a motivé à rédiger ma préoccupation. Alors avant « de partir en peur », comme on dit par chez moi, prenez le temps de lire (ou d’attendre la suite du texte durant sa rédaction).

Le cerveau des chiens gardiens est fait pour repérer l’ennemi, avertir et attaquer. Chez l’humain, une telle disposition d’esprit n’engendre que des réactions inutiles et contre-productives. Réagir par la haine à l’opinion de l’autre accélère la formation d’un antagonisme de « clan » où il devient biochimiquement trop coûteux de changer d’idée. C’est documenté, dirait la bête de Goudreault.

Résumé du texte à venir :

Il s’agira comment montrer pourquoi et comment les idées d’homme et de femme ont éclatées et pourquoi il faut maintenant réarticuler les oppositions duales mâle / femelle et homme / femme, autant que masculin / féminin. Je débuterai là où la vie actuelle s’est heurtée à mes évidences; là où une énigme à résoudre s’est imposée.

Je développerai la notion d’évidence « évidente », un image flash (un archétype culturel local) qui se présente telle un témoin au banc des accusés et supporte la reconnaissance du « bon sens » dans notre jugement à propos des opinions et du comportement des autres.

Avec le développement accéléré des tissus urbains, le choc des visions éloignent les générations les unes des autres et empêche une communication véritable, pierre d’assise de toute empathie. Je ne souffre que pour mes frères et sœurs, ceux que je reconnais comme humains véritables, disait Jean-Jacques Rousseau. Seuls ceux que je reconnais comme humains ont le droit de revendiquer une totale liberté, pensait John Locke. (Ça explique l’inhumanisme des gens riches, comme des autres formes de noblesse.)

En bref, éclairer via mon propre cheminement la reconnaissance d’une réalité humaine urbaine toute nouvelle (celle qui facilitera la formation d’hommilières, des fourmilières humaines où chacun fera entièrement partie de la machine à habiter, ayant à l’esprit la vison d’un hypothétique 2084).

( bloc du 28 janvier 2021 )

(Note : Si vous connaissez peu ou pas la philosophie, le sens de certaines parenthèses vous échappera. Sautez-les, elles ne sont que des clins d’œil.)

Un jour, apparurent la femelle et le mâle. Lui, une modification d’elle, permettait de faire varier le stock génétique et d’améliorer en conséquence la résistance aux virus. Un des grands succès dans la lutte pour la survie. Plus tard, bien plus tard, on fera de ces mâles des soldats pour protéger la cité. Les guerres de territoire en élimineront d’ailleurs des milliards en une dizaine de millénaires. Entre-temps, les insectes ont proliféré sur les terres qui émergent : un McDo format « disneyworld » exposant godzilla. La femelle batracienne conserva ses œufs en elle plutôt que de les déposer au fond de l’eau et s’installa à table sur la terre ferme. Évidemment le mâle suivit, derrière, et utilisa le canal d’éjection de sa partenaire en sens contraire pour déposer sa part en elle.

La femelle devrait dorénavant porter et accoucher sa progéniture. Comment un changement aussi brutal put avoir lieu mécaniquement ? N’en ai aucune idée. Mais c’est à cause d’eux, ai-je compris au milieu de ma vie, que la féminité a toujours été reine en mon esprit. Parce qu’au plus simple, je suis un mâle. Il s’est éveillé en moi le jour où, allant sur mes dix ans peut-être, j’ai senti pour la première fois un subtil changement d’atmosphère à l’approche d’une fillette du même âge (d’avoir de grands yeux bleus habités par le soleil de certains ancêtres italiens est un attrait non négligeable).

Devenus bien gras et gros, les batraciens et d’autres devinrent eux-même des proies. Jusqu’à nous, apparus sous le soleil il n’y a que dix milles générations à peine (et on parle du prototype de base, la version 1.0, non épilée). D’avoir apprivoiser les cochons, qui mangent n’importe quoi/qui et dont la viande est tendre, nous obligea à la sédentarisation. Par ailleurs, un autre jour, un cueilleur/chasseur comprit dans un éclair d’intelligence que de nourrir les bêtes et de les faire procréer avant de les bouffer était fort profitable. Le principe était aussi vrai pour les graines et les plantes. Profitable à la longue, faut dire. Il demeure que quatre mille ans plus tard, les éleveurs/cultivateurs avaient gagné leur pari (et poser des clôtures pour protéger leurs installations, geste que Jean-Jacques Rousseau eut des difficultés insurmontables à comprendre).

Hermès & Hestia ltée.

Dans le cercle des douze dieux de l’ancienne Grèce, le dieu Hermès est placé face à la déesse Hestia. Le dieu des bornes est celui qui connaît les sentiers. Aujourd’hui de simples panneaux, les bornes qui indiquent la distance parcourue depuis le centre témoignent encore aujourd’hui de l’esprit pratique que prônait le dieu. Le disciple d’Hermès connaît le territoire. Il le mesure même. La déesse du home est représentée par une pierre ovale posée au centre de la demeure (Rome eut sa « pierre de Jupiter »). Dans la demeure tout tourne autour de la prêtresse d’Hestia, la « reine du foyer »

Dans le monde sédentaire des villages, la mâle devint « homme » et la femelle « femme ». Dans l’organisation des tâches, elle est Hestia, il est Hermès. Une fois son rôle d’inséminateur achevé, le mâle est assigné à la production de bouffe et autres nécessités. Dans l’espace des cellules familiales agglomérées, le « cœur » consomme bien plus qu’il ne produit. Les enfants sont nombreux et tardent à produire quoi que ce soit. À mesure que les labeurs se complexifient, les hommes s’aventurent de plus en plus souvent hors, loin même, du foyer. Les femmes sont « attachées » à la maison, occupées à éduquer, nourrir et soigner les enfants (l’autre cordon).

Ici comme partout dans l’histoire de la vie sexuée, l’anatomie et le caractère respectives du mâle et de la femelle se sont adaptés aux exigences de la survie. Les hommes ont appris à évaluer les distances pour ne pas se faire surprendre par la nuit ou pour évaluer la proximité d’une proie ou d’un prédateur; les femmes ont apprivoisé les nuances de vert, de jaune et de bleu afin de bien identifier les plantes comme les blessures, parfois sans l’aide de la lumière directe du soleil.

Si les sédentaires obtiennent plus de bouffe et plus régulièrement, ça prend une grande partie de leur temps et de leur énergie. Ils ne peuvent pas produire efficacement tous les biens qu’ils nécessitent. Par contre, il fallut apprendre à vivre en groupe pour se protéger contre d’épisodiques hordes errantes affamées. Toute la cathédrale intellectuelle de Karl Marx s’appuie sur la société qui se forma dans ces conditions de vie et ce, au moment précis où les humains se mirent à échanger entre eux le « fruit » de leur labeur.

La mécanique va comme suit : prenez une population de, disons, cent familles de cultivateurs et d’éleveurs, tous indépendants les uns des autres, mais probablement liés par un pacte de défense (le fameux « tous pour et un pour tous » d’où naît toute démocratie). Maintenant faites un copier/coller (Ctrl C Ctrl V) de cette population où le « tous pour… » s’appliquera aussi dans la distribution des tâches et des biens offerts.

Dans le groupe « Ctrl C Ctrl V », disons, très rapidement apparaîtront des travaux spécialisés inexistants dans le premier groupe, où chacun s’occupe de produire ce dont il a besoin. Or un travailleur spécialisé est nettement plus efficace qu’un amateur qui ne fabrique qu’à l’occasion un bien. Non seulement le spécialiste répète quotidiennement les mêmes gestes (la mécanisation du travail vit de cette vérité), mais en plus il organise son travail en vue de produire plusieurs exemplaires du même bien et ce, en s’aidant d’outils conçus à cette fin. Les gens qui travaillent seuls ne peuvent pas adopter les méthodes de travail des spécialistes. D’une part la quantité à produire est trop grande pour leurs besoins, d’autre part les outils nécessaires et l’organisation du travail sont trop coûteux à court terme. Personne ne construirait une pelle mécanique pour creuser un seul trou utile à une seule famille; personne ne construirait un bâtiment pour confectionner un seul vêtement.

Dans le village Ctrl C Ctrl V, des ébéniste, bûcherons et tisseurs, puis des marchands, mercenaires ou soigneurs (à titre d’exemples divers) offriront leur service à des clients de plus en plus à l’aise. Pourquoi? Parce que, explique Marx, le temps consommé à faire le bien qu’on échange est moindre qu’avant. Or c’est la portion de ma semaine de travail investie dans la fabrication des objets qui compte lors un échange de biens ou de services, pas leur utilité. Certes, la personne qui veut acquérir mon produit y voit une utilité pour lui, mais de savoir de quels biens il doit se départir pour l’obtenir, quel « prix » doit-il payer, cette évaluation est indépendante de l’utilité des objets en jeu.

Lors d’un échange de biens ou de services, seul le temps investi compte. La raison est que durant la période où je fabrique un bien ou offre un service, je dois me nourrir, me loger, etc. Or je ne me préoccupe pas de satisfaire ces besoins. En considérant le temps de fabrication (incluant celui des matériaux) comme dénominateur commun pour comparer les biens produits, je dois retrouver lors de l’échange tous les objets dont j’ai besoin pour vivre. Sauf que dans la société de spécialistes, ils sont mieux faits et moins coûteux (en temps). Je peux d’ailleurs échanger des bananes contre des boutons ou des œufs contre un message à transmettre.

Ainsi est née la société artisanale (étape sur laquelle Marx est muet). Résultat : chacun dispose d’une plus grande variété d’objets de meilleur fabrication. Non seulement ça attire les membres de groupes moins spécialisés, mais de tels groupes s’appauvriront au contact d’une société de spécialistes. La raison est que un groupe qui comporte moins de spécialistes devra offrir beaucoup plus de produits pour en obtenir peu car sa manière de produire est inefficace et ses produits primitifs. Combien de temps prend une société mécanisée pour faire un panier en osier? Combien de temps prend une société préindustrielle pour produire un téléphone? Combien de paniers d’osier, qui ne valent rien aux yeux de l’autre, doit-on donner pour obtenir un téléphone, objet de rêve à mes yeux?

Les futurs membres de l’antique société Ctrl C Ctrl V vivront de plus en plus à l’aise, leurs procédures de travail, leur savoir puis leur mode de vie se propageront. Les spécialistes organiseront la politique et les lois d’une nouvelle société, dite bourgeoise (un mode de vie qui disparaîtra vraisemblablement avec l’apparition des hommilières). Les bourgeois prospérant, les emplois deviennent de plus en plus complexes, l’immigration et l’espérance de vie augmentent. Les virus aussi, faut dire. Jusqu’au fameux « rêve américain » dans un empire romain d’Amérique, une république muni d’un sénat élu par un vote populaire pondéré.

Mais quel rapport avec les stéréotypes sexuels? Une fois l’histoire des spécialistes présentée, il suffit d’examiner la mécanique de la spécialisation pour chacun en tant que « femme » ou « homme ».

La cité-état

Quand la population autour des cultivateurs/éleveurs approche les cinquante mille, il se forme un îlot quasi hermétique d’organisation urbaine. C’est la masse critique en-deça de laquelle l’autour ne parvient pas à faire vivre la cité au centre. Du moins dans les conditions d’alors. Le cœur d’un état ne produit jamais la nourriture qu’il consomme. C’est pourquoi, ai-je compris un jour, j’ai pu écrire pratiquement la moitié de ma vie sans me préoccuper de trouver de la bouffe ou d’avoir à me protéger.

Les premières cités-états apparurent vers 3500, avant l’écriture, dont ils furent le berceau (voir La naissance des hommilières, Chroniques du Plateau Mont-Royal, 17 juillet 2021). La cité-état est, semble-t-il, la première « cellule » urbaine, au sens biologique. Une muraille protège le noyau qui reproduit la culture (militaires, législateurs religieux, scribes et artistes s’en occupent) et l’extérieur autour est patrouillé par une milice.

La vie quotidienne dans une cité-état amène son lot de complications. Quand peut-on faire du bruit? Comment peut-on punir un voleur? Qui fait la monnaie? À quoi oblige une location? Quels droits peut espérer un salarié? La vie en commun de spécialistes engendre des obligations légales, sociales et transactionnelles nouvelles. Des emplois inédits naissent : avocat, entrepreneur, clerc municipal, professeur, inspecteur ou milicien. Des tâches toujours occupés par des hommes, mais qui opèrent maintenant à « l’intérieur » de la maison urbaine, et non dans la nature. Ils se retrouvent socialement (et subtilement) dans une position « femme » indépendante de celle de « femelle ». La morphologie physique et psychique du mâle se modifie en conséquence et apparaît dans le vocabulaire le terme de « citoyen » (terme neutre, comme l’est « membre »).

Un citoyen/citoyenne est un homme/femme avec des droits civiques liés à son rôle en tant que membre de la « société » du travail en commun (germe légal d’où naîtront les hommilières).

Si les statuts d’homme et de femme « s’androgynisent » en société civilisée, le lien dual mâle/femelle, essentiel à la reproduction, demeurera inchangé durant cinq mille ans. Ce n’est que dans les grandes villes « modernes » que la complexité de la vie sociale va obliger les femmes à participer au travail social. Cette insertion se fera d’abord en greffant un lien « maternel » à des emplois masculins. Les plus connus sont la secrétaire, l’infirmière, la serveuse, la femme de ménage et, plus généralement, toute forme d’assistance qui vise è soulager le spécialiste de la gestion des ustensiles liés à son travail (la sténographe est à cet égard exemplaire).

La femme s’éloigne de plus en plus fréquemment du foyer domestique. La coupure du lien à la progéniture est facilitée par les garderies (demandées par les Françaises en 1848) et la fréquentation de l’école. Les emplois s’androgynisant, les femmes montent dans l’échelle administrative, en particulier depuis la position de secrétaire/assistante. Elles deviennent avocate, comptable, administratrice ou médecin, D’ailleurs, la distinction légale entre citoyen/citoyenne, puis ouvrier/ouvrière, perd son sens car la nature même du travail social n’entretient plus aucun lien brut avec le sexe de la personne. Bref, la femme accède moins à des postes primitivement « mâle », mis à part la police et l’armée (et encore, ils sont utilisés de plus en plus sans leur force armée), mais bien à des emplois disponibles à tout citoyen/ne.

Mentionnons que c’est toujours un milieu hostile qui catalyse l’insertion des femmes dans le travail social (la guerre fut à ce titre exemplaire). De devenir un agent économique qui produit ou participe à la production d’un bien ou d’un service échangeable procure aux femmes des droits, en particulier le droit de vote. Les premières députés et les premiers droits de vote pour les femmes sont apparus autour de 1900 en Nouvelle-Zélande et en Finlande, des pays où les conditions de vie étaient difficiles.

Dans la cité-état contemporaine, dans cet « machine à habiter » (avait dit Le Corbusier), chacun se retrouve à l’intérieur de la maison. En pratique, plus rien ne nous menace, que ce soit des fauves ou des barbares. Les hommes s’y retrouvent en position « maternelle » (peut-être l’effet psychologique essentiel qu’engendre le communisme, comme certaines sectes). Et même en position « femelle », avec un bambin dans les bras et un biberon en main.

D’ailleurs la reproduction n’est maintenant plus la préoccupation principale des adultes (possiblement pour la première fois dans l’histoire de la vie) et, depuis quelques décennies, l’éducation des enfants aussi car la société prend en charge la formation des jeunes une bonne partie de la semaine et ce, depuis la garderie jusqu’au diplôme.

In the mean time

Par contre, les icônes associés à l’homme et à la femme, tout comme ceux associé au mâle (yang) et à la femelle (yin) persistent. C’est à ce moment que la nouvelle réalité sociale a surgi brusquement devant moi au cœur d’un petit parc sur l’avenue du Mont-Royal, un soir d’été, alors qu’à soixante-huit ans tout frais, mes plans de retraite et mes habitudes d’écriture venaient d’être chambardé par une épidémie mondiale (le divin avait mis le paquet pour me faire chier personnellement, qu’il l’ai voulu ou non).

( fin du bloc du 28 janvier 2021 )

 

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