Les premières cités sont apparues il y a 5500 ans en Mésopotamie. Il fallut plus de 290 000 ans à l’homo sapiens pour y arriver. L’élevage du porc en particulier a obligé la sédentarité. Au milieu du 20e siècle, seulement trois villes abritaient plus de 10 millions d’habitants. En ce début de 21e siècle, il en existe une trentaine. La moitié de la population humaine réside dorénavant en milieu urbain et ne produit plus sa nourriture.

D’abord un marché muré

La taille, le nombre d’habitants et la présence de fortifications ne suffissent pas à produire une ville; c’est l’usage qui définit l’outil. La cité est un lieu où les marchandises s’échangent. C’est pourquoi elles sont nées au bord d’un fleuve ou d’une mer. C’est le cas d’Uruk, première grande ville, fondée vers – 3500, entre le Tigre et l’Euphrate, dans le sud de l’Irak. Protégée par plus de dix kilomètres de remparts munis de 900 tours, elle comptera plusieurs dizaines de milliers d’habitants.

Comme c’est le surplus agricole autour de la cité qui autorise la concentration urbaine, il faut donc des terres arables en plus de l’élevage de bétail. Seule exception, Elba, puissante ville de Syrie au IIIe millénaire, où vivent 200 000 habitants. Érigée au milieu des steppes, elle se spécialise dans l’élevage de bovins et d’ovins ainsi que le traitement la laine. À l’époque, le textile connaît une développement exponentiel.

Et un lieu de sacralisation

Chaque ville est consacrée à une divinité. La pratique religieuse, garante d’un code de loi, va permettent d’organiser la vie en groupe tout en canalisant les énergies vers un but ou un ennemi commun. À Uruk, deux temples occupaient respectivement 2 200 et 4 400 m². Le cas de Thèbes, ville égyptienne, est exemplaire. Dédiée au dieu Amon, son culte persistera plus de 3000 ans.

Enfin à Al-Rawda, la protection des Dieux semblait essentielle à la cité; à eux seuls, trois sanctuaires couvrent un tiers de la superficie de la ville. Ville circulaire d’une quinzaine d’hectares, elle fut construite en entier d’un coup, selon un plan préconçu, vers – 2500 dans la steppe aride au nord de la Syrie. La cité servira durant 500 ans de centre de distribution pour le réseau de villes qui l’entourent, autant sur l’axe est-ouest (de la vallée de l’Indus à la Méditerranée) que sur l’axe nord-sud (de l’Afghanistan au golfe).

Puis le lieu des scribes et des artisans

La ville de Ur, capitale économique et politique de l’état Sumérien entre -2100 à -1200, est vouée au dieu-lune Nanna. Un appareil d’État s’y installe et l’écriture, d’abord comptable et légale, s’impose. L’abondance exige des modes de consignation et d’archivage. D’ailleurs, seule une ville peut faire vivre des scribes, prêtres, percepteurs, géomètres et comptables qu’il faut loger et nourrir.

La ville favorise les écarts de richesse et la société y est de plus en plus hiérarchisée; le plan de des cités le reflète. C’est le cas exemplaire de la ville chinoise de Yanshi, érigée au bord du fleuve Jaune en trois strates selon la richesse. On trouve des quartiers d’artisans où les bijoutiers, armuriers, potiers, forgerons, sculpteurs et menuisiers nourrissent la demande des riches pour des produits spécialisés.

Ce n’est qu’au 13e siècle, dans les grandes villes d’Europe de l’ouest, que naîtront les universités qui allaient accélérer le cours de l’évolution humaine.

L’essor de la dépendance urbaine

Les villes grossissent et se complexifient. Une fois les grands travaux d’urbanisation effectués, quitter la communauté reviendrait à renoncer aux avantages d’un territoire apprivoisé. L’afflux de colons est l’occasion de développer des parcelles régulières de terrain et des rues droites (la banlieue) avec système de collecte et d’évacuation des eaux usées dirigées vers des égouts couverts, ainsi que la récupération des eaux de pluie.

Babylone, fondée vers -1750, atteindra son apogée vers – 700, sous Nabuchodonosor II. La ville s’étend alors sur plus de 1 000 hectares et une muraille impressionnante de 11 km, avec une porte d’entrée de 23 mètres de hauteur. Cette cité fut le premier centre du monde.

Le nombril du monde

En dehors des considérations économiques et militaires, deux villes en particulier ont marqué spirituellement l’histoire de l’Occident : Jérusalem et Athènes. La première, Rushalim, fondée vers – 1750, fut conquise, sous le nom de Jébus, par le roi David au XIe siècle. Avec l’avènement du Christianisme, la ville devint le point de jonction entre la Terre et le Ciel. Par la suite, les musulmans confirmeront son rôle de cordon ombilical avec le « ciel ».

La seconde, dédiée à la déesse Athéna, supportera une organisation politique sans roi ni prêtres législateurs. La polis grecque, aux antipodes des espaces sauvages., deviendra le « temple » de la cité humaniste.

Pouvez-vous imaginez une description de Paris ou Los Angeles de la même manière? (C’est un peu dans cet esprit que Neil Gaiman a conçu American Gods.)

Back at the ranch)

Si Alexandrie est devenu un moment un simple village de pêche, si Athènes fut un port militaire sans autre lustre pour les Romains, si Constantinople fut vidée de ses richesses par les croisés, si Rome a pourri dans les marais pour des décennies, il demeure que ces cités ont survécu à l’oubli. C’est d’ailleurs le signe de la modernité que les villes maintenant persistent. Chicago, puis Berlin, Danzing, St-Petersbourg et Liverpool, et même Détroit en sont des exemples récents. Ce sont les villes qui génèrent le village global où j’anticipe la vie dans la fourmilière humaine.)

 

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