Je suis entré au collège Ahuntsic en 1970, inscrit en sciences physiques. J’y ai suivi les quatre cours de philosophie obligatoires puis suis allé étudié au département de mathématiques de l’université de Montréal un trimestre. Comprenant ne pas avoir la vocation malgré ma facilité à assimiler l’algèbre,le calcul et l’analyse, j’ai dû me poser une question fondamentale : que faire de ma vie?

La réponse est venue un an plus tard en découvrant qu’il n’y avait qu’un seul exercice académique au collégial dont le souvenir me rendait heureux : mon travail de fin de session dans le cours sur les conceptions de l’être humain. Mon choix avait été de construire ma conception de l’humain tâche impossible mais exercice de pensée fondamental qui a organisé ma réflexion et mon sens de la recherche pour le reste de ma vie.

Mis à part ce travail, je ne me rappelais de mes cours que deux noms : Descartes et Socrate. Durant le bac et la maîtrise, j’ai étudié, souvent avec indifférence, divers auteurs et courants de pensée, sans jamais pouvoir penser par moi-même. Et, en janvier 1979, me voilà professeur de philosophie au même collège, dans une des classes où j’ai suivi mes propres cours de philosophie. J’ai répété ce que j’avais appris. Résultat: un mois après la fin de la session, la quasi totalité de mes élèves ne se rappelait quoi que ce soit de mon enseignement.

Après quelques années, j’ai quitté, pour revenir enseigner au collège Maisonneuve en 1991 cette fois avec une expérience concrète de la vie. J’ai utilisé des manuels et des textes, me permettant de vraiment parler par moments. Durant l’été, j’ai construit la base d’un cours de conceptions de l’humain que j’ai peaufiné d’année en année, jusqu’en 1999, où j’ai pris une session sabbatique et une décision fondamentale pour la suite de ma carrière : fournir un savoir global et non doctrinaire ou partisan à mon audience. De là sont nés les quatre premiers tomes de mon Introduction à la philosophie.

Interne,t la nouvelle bibliothèque d’@lexandrie, rend accessible toute l’information que nous voudrons bien assimiler. L’écueil, c’est le rangement en mémoire, l’arbre de la connaissance muni de ramifications. C’est ainsi que j’ai découpé l’histoire (et les idées qui s’y rattachent) en quatre étapes.

D’abord la vision sacrée du monde, où la religion fait office de commun dénominateur, puis la philosophie, née sur les rives de la Méditerranée, raisonnent la mort et rendent tous les humains égaux. Là où des peuples errants ont conquis et occupé l’Amérique de l’Antiquité. Là, où la magie couvre l’observation expérimentale. C’est le premier tome : Les Dieux de l’Histoire.

Ensuite survient le Moyen-âge européen, époque de formation des villes et des états modernes, sociétés bâties sur une nouvelle classe sociale, apparue à cause de l’abolition de l’esclavage, le travailleur manuel, l’artisan bourgeois et le commerçant. La ville des citoyens oblige chacun à se conformer à un ordre rationnel : la famille étendue par la raison de Thomas d’Aquin. Le germe d’où surgit l’interrogation de Foucault. C’est l’occasion de faire le procès des croyances dans le second tome : Le petit missel de la raison.

Sont apparues au Moyen-âge les universités, des producteurs d’experts : ceux qui donnent des faits assurées. En parallèle avec l’établissement d’un ordre politique qui s’étend progressivement aux cinq continents, avec la croissance exponentielle des outils dont Marx réfléchira l’impact sur notre évolution historique, s’imposent des savoirs technoscientifiques dont la référence est la matière. Ces savoirs détruiront les trois concepts-clés du monde sacré : le céleste tangible, l’âme source de l’intelligence et l’âme productrice de l’animé. C’est notre tome trois : Les expertises techno-scientifiques.

Au dix-neuvième siècle, apparaît un nouveau chams d’expertise dont la mission est de raisonner l’objet le plus important, imposant et omniprésent de monde moderne : l’humain. C’est cet être normalisé qui habitera dans l’hommilière humaine. C’est notre tome quatre.

Il restera à définir l’éthique et le politique que doit s’imposer l’hommilière.

 

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