Je découvre un jour qu’en achetant une carte d’appel je peux utiliser mon téléphone sans autre coût. Comme il ne sonne à peu près jamais, un tas d’argent. J’ai en même temps acquis un un nouveau téléphone car mon ancien « flip » datait d’au moins dix ans. La première fois que mon nouveau téléphone a sonné, je l’ai ouvert mais il a continué à sonner (comme dans un des Animatrix). Pressé par le temps, j’y vais au plus simple, je pèse sur le piton vert. Bingo! De simplement flipper le téléphone, ça ne marche plus.

J’ai pensé à mon oncle Pierre dont l’ego était chatouillé parce qu’il devait se faire expliquer comment marchait son téléphone et il oubliait certaines instructions. Il existe 10,000 centenaires au Canada, nés au moins deux ans avant la mise en service du premier téléphone à cadran. Pouvez-vous imaginer comment ils voient les nouveaux bidules hi teck.Photographie de Rama, Wikimedia Commons (Photographie de Rama, Wikimedia Commons)

Et pourtant

J’ai suivi mon premier cours d’informatique au collège Ahuntsic en 1970. Chaque ligne de code était une fiche en carton perforée sur 80 colonnes. Les trous dans chaque colonne correspondaient à un des 256 codes ASCII de base. Il fallait transporter les longs programmes dans une boîte! Pratiquement aucun adulte autour de moi ne connaissait la signification du terme « informatique ». Le disque dur (qu’on pouvait voir fonctionner à travers une vitre au centre d’informatique) était de la taille d’un lave-vaisselle; muni de huit têtes de lecture, chacune faisant environ 2×4 cm de surface.

En 1980, mon mémoire de maîtrise, rédigé en fichier numérique, a été produit en trois copies à l’aide d’une imprimante d’ordi. Comme j’étais le premier à le faire, la faculté des études supérieures de l’UdM dut établir de nouvelles normes de présentation, celles régissant les copies dactylographiées étant inadéquates. En 1986, j’ai déposé une thèse sur les impacts de l’I.A. en philosophie, plus particulièrement en ontologie. J’ai prêché dans le désert (il a fallu deux comités de lecture pour faire accepter la thèse, le second ayant comme lecteur externe un neuropsychologue). En 1989, travaillant comme analyste programmeur, j’ai acquis mon premier téléphone cellulaire, le tout nouveau portable avec un couvert qu’on ouvrait (le « flip ») que les journaliste de Radio-Can avaient à la « tivi »; payé $ 1100.

Mais trente ans plus tard, le sympathique préposé de chez Rogers me montre comment accéder au mode texto car il n’y a pas de piton pour ce faire directement, comme pour un appel vocal.

Une course à la désuétude

J’ai acheté mon premier « walkman » (ancêtre du lecteur MP3) à la fin des années 1970. Outre la radio, on pouvait y insérer de petites cassettes de musique que le CD a exterminé en moins dix ans. Pour la télé et les films, il y a eu le « tape cassette », pour l’ordinateur de maison sont apparus les écrans couleur et les lecteurs de disquettes carrées, certaines pouvant stocker plus d’un Meg de données!

Un jour le mur de Berlin est tombé, Internet est apparu, les laptops ont envahi les cafés, le langage HTML s’est imposé, des appareils se sont mis à répondre aux appels et le téléphone intelligent est devenu « viral » (pour employer une métaphore biologique qui en dit long sur nos préoccupations actuelles). Actuellement, plus des trois-quarts des Terriens possèdent un téléphone portable. Ce bidule contient un appareil photographique et des photos, une caméra et des films, un phonographe et des disques, une dactylo, un dictionnaire et du papier, une télévision, une radio, un agenda et divers jeux. Ah oui, et un téléphone avec lequel tu peux parler.

Bref, le théâtre de la vie se joue dorénavant avec un ustensile « genre » Star Trek. Imaginez maintenant une personne de 80 ans ou plus que la technologie de l’informatique n’a pas attiré. Combien doit-elle se trouver étrangère et hors-jeu dans ce monde où c’est « viral » ou rien.

 

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