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Quand les mots font rêver

Chacun pourrait reconnaître un échantillon de vert parmi d’autres, croyons-nous. Et pourtant non. Certains daltoniens ne différencient pas le vert du rouge. Évidemment, ils se soumettent à la volonté du grand nombre qui affirme l’existence d’une couleur rouge. Dans les cas limites, le vert tournant au bleu (ou au jaune), certains diront vert, d’autres bleu (ou jaune). Qui a raison ? Nous pourrions déléguer le problème à des physiciens. Ils délimiteraient la bande (en longueur d’onde par exemple) du vert et du bleu (ou du jaune), ce qui trancherait le problème.
Mais les « verts » pourraient représenter une équipe sportive ou un groupe écologiste. Certains vieillards pourraient songer aux bérets verts de la Seconde Guerre. D’autres auront à l’esprit les « billets verts ». C’est aussi la couleur des Irlandais qui usent du trèfle comme symbole. Le vert est la couleur de la pureté chez les sunnites d’Irak. Par un autre biais, le vert fait aussi référence aux fruits verts, ceux qui n’ont pas mûri ; les « verts », ce sont ceux sans expérience. Bref,  le « vert » peut nous faire rêver.

Quand les expressions hypnotisent

Celui qui se dit « pro vie » et s’oppose à la pratique de l’avortement laisse-t-il à penser que ses adversaires sont… « pro meurtre » ? Et ces derniers, en se disant « pro-choix », suggèrent-ils que leurs opposants sont « anti liberté » ? Un journaliste pourrait parler des « salariés » ou des « travailleurs », au choix, en commentant un conflit de travail. La première appellation, pro patronat, met en évidence l’argent qu’ils reçoivent ; la seconde, pro ouvriers, souligne le travail qu’ils exécutent.
L’étiquette épinglée à certaines personnes ou certains groupes agit de manière hypnotique. Ainsi parlons-nous des « juifs », des « motards » et des « communistes », des « noirs », des « Arabes » ou des « granolas » avec des sous-entendus négatifs. En accolant une telle étiquette à un individu, nous lui prêtons, en même temps et sans aucune réserve, des habitudes de vie et des croyances qui ne sont pas forcément les siennes. Toute forme de ségrégation, raciale, ethnique, religieuse, linguistique, sportive ou politique agit de manière hypnotique sur notre jugement. Voici un exemple de la vie politique de mes années d’université.
À la fin des années quatre-vingt, le président de l’ex-URSS Leonid Brejnev proposa aux Étasuniens un plan de désarmement nucléaire progressif. Chaque grande puissance devrait tour à tour se délester d’une quantité négociée d’ogives nucléaires. Les journalistes furent pris de court par cette proposition. Comment expliquer que l’ennemi de la liberté est en fait un père de famille qui s’inquiète de la tournure apocalyptique de la guerre froide ? Un chroniqueur trouva la solution. Il parla de « l’offensive de paix » des communistes. L’Amérique ne pouvait recevoir que des attaques en provenance de l’URSS(1).

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(1) Walter Lippmann, en 1922, utilise l’expression « manufacture of consent »  dans son livre Public Opinion dans lequel il explique comment l’opinion publique doit être contrôlée. C’est devenu la bible des partis politiques de droite.

 

 

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