Avertissement :

Certaines personnes sont anormalement sensibles au propos que je traiterai ici. C’est d’ailleurs, en partie du moins, ce qui m’a motivé à rédiger ma préoccupation. Alors avant « de partir en peur », comme on dit par chez moi, prenez le temps de lire (ou d’attendre la suite du texte durant sa rédaction).

Le cerveau des chiens gardiens est fait pour repérer l’ennemi, avertir et attaquer. Chez l’humain, une telle disposition d’esprit n’engendre que des réactions inutiles et contre-productives. Réagir par la haine à l’opinion de l’autre accélère la formation d’un antagonisme de « clan » où il devient biochimiquement trop coûteux de changer d’idée. C’est documenté, dirait la bête de Goudreault.

Résumé du texte à venir :

Il s’agira comment montrer pourquoi et comment les idées d’homme et de femme ont éclatées et pourquoi il faut maintenant réarticuler les oppositions duales mâle / femelle et homme / femme, autant que masculin / féminin. Je débuterai là où la vie actuelle s’est heurtée à mes évidences; là où une énigme à résoudre s’est imposée.

Je développerai la notion d’évidence « évidente », un image flash (un archétype culturel local) qui se présente telle un témoin au banc des accusés et supporte la reconnaissance du « bon sens » dans notre jugement à propos des opinions et du comportement des autres.

Avec le développement accéléré des tissus urbains, le choc des visions éloignent les générations les unes des autres et empêche une communication véritable, pierre d’assise de toute empathie. Je ne souffre que pour mes frères et sœurs, ceux que je reconnais comme humains véritables, disait Jean-Jacques Rousseau. Seuls ceux que je reconnais comme humains ont le droit de revendiquer une totale liberté, pensait John Locke. (Ça explique l’inhumanisme des gens riches, comme des autres formes de noblesse.)

En bref, éclairer via mon propre cheminement la reconnaissance d’une réalité humaine urbaine toute nouvelle (celle qui facilitera la formation d’hommilières, des fourmilières humaines où chacun fera entièrement partie de la machine à habiter, ayant à l’esprit la vison d’un hypothétique 2084).

(Note : Si vous connaissez peu ou pas la philosophie, le sens de certaines parenthèses vous échappera. Sautez-les, elles ne sont que des clins d’œil.)

One upon a time …

Un jour apparurent la femelle et le mâle. Lui, une modification d’elle, permettait de faire varier le stock génétique et d’améliorer en conséquence la résistance aux virus. Un des grands succès dans la lutte pour la survie. Plus tard, bien plus tard, on fera de ces mâles des soldats pour protéger la cité. Les guerres de territoire en élimineront d’ailleurs des milliards en une dizaine de millénaires. Entre-temps, les insectes ont proliféré sur les terres qui émergent : un McDo format « disneyworld » exposant godzilla. La femelle batracienne conserva ses œufs en elle plutôt que de les déposer au fond de l’eau et s’installa à table sur la terre ferme. Évidemment le mâle suivit, derrière, et utilisa le canal d’éjection de sa partenaire en sens contraire pour déposer sa part en elle.

La femelle devrait dorénavant porter et accoucher sa progéniture. Comment un changement aussi brutal put avoir lieu mécaniquement ? N’en ai aucune idée. Mais c’est à cause d’eux, ai-je compris au milieu de ma vie, que la féminité a toujours été reine en mon esprit. Parce qu’au plus simple, je suis un mâle. Il s’est éveillé en moi le jour où, allant sur mes dix ans peut-être, j’ai senti pour la première fois un subtil changement d’atmosphère à l’approche d’une fillette du même âge (d’avoir de grands yeux bleus habités par le soleil de certains ancêtres italiens est un attrait non négligeable).

Devenus bien gras et gros, les batraciens et d’autres devinrent eux-même des proies. Jusqu’à nous, apparus sous le soleil il n’y a que dix milles générations à peine (et on parle du prototype de base, la version 1.0, non épilée). D’avoir apprivoiser les cochons, qui mangent n’importe quoi/qui et dont la viande est tendre, nous obligea à la sédentarisation. Par ailleurs, un autre jour, un cueilleur/chasseur comprit dans un éclair d’intelligence que de nourrir les bêtes et de les faire procréer avant de les bouffer était fort profitable. Le principe était aussi vrai pour les graines et les plantes. Profitable à la longue, faut dire. Il demeure que quatre mille ans plus tard, les éleveurs/cultivateurs avaient gagné leur pari (et poser des clôtures pour protéger leurs installations, geste que Jean-Jacques Rousseau eut des difficultés insurmontables à comprendre).

Hermès & Hestia ltée.

Dans le cercle des douze dieux de l’ancienne Grèce, le dieu Hermès est placé face à la déesse Hestia. Le dieu des bornes est celui qui connaît les sentiers. Aujourd’hui de simples panneaux, les bornes qui indiquent la distance parcourue depuis le centre témoignent encore aujourd’hui de l’esprit pratique que prônait le dieu. Le disciple d’Hermès connaît le territoire. Il le mesure même. La déesse du home est représentée par une pierre ovale posée au centre de la demeure (Rome eut sa « pierre de Jupiter »). Dans la demeure tout tourne autour de la prêtresse d’Hestia, la « reine du foyer »

Dans le monde sédentaire des villages, la mâle devint « homme » et la femelle « femme ». Dans l’organisation des tâches, elle est Hestia, il est Hermès. Une fois son rôle d’inséminateur achevé, le mâle est assigné à la production de bouffe et autres nécessités. Dans l’espace des cellules familiales agglomérées, le « cœur » consomme bien plus qu’il ne produit. Les enfants sont nombreux et tardent à produire quoi que ce soit. À mesure que les labeurs se complexifient, les hommes s’aventurent de plus en plus souvent hors, loin même, du foyer. Les femmes sont « attachées » à la maison, occupées à éduquer, nourrir et soigner les enfants (l’autre cordon).

Ici comme partout dans l’histoire de la vie sexuée, l’anatomie et le caractère respectives du mâle et de la femelle se sont adaptés aux exigences de la survie. Les hommes ont appris à évaluer les distances pour ne pas se faire surprendre par la nuit ou pour évaluer la proximité d’une proie ou d’un prédateur; les femmes ont apprivoisé les nuances de vert, de jaune et de bleu afin de bien identifier les plantes comme les blessures, parfois sans l’aide de la lumière directe du soleil.

Si les sédentaires obtiennent plus de bouffe et plus régulièrement, ça prend une grande partie de leur temps et de leur énergie. Ils ne peuvent pas produire efficacement tous les biens qu’ils nécessitent. Par contre, il fallut apprendre à vivre en groupe pour se protéger contre d’épisodiques hordes errantes affamées. Toute la cathédrale intellectuelle de Karl Marx s’appuie sur la société qui se forma dans ces conditions de vie et ce, au moment précis où les humains se mirent à échanger entre eux le « fruit » de leur labeur.

La mécanique va comme suit : prenez une population de, disons, cent familles de cultivateurs et d’éleveurs, tous indépendants les uns des autres, mais probablement liés par un pacte de défense (le fameux « tous pour et un pour tous » d’où naît toute démocratie). Maintenant faites un copier/coller (Ctrl C Ctrl V) de cette population où le « tous pour… » s’appliquera aussi dans la distribution des tâches et des biens offerts.

Dans le groupe « Ctrl C Ctrl V », disons, très rapidement apparaîtront des travaux spécialisés inexistants dans le premier groupe, où chacun s’occupe de produire ce dont il a besoin. Or un travailleur spécialisé est nettement plus efficace qu’un amateur qui ne fabrique qu’à l’occasion un bien. Non seulement le spécialiste répète quotidiennement les mêmes gestes (la mécanisation du travail vit de cette vérité), mais en plus il organise son travail en vue de produire plusieurs exemplaires du même bien et ce, en s’aidant d’outils conçus à cette fin. Les gens qui travaillent seuls ne peuvent pas adopter les méthodes de travail des spécialistes. D’une part la quantité à produire est trop grande pour leurs besoins, d’autre part les outils nécessaires et l’organisation du travail sont trop coûteux à court terme. Personne ne construirait une pelle mécanique pour creuser un seul trou utile à une seule famille; personne ne construirait un bâtiment pour confectionner un seul vêtement.

Dans le village Ctrl C Ctrl V, des ébéniste, bûcherons et tisseurs, puis des marchands, mercenaires ou soigneurs (à titre d’exemples divers) offriront leur service à des clients de plus en plus à l’aise. Pourquoi? Parce que, explique Marx, le temps consommé à faire le bien qu’on échange est moindre qu’avant. Or c’est la portion de ma semaine de travail investie dans la fabrication des objets qui compte lors un échange de biens ou de services, pas leur utilité. Certes, la personne qui veut acquérir mon produit y voit une utilité pour lui, mais de savoir de quels biens il doit se départir pour l’obtenir, quel « prix » doit-il payer, cette évaluation est indépendante de l’utilité des objets en jeu.

Lors d’un échange de biens ou de services, seul le temps investi compte. La raison est que durant la période où je fabrique un bien ou offre un service, je dois me nourrir, me loger, etc. Or je ne me préoccupe pas de satisfaire ces besoins. En considérant le temps de fabrication (incluant celui des matériaux) comme dénominateur commun pour comparer les biens produits, je dois retrouver lors de l’échange tous les objets dont j’ai besoin pour vivre. Sauf que dans la société de spécialistes, ils sont mieux faits et moins coûteux (en temps). Je peux d’ailleurs échanger des bananes contre des boutons ou des œufs contre un message à transmettre.

Ainsi est née la société artisanale (étape sur laquelle Marx est muet). Résultat : chacun dispose d’une plus grande variété d’objets de meilleur fabrication. Non seulement ça attire les membres de groupes moins spécialisés, mais de tels groupes s’appauvriront au contact d’une société de spécialistes. La raison est que un groupe qui comporte moins de spécialistes devra offrir beaucoup plus de produits pour en obtenir peu car sa manière de produire est inefficace et ses produits primitifs. Combien de temps prend une société mécanisée pour faire un panier en osier? Combien de temps prend une société préindustrielle pour produire un téléphone? Combien de paniers d’osier, qui ne valent rien aux yeux de l’autre, doit-on donner pour obtenir un téléphone, objet de rêve à mes yeux?

Les futurs membres de l’antique société Ctrl C Ctrl V vivront de plus en plus à l’aise, leurs procédures de travail, leur savoir puis leur mode de vie se propageront. Les spécialistes organiseront la politique et les lois d’une nouvelle société, dite bourgeoise (un mode de vie qui disparaîtra vraisemblablement avec l’apparition des hommilières). Les bourgeois prospérant, les emplois deviennent de plus en plus complexes, l’immigration et l’espérance de vie augmentent. Les virus aussi, faut dire. Jusqu’au fameux « rêve américain » dans un empire romain d’Amérique, une république muni d’un sénat élu par un vote populaire pondéré.

Mais quel rapport avec les stéréotypes sexuels? Une fois l’histoire des spécialistes présentée, il suffit d’examiner la mécanique de la spécialisation pour chacun en tant que « femme » ou « homme ».

La cité-état

Quand la population autour des cultivateurs/éleveurs approche les cinquante mille, il se forme un îlot quasi hermétique d’organisation urbaine. C’est la masse critique en-deça de laquelle l’autour ne parvient pas à faire vivre la cité au centre. Du moins dans les conditions d’alors. Le cœur d’un état ne produit jamais la nourriture qu’il consomme. C’est pourquoi, ai-je compris un jour, j’ai pu écrire pratiquement la moitié de ma vie sans me préoccuper de trouver de la bouffe ou d’avoir à me protéger.

Les premières cités-états apparurent vers 3500, avant l’écriture, dont ils furent le berceau (voir La naissance des hommilières, Chroniques du Plateau Mont-Royal, 17 juillet 2021). La cité-état est, semble-t-il, la première « cellule » urbaine, au sens biologique. Une muraille protège le noyau qui reproduit la culture (militaires, législateurs religieux, scribes et artistes s’en occupent) et l’extérieur autour est patrouillé par une milice.

La vie quotidienne dans une cité-état amène son lot de complications. Quand peut-on faire du bruit? Comment peut-on punir un voleur? Qui fait la monnaie? À quoi oblige une location? Quels droits peut espérer un salarié? La vie en commun de spécialistes engendre des obligations légales, sociales et transactionnelles nouvelles. Des emplois inédits naissent : avocat, entrepreneur, clerc municipal, professeur, inspecteur ou milicien. Des tâches toujours occupés par des hommes, mais qui opèrent maintenant à « l’intérieur » de la maison urbaine, et non dans la nature. Ils se retrouvent socialement (et subtilement) dans une position « femme » indépendante de celle de « femelle ». La morphologie physique et psychique du mâle se modifie en conséquence et apparaît dans le vocabulaire le terme de « citoyen » (terme neutre, comme l’est « membre »).

Un citoyen/citoyenne est un homme/femme avec des droits civiques liés à son rôle en tant que membre de la « société » du travail en commun (germe légal d’où naîtront les hommilières).

Si les statuts d’homme et de femme « s’androgynisent » en société civilisée, le lien dual mâle/femelle, essentiel à la reproduction, demeurera inchangé durant cinq mille ans. Ce n’est que dans les grandes villes « modernes » que la complexité de la vie sociale va obliger les femmes à participer au travail social. Cette insertion se fera d’abord en greffant un lien « maternel » à des emplois masculins. Les plus connus sont la secrétaire, l’infirmière, la serveuse, la femme de ménage et, plus généralement, toute forme d’assistance qui vise è soulager le spécialiste de la gestion des ustensiles liés à son travail (la sténographe est à cet égard exemplaire).

La femme s’éloigne de plus en plus fréquemment du foyer domestique. La coupure du lien à la progéniture est facilitée par les garderies (demandées par les Françaises en 1848) et la fréquentation de l’école. Les emplois s’androgynisant, les femmes montent dans l’échelle administrative, en particulier depuis la position de secrétaire/assistante. Elles deviennent avocate, comptable, administratrice ou médecin, D’ailleurs, la distinction légale entre citoyen/citoyenne, puis ouvrier/ouvrière, perd son sens car la nature même du travail social n’entretient plus aucun lien brut avec le sexe de la personne. Bref, la femme accède moins à des postes primitivement « mâle », mis à part la police et l’armée (et encore, ils sont utilisés de plus en plus sans leur force armée), mais bien à des emplois disponibles à tout citoyen/ne.

Mentionnons que c’est toujours un milieu hostile qui catalyse l’insertion des femmes dans le travail social (la guerre fut à ce titre exemplaire). De devenir un agent économique qui produit ou participe à la production d’un bien ou d’un service échangeable procure aux femmes des droits, en particulier le droit de vote. Les premières députés et les premiers droits de vote pour les femmes sont apparus autour de 1900 en Nouvelle-Zélande et en Finlande, des pays où les conditions de vie étaient difficiles.

Dans la cité-état contemporaine, dans cet « machine à habiter » (avait dit Le Corbusier), chacun se retrouve à l’intérieur de la maison. En pratique, plus rien ne nous menace, que ce soit des fauves ou des barbares. Les hommes s’y retrouvent en position « maternelle » (peut-être l’effet psychologique essentiel qu’engendre le communisme, comme certaines sectes). Et même en position « femelle », avec un bambin dans les bras et un biberon en main.

D’ailleurs la reproduction n’est maintenant plus la préoccupation principale des adultes (possiblement pour la première fois dans l’histoire de la vie) et, depuis quelques décennies, l’éducation des enfants aussi car la société prend en charge la formation des jeunes une bonne partie de la semaine et ce, depuis la garderie jusqu’au diplôme.

In the mean time

Par contre, les icônes associés à l’homme et à la femme, tout comme ceux associé au mâle (yang) et à la femelle (yin) persistent. C’est à ce moment que la nouvelle réalité sociale a surgi brusquement devant moi au cœur d’un petit parc sur l’avenue du Mont-Royal, un soir d’été, alors qu’à soixante-huit ans tout frais, mes plans de retraite et mes habitudes d’écriture venaient d’être chambardé par une épidémie mondiale (le divin avait mis le paquet pour me faire chier personnellement, qu’il l’ai voulu ou non).

(Bloc du 2 avril 2021 )
L’évidence pas évidente

Notre trio est attablé en début de nuit au petit parc sur l’avenue du Mont-Royal en place de l’ancien poste d’essence, disparu comme tant d’autres. Sauf que cette fois, plutôt qu’un quatre étage qui aurait ombragé et encombré l’avenue, on a installé une aire ouverte avec bancs et tables. Un oxygène social devenu vital en temps de pandémie. Je discute avec Yves et Jacques, deux joueurs d’échecs, respectivement économiste et programmeur. À trois, on cumule plus de 180 années de vie, pour vous qu’on parle pas souvent de sport et jamais de char.

La discussion est partie d’un commentaire à propos de l’incident « Potter ». Des hommes à ‘allure de femmes s’offusquaient officiellement d’avoir été interpelé(e?) par un « monsieur ». Je me rappelle la première fois qu’un gamin m’a appelé « monsieur ». J’avais quinze ans et comme j’avais été fier de l’entendre. Bon, ça n’a plus la cote, semble-t-il. Bref, à l’été 2020, la célèbre autrice avait critiqué les gens ne voulant pas être interpelés par un titre associé à leur sexe, remarquant qu’une femme a des menstruations, pas un homme, qu’il porte une robe ou non. Ce n’est pas une question d’opinion, mais de bon sens. Je disais à mes compères avoir eu une réaction similaire devant la plainte d’un homme habillé en femme qui voulait se faire appelé(e?) « madame ». Mon réflexe mental avait été « une femme va chez un gynécologue », pas lui.

Quoi que je n’avais pas envisagé le cas du transgenre opéré, qui va où lui? (D’où le titre : 1 = 0). Pas plus que je n’avais envisagé qu’un homme qui s’habille en femme pour être heureux puisse se sentir agressé en se faisant appeler « monsieur » (d’où la « logique » transgenre).

Plus brut encore s’imposait à moi mon éducation en biologie. Une femme possède deux chromosomes YY et qu’un homme est XY, qu’on m’avait enseigné. Le chromosome X étant un Y simplifié, ai-je su plus tard (pour qu’il s’intéresse au hockey, disent de mauvaises langues). Étrange par contre, personne ne se demande pourquoi un être XX n’existe pas? Serait-il viable?

Au parc, m’est revenu à l’esprit une nouvelle qui me fâchait encore au rappel. Un adolescent genre « trans » voulait que le collège où il étudiait mettre à sa disposition une toilette non « homme » et non « femme ».

― Vraiment? On ne va quand même pas payer une toilette à quelqu’un pour qu’il pisse à l’aise quand les collèges ont des problèmes de budget. Moi j’opterais pour la solution Ally McBeal, une toilette pour tout le monde.

Sortie qui fait sourire mes deux compères. Mais voilà que plus loin une jeune femme se retourne, fâchée, et lance quelque chose que je n’entends pas bien, mais que je devine pas gentil. Une femme, sûr, et française à l’accent. J’ai accusé réception et on en est resté là. Elle et son copain sont repartis leur collation terminée. Comme je demande ce qui l’a piquée, Yves répond :
― Tu l’as écorchée.
― Vraiment?

Je suis essentiellement un ruminant, alors j’ai laissé reposé, le temps que le « gazon » fasse effet.

Y – X = quoi au juste?

Qu’est-ce que ça change un X plutôt qu’un Y? C’est quoi la différence?

Jean-Jacques Rousseau y était allé de commentaires élaborés sur la psychologie « femelline ». La femme est douce, attentive, patiente, et ainsi de suite; des qualités devenues essentielles pour éduquer les enfants aux choses de la vie. Sauf que la psychologie est une affaire de contexte. Une fois au volant d’un véhicule ou d’une entreprise, certaines femmes ont agi comme des porcs, d’un genre se raréfiant chez les hommes. Certaines sont devenues des prédateurs sexuels, d’autres des James Bond au cinéma. Bref les femmes ont reproduit les mêmes comportements que les hommes dans une situation similaire. C’est une question de power trip, comme disent les Romains. Ça n’a que très peu à voir avec le sexe de la personne, pas mal plus avec sa situation sociale.

Ce que ça change surtout, ce sont les hanches minces de certains hommes qui courent vite, leur musculature massive, sans gras accumulé, qui en font des guerriers redoutables (surtout avec des armes primitives en main), ou encore des homme plus grands, un avantage fondamental pour le primate sur deux pattes qui voit venir le trouble de loin et sait comment se préparer. Voilà pourquoi le mâle aime les compétitions sportives. C’est physique. Quand les femmes sont entrées dans des « centres de musculature » leur attitude face aux compétions sportives a changé. La psychologie, c’est comme le software, ça s’inculque et ça se remplace en une génération. La quincaillerie, c’est une toute autre histoire.

Équipé pour aller jouer dehors, l’homme est allé chercher la viande. Bon, c’est sûr qu’avec une carabine à lunette télescopique et infrarouge et un drone programmé, après un bon déjeuner, la chasse a n’importe quelle viande devient une « aventure ». Quant à l’expédition chez le boucher… Par contre, dans un monde primitif, avec une massue ou un pieu, même avec un arc et de flèches, c’est peu quand on parle de bêtes sauvages qu’ils faut tuer. Pensez au bœuf ou au porc sauvage, à une panthère griffes déployées ou un caribou qui charge; on est loin de la vache laitière et du minou de sofa. Pas facile d’être un homme dans ces conditions. Pour sa part, la femme a atrophié en partie les qualités développées par l’homme, elle a investi ses énergies ailleurs. Bref de couple en couple, une quête de survie va s’étaler sur trois cents mille ans, et modifiera la constitution des hommes et des femmes. On parle d’environ quinze mille générations.

Il n’y a toutefois que depuis cinq mille ans que les premières véritables villes se sont formées, que les premières religions élaborées se sont enseignées, que des signes ont été inscrits sur des surfaces pour y conserver des quantités ou des pensées. Pour nous, il s’est passé beaucoup d’événements marquants dans ces derniers millénaires, pas pour notre corps. Il n’y a que quelques siècles, au mieux, que certains emplois ont transformé le corps des humains indifféremment de leur sexe. Les révolutions dans notre manière de travailler avec une technologie sophistiquée, la chirurgie et la pharmacologie en particulier, ont transformé notre corps et notre manière de l’entretenir radicalement depuis moins d’un siècle récemment. C’est un saut évolutif brutal. J’y reviens plus loin. Ça rappelle la lente évolution des prédateurs et de leur morphologie dont Konrad Lorenz parlait de manière à faire comprendre combien l’humain pouvait devenir brusquement et sans prédispositions un dangereux prédateur dès l’invention du fusil de chasse.

Question en passant. Connaissez-vous les nom et prénoms des seize grands-parents de vos quatre grands-parents? Ils vivaient au milieu du dix-neuvième siècle, il y a à peine deux cent ans; à l’époque où Karl Marx écrivait sa bible et que des trains à vapeurs cheminaient à travers l’Amérique. Sans vitamines et téléphones, ils étaient plus petits et moins bien informés que nous. Pour le reste, c’est du pareil au même (un Romain, un Parisien ou un New-yorkais, ça demeure le même nombril).

Concrètement, qu’est-ce qui a changé quand les hommes et les femmes se sont spécialisés durant des millénaires et des centaines de millénaires? Essentiellement, ce sont des mécanismes de base, comme la souplesse ou l’endurance, la tolérance à la douleur (moins utile chez l’homme), la mécanique du déclenchement des émotions comme la colère ou la peur, ou encore la perception affinée des couleurs, des distances ou des variations de la voix humaine. Un exemple.

Question quiz : quelle est la cote à Las Vegas (la ville-lumière des statistiques) dans un concours homme-femme sur les couleurs genre, beige, turquoise ou saumon? En tant que primate qui recherche fruits, légumes et grains en tout genre, nous avons appris à distinguer les nuances de vert, par conséquent celle de bruns, qui résument l’autour, question bouffe et formes de vie. C’aurait été une tout autre histoire sous l’eau. Mais demeure que j’ai vite compris en fin d’adolescence que les hommes ont des problèmes avec les couleurs. À tout le moins les femmes leur en donnent.

J’avais demandé à une amie de venir magasiner avec moi, question de comparer nos goûts. Ça m’était venu au lendemain d’une conversation, attablé avec quatre femmes qui discutaient des hommes beaux ou laids (j’étais dans l’antichambre du pouvoir). J’ai compris que les hommes n’ont aucune idée de ce qu’est un bel homme, information inestimable pour un hétéro célibataire et monogame de nature. Bon, je cherchais une chemise bleue. Une fois rendus chez Eaton, le gros magasin d’alors, ce que je trouve d’intéressant suscite chez elle des sourires, indulgents disons. Soudain, elle pointe :
― Celle-là.

Sur le coup, j’ai vu une chemise entre deux bruns avec des barres verticale rose et bleu, que la dame responsable de la section avait mis en évidence sur un présentoir. Pourtant, une fois sur moi, dans le reflet d’un miroir, c’est bel et bien une chemise bleue. Le résultat de la superposition des couleurs c’est un bleu, celui mes yeux. Pour la première fois de ma vie, des gens me complimentèrent pour mon apparence (bref Chrétiens 0, Lions un tas).

Pour vous confier (un indice) qu’à « Végus », la cote penche nettement en faveur des femmes, Remarquez qu’au hockey, les choses sont claires, : bleu, blanc, rouge, vert ou noir. Ça permet de voir les nuances quand un gros défenseur ramasse un petit ailier sur la bande. Maintenant, il y a des chandails orange, mais un orange « pas de nuance », genre McDo mettons. Quoi que je ne comprends pas qu’une équipe avec un chandail orange puisse avoir le droit de gagner la coupe Stanley. Pour ma défense (en autant qu’elle puisse exister), je dirais que j’étais aux premières loges quand l’herpès social McDonald a infecté la « scène » montréalaise. Des spots de décoloration existentielle « orange sous néon » sont apparus, surtout dans les régions densément peuplées. J’ai même été infecté de temps d’amadouer l’agent chimique spécial qui défrise la langue quand tu mords dans le gras trans.

Pour évaluer les distances, par contre, c’est par une journée ensoleillé que j’ai eu une révélation alors que je déambulais sur la rue. Mais d’abord une remarque. Évaluer la distance n’est pas une simple affaire. Quand je quittais le collège Maisonneuve et marchait sur Sherbrooke ou Rachel, je voyais rapidement apparaître la croix du Mont-Royal. J’avais l’impression que c’était tout près, à une demi-heure de marche, mettons. Pourtant c’est bien plus loin. Et sans route aplanie, ça prend au moins deux heures. Le temps requis est une donnée vitale dans un monde primitif où il faut trouver un refuge pour la nuit. Même importance d’évaluer correctement la distance quand on utilise des projectiles (pierre, pieu, flèche) pour attaquer ou se défendre, ou encore que s’approche un félin au loin. J’ai demeuré quatorze ans a un coin de rue de St-Denis et de Mont-Royal, dans un bout de rue sans vignette obligatoire. J’en ai vu des gens se garer. Avantage net aux hommes (à en rendre les Lions jaloux). Remarquez, par ailleurs, qu’avec tous les bidules genre GPS, qui se soucie de l’habileté personnelle à évaluer les distances, de près comme de loin? La technologie contemporaine nous bouleverse bien plus qu’on ne pouvait l’anticiper.

Mais là, sur le trottoir, on parle de révélation. La dame (riche, de banlieue qui mange trop) s’immobilise sur la rue commerciale, « dret » devant moi. Le « char » est proportionnel à la dame et le « parker » n’a rien à voir ici avec le fait de se ranger dans l’entrée du garage de son split-level de banlieue. À ce moment précis sort un gars, genre vaguement motard, avec un début résolu de bedaine de bière. Il regarde la conductrice essayer maladroitement de se ranger sous l’œil sévère des véhicules qui s’accumulent derrière (ce qui n’arrive jamais devant chez elle, en banlieue). Le gars contourne le véhicule et demande :
― Voulez-vous que j’vous le parke?

La dame s’est littéralement éjectée du piège à ours. Le gars embarque, ajuste le rétroviseur d’une main certaine, passe en renverse et à la Capitaine Crochet, « swingne » d’un bord le « steering » en donnant un p’tit coup de gaz, tout en débutant un 180 degrés en douceur. Coup de frein, un autre petit coup de gaz, pour que le cul du « char » glisse et s’aligne avec le trottoir, p’tit coup de frein en regardant dans le rétroviseur. Le gars ressort du char et remet les clés à la dame qui vient à peine de se retourner une fois sur le trottoir pour observer la manœuvre. Bof, que je me dis, il y avais au moins dix pouces en avant comme en arrière. Mais de l’élégance tout de même. Un 9,5 sur 10 minimum. C’est alors que l’histoire de la chemise m’est revenu en mémoire.

La cote ? En pariant sur l’homme, à 20 contre 1 on devrait arriver « kif kif ».(Fin bloc du 2 avril 2021 )

 

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