Le premier accord universel de l’histoire ne fut
ni un traité de paix, de commerce ou de finance,
mais un accord signé à Paris en 2015 sur l’énergie.
Guillaume Pitron

On utilisait sept métaux dans l’antiquité, soit l’or, l’argent, le cuivre, le plomb, l’étain, le mercure et le fer. On en utilisait une vingtaine vers 1970. Dorénavant c’est presque la totalité des 86 métaux du tableau périodique qui entrent dans la fabrication de nos gadgets électroniques. Et la demande devient exponentielle. Nous consommons actuellement plus de deux milliards de tonnes de métaux divers chaque année, soit cinq cents fois le poids de la tour Eiffel à chaque jour.

Ces informations font partie d’un ensemble de données étonnantes que je glane dans le livre de Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares (2019). Pour satisfaire la gourmandise de l’industrie, les compagnies minières devront extraire dans les trente prochaines années plus de minerais que l’humanité en a prélevé en 70,000 ans. La liste des métaux dont l’acquisition pourrait devenir problématique d’ici un siècle est passée en deux décennies de quelques-uns à près d’une quarantaine. En comparaison, autant le pétrole et le charbon, que l’uranium et l’aluminium demeurent disponibles en abondance.

Un des piliers du virage vert est qu’une infime dose de métaux tels l’indium, le vanadium ou le cérium émet un champ magnétique qui permet une production d’énergie bien plus grande que des quantités équivalentes de charbon ou de pétrole et ce, sans générer le moindre gramme de CO2.

In the mean time

L’extraction des « métaux rares » et des « terres rares » génère une pollution nettement plus corrosive que celle du pétrole, du charbon et même de l’uranium. Ces métaux rares se trouvent en grande partie en Chine et Mongolie (d’où la maladroite tentative du président Trump pour acheter le Groenland, où on en trouverait). Il y a dix mille mines en Chine qui génèrent des quantités astronomiques de résidus en regard du métal extrait. Ces résidus sont déversés dans l’eau ou le sol, d’où « le côté obscur du vert ».

À titre d’exemple, la purification d’une tonne de terres rares requiert 200 mètres cubes (6 mètres ou 20 pieds de côté) d’eau qui va alors se charger d’acides et de métaux lourds. Or la Chine ne fait quasiment rien pour sécuriser l’environnement ou la santé des travailleurs. C’est pire à Baotou en Mongolie-Intérieure (un territoire plus ou moins annexé par la Chine) où un réservoir artificiel contient des kilomètres carrés d’effluents toxiques dont le surplus déborde de temps à autre dans le fleuve Jaune (en conférence à Montréal, Pitron a avoué s’y être rendu illégalement). Dalahai , un village en bordure de ce réservoir, a été surnommé le village du cancer.

Pékin est non seulement devenu le principal producteur de tous les minerais que nos technologies vertes nécessitent mais aussi le premier émetteur de gaz à effet de serre et ça empire (durant la crise du coronavirus, les changements de l’air au dessus de la Chine furet perceptibles via satellite). C’est 10% des terres arabes et 80% des eaux des puits souterrains qui sont contaminées. Ça met en perspective la réticence des Étasuniens à réduire la pollution industrielle dans la lutte économique qui les opposent aux Chinois. Pensez-vous que c’est mieux dans les mines d’Afrique ou en Amérique latine, où on trouve aussi les métaux si précieux à la technologie verte?

Le coût réel du vert

Au départ, tout semble rose, ou vert mettons, dans le virage écologique. Un exemple : dans les villes de demain nous économiserons plus de 65% d’électricité avec des capteurs qui adapteront l’éclairage selon la fréquentation des trottoirs. Sauf que le dispositif nécessite des capteurs de mouvements qui eux consomment des métaux rares. Un panneau solaire, une éolienne et une auto électrique portent une « péché originel », dit Guillaume Pitron. C’est le coût global du tournant vert qu’il faut évaluer.

L’indium est un métal essentiel aux panneaux solaires. Or des tonnes de produits chimiques sont nécessaires à récolter quelques grammes de ce métal. À cause du silicium qu’il contient, la production d’un panneau solaire génère plus de soixante-dix kilos de CO2. Avec une croissance d’utilisation pessimiste de 20% par année, c’est vingt-sept milliards de tonnes de carbones dans l’air qui seront produits en plus, soit une pollution équivalente à celle de 600, 000 autos durant un an!

Avec la croissance du marché des éoliennes, on estime qu’au milieu du vingt-et-unième siècle, c’est plus de trois cent millions de tonnes d’aluminium, et de quarante millions de tonnes de cuivre qui devrons être extraites du sol. Les éoliennes consommes quinze fois plus de béton, quatre-vingt-dix fois plus d’aluminium et cinquante fois plus de fer, de cuivre et de verre que les installations des combustibles traditionnels. À Ganzhou en Chine, pour produire le tungstène indispensable aux pales des éoliennes, des montagnes de déchets toxiques sont rejetés et ont par moment obstrué des affluents du fleuve Bleu.

Quant à la voiture électrique, une étude de l’UCLA a conclu que sa fabrication consomme trois à quatre fois plus d’énergie qu’un véhicule conventionnel. Ces voitures nécessitent de nombreux métaux rares dont la récolte est polluante. Il y a aussi le besoin énorme de graphite, essentiel aux batteries, matériau dont l’extraction est aussi très polluante. La batterie d’une voiture électrique peut peser plus de cinq cents kilos, soit le poids d’une petite automobile mue à l’essence.

Il y a plus. En 2020, six des dix producteurs d’autos électriques sont chinois. Bientôt la Chine possédera 60% des voitures électriques pour 20% population mondiale. L’électricité requise pour ces voitures proviendra du pétrole, pire du charbon. Même situation en Inde où l’hydroélectricité est plus qu’insuffisante. Donc autant par les matériaux qui la compose que pour charger sa batterie, une auto électrique pollue nettement plus qu’une voiture conventionnelle.

Le principe est demeuré immuable dans l’histoire humaine. Plus nous développons des technologies nouvelles, plus nous consommons des matériaux et de l’énergie. Comme le disait Confucius : plus on est de fous, plus on a de CO2.

Et en 2030, nous serons plus de 8,5 milliards.

 

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