Si tu m’aimes, de Rubyana S. .

Par exemple, toute ma vie j’ai été entourée de gens qui me manipulaient avec du chantage affectif. Ces gens-là étaient toujours prêts à me forcer à prendre des décisions que je ne voulais pas nécessairement prendre, mais puisque c’étaient des personnes à qui je tenais, je n’osais pas m’opposer.

J’avais un meilleur ami. […] Un jour, j’ai appris que son ami Y avait des sentiments pour moi. Y était une bonne personne, vraiment.On se connaissait depuis toujours. On s’entendait bien. Lorsque j’ai appris que Y était amoureux de moi, j’ai porté attention à la relation que j’avais avec lui. Les jours ont passés et, à un moment donné, j’étais très proche de Y. Beaucoup plus qu’il ne le fallait. Mon meilleur ami l’a remarqué et il fut frustré. Il m’a demandé si j’avais quelque chose pour Y […] Lorsqu’il a le doute dans mes yeux, la première chose qu’il m’a lancé au visage fut un sophisme :
– Si tu finis avec lui, je ne t’adresse plus la parole!

Mais quel chantage!

Honnêtement, je ne suis pas [sorti] avec Y parce que je ne voulais pas décevoir mon meilleur ami. Aujourd’hui, je réalise à quel point j’aurais dû donner une chance à Y.

J’avais tendance à laisser les autres décider à ma place. Je ne prenais pas le temps de me connaître moi-même. Je préférais m’appuyer sur les autres. J’étais beaucoup plus enthousiaste pour ce que les autre accomplissaient que pour mes réalisations personnelles. Je vivais la réalité des autres. […] Je laissais ma vie routinière et banale dicter mes pensées. Je me suis rendue compte que je ne savais pas pourquoi j’étais en vie.

C’est alors qu’un jour, j’ai décidé de prendre des nouvelles de Y. Je me souvenais qu’il m’avait envoyé un message le jour de mon anniversaire, mais je n’osais pas répondre. Deux ou trois mois plus tard, j’ai enfin répondu. […] c’est comme s’il n’y avait jamais eu de « froid ». C’est drôle à dire, mais Y est une des meilleure personnes que je connaisse. C’était totalement irraisonnable de ma part d’avoir arrêté de lui parler à cause que mon « meilleur »ami refusait que je sorte avec lui. Où était la logique? C’était juste pour qu’il ne se sente pas comme une troisième roue. Un procès d’intérêt. Rien de moins.

Mis à part ma relation avec Y, la plupart de mes relations ont changé.

Les sophismes de mon père, de Virginie H.

Je n’aurais jamais cru que les sophismes me seraient aussi utiles. En effet, j’ai su trouver dans ces stratégies la technique (autrefois infaillible) que mon père utilisait pour me manipuler. […] mon père n’hésite pas à frapper pour avoir raison. Moi, il ne m’a presque jamais touchée, mais je sais que ce n’est pas le cas de mon frère et surtout pas celui de ma mère. Je trouvais cette ambiance agressive normale jusqu’à mes 10 ans, où j’ai réalisé être la seule de mon groupe d’amies qui avait vu son père prendre sa mère à la gorge. […]

Il y a deux mois, mon père m’a frappé dans les côtes suite à une dispute. Il y a deux semaines à peine, je suis retournée à la maison de mon père (que j’avais quitté) avec la ferme intention de lui parler de son problème de violence. […] Voilà la réponse que j’ai obtenue : « Non, non, non ! Ma pauvre fille, mais tu vis dans quel monde ? Ces sont de petites chicanes de ménage ! Rien à voir avec ce que tu racontes ! J’essayais seulement de t’immobiliser ! Pis tu sauras que c’est comme ça dans toutes les familles et qu’il y en a où c’est ben pire que nous autres ! » […] J’ai tout de suite pensé aux sophismes […] la généralisation hâtive : « c’est comme ça dans toutes les familles ». […] De plus, il a ajouté une fausse consolation : « des familles où c’est ben pire ».

J’ai essayé de lui faire comprendre que je pourrais le faire arrêter […] J’avais sous-estimé le peu de jugement de mon géniteur. Légèrement frustré, il a répliqué : « Ben oui, fait donc ça ,ma p’tite criss ! Appelle la DPJ juste pour voir où ça va te mener dans la vie ! Ils vont te placer dans une gentille petite famille qui vont rien vouloir savoir de toi […] tu vas aller à l’université pour te rendre compte que ça coûte trop cher pis après tu vas finir ta vie avec une p’tite job, pas de vacances ! […] Je te jure que si tu fais ça, ben t’es pu ma fille ! Autant dans ma tête que dans mon portefeuille ! »

Deux autres sophismes ont été utilisés par mon père. Parti comme ça, je pensais qu’il avait volé mon livre de philo ! Il a eu recours à la pente fatale en décrivant mon avenir désastreux si j’appelais la DPJ. […] Deuxième sophisme, le chantage affectif : « si tu fais ça, t’es pu ma fille ». […] J’ai gardé le meilleur pour la fin : « Tu sais (Ah tient, il s’est calmé), ta mère veut seulement que tu ailles vivre chez elle pour que je lui paie la pension complète. […] En plus, tu sais que ta mère est dépressive et dépendante affective. Tu ne seras jamais bien avec elle ! » Il a utilisé le procès d’intérêt en affirmant que ma mère voulait m’avoir pour la pension complète. […] pour s’attaquer (ensuite) directement à ma mère, une attaque contre la personne.

Merci de m’avoir ouvert les yeux.

 

 

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