Être soi 1 (Rubyana, O.J., Émilie, Kendrick)

À l’écoute de soi, O. J.

Le secondaire 2 a été très « rock’n roll ». Tu as commencé à te mutiler, à prendre de la drogue et à mettre de côté l’école. Ta mère t’a envoyée consulter pour apprendre que tu étais dépressive suicidaire. Ton secondaire 2 et 3 étaient l’enfer. En secondaire 4, tu regardais tes amies et ne comprenais pas pourquoi elles étaient minces et pas toi. Pourtant, tu es mince. Tu es tombée dans l’anorexie. Tu regardais des magasines et pleurais. Tu te détestais et voulais être aimée. La publicité t’a tellement transformée en quelqu’un [d’autre], tu étais maigre comme un pou et tentais de ressembler aux femmes des magasines. Tu es tombée en amour avec un gars qui ne t’aimait pas et a fini par t’agresser. Tu as décidé de tout abandonner. Première tentative de suicide. Fin du secondaire, enfin.

Cet été, le cégep te stressait tellement, tu […] accumulais les crises de panique. […] Dans le cours de philosophie, tu as appris à quel point le monde est manipulateur, manipulé et naïf. […] tu as réalisé que tu vivais pour les autres alors que l’on doit vivre pour soi. Tu as appris à mieux analyser ce que les gens te disaient, exercer ta pensée critique […] que tu étais entourée de sophismes de tout genre. Ton frère utilisait la pente fatale et le chantage affectif lorsqu’il te disait : « Je vais me tuer à cause que t’es une conne qui se fout de moi. » Tes amies utilisaient plus l’attaque à la personne et le chantage émotif : « Ostie que t’es laide. » ou « Es-tu ma vraie amie? »

[…] Ta vie était basée sur de fausses définitions de ce qu’est l’amour et l’amitié. Tu ne savais plus quoi penser car tout ce que tu croyais bon dans ta vie s’est révélé totalement faux et mauvais pour toi. Maintenant par contre tu es capable de mieux t’exprimer et mieux te faire comprendre. Le cours de philo t’a fait vieillir. Tu as arrêté de fumer et de te mutiler car ta vision des choses a changée. Tu as arrêté de vouloir plaire aux autres et tu as travaillé fort pour te plaire à toi. […] Tu es devenue une meilleure personne, beaucoup plus à l’écoute de soi.

 

Le nombril du monde,de Rubyana S..

Quand j’avais douze ans, je croyais que j’étais le centre du monde […], que les décisions que les gens prenaient devaient m’être bénéfiques. Je vivais dans un monde idéal où la seule personne qui en valait la peine, c’était moi. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Avant le cours, j’avais une certaine étroitesse d’esprit. Je ne pouvais imaginer les choses que je ne connaissais pas. Pour moi, les seules choses qui valaient la peine d’être raisonnées, c’était les croyances et les principes des autres, mais pas les miens.

J’étais naïve. La moindre chose m’emballait. Par exemple, en lisant mon journal, je suis tombée sur un texte que j’avais écrit à propos d’un garçon que je prétendais aimer. J’expliquais à quel point j’étais certaine qu’il avait des sentiments pour moi. Mes arguments étaient ridicules. Dans le temps, ils suffisaient à me convaincre. J’ai vu la différence entre la personne que j’étais et celle que je suis maintenant. […]

Émilie L., déc. 2009

« Est-ce que j’ai de bonnes valeurs ? Suis-je réellement intelligente? Est-ce que j’ai fait de bons choix dans le passe ? Est-ce vrai que je suis une jeune femme épanouie ? Suis-je vraiment heureuse ? Est-ce que je peux être fière de moi ? » […] Il n’y a pas de lien direct entre ces questions et la philo, mais suivre ce cours a déclenche en moi une foule de questions. […] Je n’ai peut-être pas eu de bons résultats […] mais j’ai réalise pourquoi. […]

Le but premier de la philo est de nous faire réfléchir et dans mon cas ce fut très fructueux. […] Je ne parle pas de cette maturité qu’ont certains jeunes plus tôt que d’autres, mais de cette réflexion plus longue et plus concrète que je ne possédais pas [à] 14 ans quand j’agissais coup de tête après coup de tête. Je me rends compte que ma vie serait bien différente si j’avais compris il y a quelques années ce que la philo m’a enseigné.

Altruiste? Pas vraiment, de Kendrick C.

Pendant mes années au secondaire, il était requis de compléter au moins 75 heures de bénévolat. Tout d’abord des activités [ennuyeuses]. Le bénévolat était désormais une activité que je n’aimais pas faire. Au fur et à mesure que le temps passait, je réalisais que mes actions n’avaient que des bénéfices. Je gagnais de l’expérience, je me sentais importante puisque j’aidais les autres pour rien en échange. C’était super d’écrire mes accomplissements sur mon CV. Il n’y avait rien à perdre.

[…] j’ai réalisé que je ne faisais pas du bénévolat pour moi, mais plutôt pour avoir l’air d’une personne à respecter, ce qui était pour moi aller à l’encontre du but du bénévolat. Leçon retenue. Je continue à faire du bénévolat même aujourd’hui. La seule chose qui a changé est qu’au lieu de faire des heures communautaires pour avoir l’air bon, je le fais maintenant pour moi-même. Lorsque je n’ai rien à faire, j’éprouve le besoin d’aider les autres au lieu de perdre mon temps chez moi.

 

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