Tous les petits cabinets de médecins sont en train de disparaître sur le Plateau, jusqu’aux fameux CLSC, passés date depuis l’apparition de la médecine corporative (suite à l’élection d’un premier ministre libéral médecin).

Quand l’occasion s’y prête, je demande toujours à un médecin que je rencontre s’il connaît le principe de l’autolyse. Depuis vingt ans, aucun n’a su quoi me répondre . Il s’agit d’un procédé de digestion cellulaire qui s’ enclenche (entre autres) par la pratique du jeûne. Nous ne parlons pas ici d’une diète. Le jeûne consiste en l’absence complète d’ingestion de nourriture solide ou liquide, sauf de l’eau. Il est d’ailleurs recommandé de ne pas en prendre plus que normalement, et surtout pas d’eau glacée.

Clinique sur Duluth nord, coin St-Christophe.

Le jeûne fut d’abord pratiqué en tant que rituel religieux cyclique. Dans certains cas, il sert à sensibiliser à la faim et au manque, cas du ramadan. Dans d’autres cas, il empêche la population de consommer de la nourriture avariée (viande salée depuis l’automne) ou d’épuiser une ressource en cours de reproduction (le poisson au printemps), cas du carême avant Pâques dans l’Europe médiévale.

Herbert Shelton (1895-1985) fut un éducateur de santé aux États-Unis, défenseur des régimes végétariens. Il fut candidat à la présidentielle des États-Unis en 1956 pour le Parti des végétariens américain. Pour lui, le jeûne n’est ni un épreuve ni une pénitence. Il s’agit d’un congé physiologique accordé à l’organisme pour le nettoyer. Un jeûne ne consiste pas à mourir de faim volontairement mais à enclencher un processus alimentaire secondaire.

Le principe de l’autolyse

Un jeûne est aux organes impliqués dans la digestion ce qu’une nuit de repos est aux muscles. Lors d’un jeûne, l’organisme va utiliser ses réserves alimentaires (sucre par ex.), ce qui est moins coûteux que la digestion. Ces réserves s’épuisant rapidement, le jeune prolongé enclenche une digestion par « autolyse » (perte de soi). Ce mécanisme opère grâce à des enzymes contenues dans les cellules. Activées par le manque de nourriture, ces enzymes vont digérer les sucres, les gras et les protéines contenus dans la cellule. Celle-ci est éliminée et la nourriture produite convoyée par le sang pour nourrir les autres cellules.

Centre de santé sur Papineau est, sur de Gilford.

Ce processus de conversion des cellules en nourriture est contrôlé et son action ne cible toujours que des tissus non essentiels, en particulier des cellules infectées, sans irrigation ou sans affectation. Dans des cas de mort par inanition (jeûne complet jusqu’à la mort), l’autopsie révèle que le sang n’a subi aucun changement, ni les reins, ni le système nerveux, et seulement 3% de la masse du cœur a été perdue. On note une perte de 30% de la masse musculaire, et de 60 % pour le foie et la rate. Mais dans ces deux derniers cas, il s’agit surtout d’une perte d’eau.

Le phénomène d’autolyse s’observe aussi chez l’animal blessé, porté à jeûner. La raison est que le jeûne attaque d’abord les cellules malades ou infectées. Il est particulièrement efficace contre certaines tumeurs ou croissances anormales, car ces cellules sont sans utilité pour l’organisme, sans innervation et sans irrigation sanguine adéquate.

Sur Mt-Royal nord, près de St-Hubert.

L’autolyse a servi à éliminer notre queue de batracien durant la gestation embryonnaire. En pratique, elle est utilisée par l’organisme pour éjecter un corps étranger, un abcès ou une écharde dans la peau, par exemples. Les cellules placées entre le corps à éjecter et la peau morte se détruisent pour faciliter la poussée vers l’extérieur. Ce mécanisme se manifeste aussi durant une période d’hibernation, l’hiver, ou d’estivation, lors d’une sécheresse ou d’une chaleur intense.

Soixante-dix jours

L’erreur de Gandhi, lors de ses jeûnes de politiques, fut de prendre un peu de jus de citron le matin, empêchant son organisme de passer en autolyse complète. Aussi se retrouva-t-il en danger de mourir passé une vingtaine de jours. Comme Shelton a pu le constater des millier de fois, dans des conditions ambiantes convenables on peut jeûner des semaines, voire des mois, avant que le « point d’inanition » soit atteint. Chez un individu en santé et de poids normal, la durée sécuritaire d’un jeûne est en moyenne de 70 jours. Chez un individu trop gras, de 30 à 90 jours, sans perte de cellules des tissus essentiels.

Durant le jeûne, la perte de poids est en moyenne de 450 gr par jour. Un individu en santé peut facilement perdre 40% de son poids sans danger. Il est possible de jeûner l’hiver si on est confortable à l’intérieur mais le froid intense est définitivement un obstacle. L’âge augmente la capacité à jeûner. Par contre, le sujet doit parfois composer avec des faiblesses cachées.

Dans tous les cas, ne jamais débuter un jeûne sans le suivi d’un médecin; d’où l’importance de les éduquer sur le sujet. Il faut cesser de jeûner si l’exercice est douloureux, peu importe le type de douleur, ou encore si le sujet devient hagard. Normalement, l’arrêt de toute activité digestive procure un esprit lucide et éveillé.

Une perte positive

Tout travail ou contexte exigeant, comme une longue marche, de l’exercice physique, le froid, des émotions fortes ou des soucis vont accélérer l’utilisation des réserves du corps. Par contre, la force physique n’est pas perdue. Après une trentaine de jours de jeûne, certains sujets développaient une force supérieure malgré une masse musculaire moindre, leurs muscles étant nettoyés et plus performants.

Centre Medicus sur St-Laurent ouest, au nord de St-Joseph.

Par ailleurs, les facultés intellectuelles et émotives (attention, sentiments, raisonnement, mémoire) ainsi que la clarté d’esprit s’améliorent après quelques jours de jeûne. Une certaine diminution générale de la perception est conséquente de la baisse de vitalité ainsi que de l’accumulation dans les tissus d’excès de nourriture et de déchets à traiter. Fait remarquable, certaines personnes n’ont plus besoin de leurs lunettes au cours d’un jeûne.

La peau se raffermie et le cœur est allégé (léger ralentissement) dans sa fonction. L’estomac étiré se contracte et les tissus endommagés comme les ulcères guérissent. L’activité métabolique est réduite de 25 à 40%. Les poumons, moins demandés, continuent à produire et expulser autant de gaz carbonique tout en consommant moins d’oxygène.

Le jeûne est très efficace contre l’asthme. Si l’élimination des déchets est plus grande les premiers jours, elle diminue rapidement par la suite. Les intestins et l’estomac sont rapidement libérés des bactéries et autres germes. Drogues, médicaments, excitants et autres « pharmacons » (voir la chronique Bouddhas et vaches sacrées, part 1)causent dépression, maux de tête et autres malaises les premiers jours.

The end

L’organisme envoie un signal quand il est temps de cesser le jeune; en particulier le retour de la faim. Il est alors essentiel de recommencer à manger. Lors d’un jeûne, la fausse faim (ressentie dans l’estomac) disparaît rapidement. Par contre, une faim réelle est ressentie comme la soif, dans la bouche et le gosier. De fait, l’appétit n’est pas plus une faim authentique que la passion est amour véritable.

Outre la faim, l’amélioration de l’haleine, l’apparence de la langue et le goût dans la bouche, deux aspects qui se détériorent au déclenchement du jeûne, sont des indices clairs que l’organisme est reposé et réparé. L’aspect de la peau, la quantité de salive, des excréments non odorants, une urine claire ou des yeux clairs sont d’autres indices que le jeûne a fait son temps.

Le retour à l’alimentation normale doit se faire en douceur; aucun repas complet la première semaine. Je ne sais combien de fois j’ai entendu des gens raconter qu’à la fin d’un jeûne, ils s’étaient rués dans un fast food puis avaient vomi le tout quelques minutes plus tard. Éviter les conseils d’un « spécialiste » impromptu (surtout la crème glacée). Bénéfiques sont les jus de fruits et des bouillons de légumes.

Par ailleurs, un jeûne n’est pas une recette miracle. Ses bénéfices seront perdus si le sujet retourne à ses mauvaises habitudes.

Pourquoi le jeûne n’est-il pas une pratique médicale utilisée?

Quelqu’un qui jeûne ne consomme aucune nourriture ni aucun médicament ou instrument industriel. Il est sans intérêt pour le marché de consommation, pharmaceutique et instrumental en particulier. Il ne nécessite que l’expertise et l’attention de son médecin, à la rigueur dans une clinique.

Faites votre propre conclusion.

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