À la bibliothèque du Plateau, en face du métro, une banderole annonça deux ou trois années consécutives un colloque de « foulosophie ». Le terme accrocheur me fit sourire. Le cinéaste Alejandro Jodorowsky (El Topo, La Montagne Sacrée et quelques bd) fut l’invité d’honneur deux années de suite. Puis rien. Pas surprenant.

Si un « fou » est souvent inintelligible, il n’est en rien illogique. C’est simplement que des malfonctions perceptuelles ou cérébrales l’empêche de fonctionner normalement. Quand au « fou » qui déborderait la logique habituelle, il n’est qu’une utopie bébête. D’où le feu de paille que fut le colloque. La seule « folie » logique que je connaisse concerne les paradoxes.

L’escalier qui descend et monte de Escher.

L’Ouroboros logique

Le banquier:
Quelqu’un devra se porter garant de votre emprunt.
― Aucun problème, mon frère acceptera d’être garant.
― Et puis-je faire confiance a votre frère comme garant?
― Aucun problème, je me porte garant de lui.

En cas de défaut de paiement, c’est le garant qui acquittera la dette. Mais si le garant ne respecte pas son engagement, ce n’est certainement pas l’emprunteur qui s’en chargera!

Le raisonnement de l’emprunteur est fautif parce que circulaire . Il engendre un paradoxe, soit un raisonnement insensé. C’est aussi la mécanique qui crée certains dessins paradoxales de Escher.

C’est ce qui joue dans les paradoxes. Examinons-en un célèbre en philosophie.

Le menteur qui affirme mentir

Quelqu’un vous dis : « je mens ». Mais à propos de quoi ment-il? Sans cette précision, son aveu ne dit rien. On est tenté alors d’appliquer l’affirmation à elle-même. Curieusement, il devient alors impossible de savoir si ce qu’affirme l’individu est vrai ou faux.

Si l’individu dit vrai en affirmant : « je mens », il faut conclure que la personne ment effectivement. Donc l’affirmation : « je mens » est fausse. Donc la personne ne ment pas en avouant mentir. Nous voilà de retour à la case départ.

Remarquez, les aveux existent. Un individu peut se dénoncer lui-même, c’est le principe du repentir. Sauf que l’individu qui fait des aveux parle de ses agissements antérieurs. Quand il avoue ses crimes, il n’est plus le criminel d’alors, mais un individu repenti. Cette précision dénoue le paradoxe apparent.

Langage et métalangage

On peut saisir l’essence du langage dans le cri d’avertissement. J’aperçois un danger, alors je crie pour capter l’attention des autres, puis je pointe la source de danger. Le même cri pourra désigner diverses menaces, de la même manière que le son « table » sert à désigner une multitude de tables aux formes diverses. Le fait que nous puissions parler à propos des mots de la même manière que pour parler des réalités qu’ils désignent, c’est ce qui peut créer une confusion.

Dans la vitrine d’un antiquaire, une vieille affiche annonce : « cornet glacé 5¢ ». Si vous entrez dans le magasin et demandez un cornet, cinq sous en main, le commerçant va douter de votre intelligence. S’il est vrai que l’affiche annonce des cornets à 5¢, il est faux que l’antiquaire en vende. Ce qu’il offre, c’est l’affiche, non ce qu’elle annonce.

Cet exemple illustre deux « niveaux » différents du langage. Au premier niveau, le plus usité, une affiche annonce qu’on vend des cornets glacés; au second, je parle d’une affiche qui annonce des cornets et que j’ai vu dans la vitrine d’un antiquaire. De même, je peux crier ou parler du cri comme moyen de communication. Dans le premier cas, on utilise un langage; dans le second, un métalangage (méta = au-dessus, après).

Autre illustration. Voici deux affirmations : « je mesure un mètre quatre-vingt trois » et « la phrase qui décrit ma grandeur contient treize mots ». Je peux vous assurer que le premier énoncé est vrai, le second est évidemment faux. En logique, on dira que la proposition est vraie, mais que la métaproposition est fausse. À l’inverse, nous pourrions avoir : « je mesure un mètre » et « l’affirmation à propos de ma grandeur contient quatre mots ». Ici, la proposition est fausse et la métaproposition est vraie.

Mêler ces deux niveaux de langage dans une phrase produit un paradoxe. Dans le cas du « je mens », « je » est en même temps la personne qui parle d’un mensonge et la personne qui ment. Si la personne affirmait : « je mens à propos de quelque chose », il n’y aura pas de paradoxe.

(à suivre)

 

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