Une jesus freak. Oui, ça me revient. Elle avait passé à l’émission de Richard Glenn, un véritable Freak talk show, que la pédophilie révélée de l’hôte avait (enfin) délité.

La dame semblait jolie et avait souligné du regard mon arrivée sur la terrrasse. Depuis la disparition de deux cafés près de chez moi, je me rabats certains jours au Starbuck sur Mont-Royal, coin St-Hubert. Après un début de conversation pas très clair où je tente de renvoyer la balle sans savoir à quoi on joue, on en est venu à « jesuss ». Là, c’est l’irruption. Un flot ininterrompu de mots. La dame peut se fendre d’une dizaine de phrases à la minute, plaçant Jésus ou Christ dans chacune d’elle. Je me suis excusé comme on fait au jeu de tarot.

Ceux qui cherchent la Vérité, l’imagine unique, lumineuse et universelle; son éclairage révèle la scène de la vie dans sa globalité. Devant ce genre de révélation godzilesque, je me sens comme une fourmi à qui on vient de révéler ce qu’est La fourmilière. Ça me rend claustrophobe. C’est comme le vertige, une question de contexte.

Je sais d’expérience qu’il est inutile de tenter la moindre critique ou d’espérer insérer une délicate nuance ou un bémol. Dans un monde en noir et blanc, pas de zone grise; toute critique est au mieux ignorance, au pire parole du diable. Dans ma version romancé, Marie, de famille bourgeoise, s’est fait séduire par un homme « haut placé », comme on dit. L’éventualité d’un colis, poste restante, l’oblige à prendre pour époux le vieux Joseph et les voilà qui s’installent en banlieue et se font oublier. Joseph mort, l’enfant devenu adulte, Marie et son fils retournent à la « grand ville », comme on dit. Jésus serait ébéniste, mais il ne semble pas travailler. Il flâne avec quelques « disciples », ayant son opinion sur à peu près tout, comme le sont les mâles élevés sans « mâle ». Ils vivent de généralités plutôt que d’un modèle clair à imiter (vous seriez étonnés du nombre de penseurs qui vécurent sans père). Marie aussi ne semble être pauvre. Bref, quelqu’un « veille au grain », comme on dit. Peut-être la famille.

Sauf que le le jeune dérange, au point où il doit être arrêté et jugé. L’affaire est délicate. Jésus est le fils de quelqu’un d’important, peut-être encore là, dans l’ombre (zone qui n’existe pas pour la jesus freak). La magistrature « s’en lave les mains », plaçant le sort du jeune entre celles pas très propres du peuple. Ça expliquerait (concrètement) le « père, pourquoi m’avez-vous abandonné ? ».

C’est quand même plus plausible que la fameuse « opération » du Saint-Esprit, non ?

Back at the ranch

Au Starbuck, j’ai trouvé une sortie « côté court ». En passant devant L’échange, j’aperçois dans une boîte de surplus le roman Le jour des fourmis. J’ai pensé « la fourmi du jour », parodie du rituel mensuel de Mc Do. Voici donc une liste des diverses fourmilières intellectuelles que pourrait évangéliser la fourmi du jour (le « jesuss » « tendance »).

tout est amour (Dante)
tout est géométrie (Platon)
tout est nombre (Pythagore)
tout est esprit (Berkeley)
tout est économie (Marx)
tout est illusion (Bouddha)
tout est sexualité (Freud)
tout est énergie (Einstein)
tout est politique (Machiavel)
tout est géographie (Napoléon)
tout est négociable (Wall Street)
tout est information (IBM, Edward Snowdon)
tout est à détruire (Attila)
tout est ondulatoire (Heisenberg)
tout est à conquérir (César)
tout est à moi (Koubilai)
tout est atome (Bohr)
tout est Dieu (Spinoza)
tout est en flammes (Néron)
tout est dans les journaux (Holmes)
tout est divisible (Ford)
tout est agressivité (Lorenz)
tout est rien (Zen)
tout est de retour (Nietzsche)
tout est dans tout (Moebius)
tout est (Yahvé)
tout est un (Les Borgs)
tout est absurde (Camus)
tout est travail et famille (le protestantisme)
tout est famille (la mafia)
tout est dans la sélection naturelle (Darwin)
tout est toutou (un enfant)
tout est passion (Shakespeare)
tout est autre chose (Confucius)
tout est raison (Hegel)
tout est volonté (Schopenhauer)
tout est utilité (Mill)
tout est là (Krishnamurti)
tout est contact (Mark Zuckerberg
tout est à tous (Lénine)

― tout …

Et mon préféré:
― tout est toujours à recommencer (Raoul Dugais)

 

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