Printemps – Été 2004

 

Je cherche depuis un bon moment Les sept piliers de la sagesse de T.E. Lawrence à la section « roman » de La Bouquinerie. Devant un étalage, je me rends compte que ce n’est peut-être pas un roman, d’où ma difficulté à le trouver. Dimanche le 22 février, je ne peux finir le chapitre entamé, j’ai oublié le print à la maison. Je commence la lecture du livre qui traîne dans mon sac à dos. J’y trouve le nom de Bennett tel quel ! Le livre de Lawrence est en rédaction en 1919. Le timing est parfait ! Parfois l’univers d’un homme devient si petit qu’il en vient à voir dans une coïncidence le mirage d’une volonté occulte.

 

Pour le souvenir évoqué par le père Thomas, j’abuse du récit de Lanzo del Vasta dans Pèlerinage aux Indes. Une lecture qui date d’au moins vingt-cinq ans. Qu’est-ce qui m’a tant frappé dans ce livre ? Son authenticité.

 

Je dois écrire toutes les lettres d’Edouard d’un trait. [Faux. Il suffisait de concevoir le projet et le trajet, puis d’habiter le personnage, chemin faisant. Première lettre rédigée en mars 05. (En juillet 07, il en reste encore deux en friche.)]  Après avoir lu les racines du ciel de Romain Gary, j’emprunte les yeux de Gide dans Voyage au Congo. Avec une carte géographique que j’ai numérisée, ça devrait aller. [Avec un site touristique  trouvé sur Internet, c’est dans le sac dès l’été 04.]

 

[À l’été 2007, j’ai décidé de tout reprendre les lettres d’Edouard ensemble plus tard, comme une nouvelle en six lettres, quand le reste sera sur sa fin. (Ce qui ne fut accompli qu’en juillet 17.)]

 

Le nombre croissant de détails d’horaire et de préoccupation chez mes personnages me force à ramener certains présents à plus tard. Il me faut alors me rappeler à ces « plus tard », ce qui oblige un travail de tenue de livres du quotidien des personnages.

 

« Avec un regard qui manque de perspective, étant au cœur de son propre karma. » Une réplique d’Itchkoff au chapitre huit (22 juin 1920) qui rappelle frère Thomas. Dans Ulysse, certains admirent la rencontre fréquente de termes, idées ou expression en un même chapitre. Joyce aurait même conçu un catalogue raisonné des particularités de chaque chapitre. Ça m’avait déplu, maintenant ça m’attriste. J’ai pu constater au bout de ma plume l’effet de rappel de thèmes ou sujets en cours de rédaction. Dans plusieurs chapitres, des thèmes et des termes se retrouvent dans plus d’une scène. Normal, j’écris un chapitre (50-60 pages) d’un bloc en quatre à six semaines. Avant d’atteindre cette vitesse d’exécution, le phénomène n’était pas apparu. Une propriété émergente de la méthode. Y insérer un ordre transcendant, c’est placer des piments forts dans une mousse à la vanille.

 

Le syndrome de la page blanche est un problème d’assurance. Le remède est simple, prendre sa plume et écrire. Pour le simple plaisir. Se rappeler qu’à chaque fois qu’on écrit, nous ne faisons qu’écrire.

 

Mercredi 14 juillet, au Café Pi. J’en suis à la scène chez la cartomancienne. L’adagio d’Albinoni me met des larmes aux yeux. Un chapitre difficile et un roman désespérément long me mettent les nerfs à vif. Relire toujours et encore les mêmes pages, trouver sans cesse des erreurs, des phrases lourdes, des sens imprécis. Pour faire quoi ? Un autre roman en français alors que les libraires étalent d’incessantes traductions de romans policiers américains. J’ai débuté la lecture de Huit, un supposé brillant roman sur les échecs. Minable. Étrangement, la journée terminée, elle s’avère la plus productive depuis trois semaines.

 

Je parcours les vingt premières années de la Chronique du vingtième siècle, la version centrée sur la France. Deux semaines de durs labeurs fin juillet début août pour quelques pages de notes à insérer un peu partout. Je me suis rappeler le Shogun de Clavell.

Dans la nuit du cinq au six août, je décide de présenter les données accumulées sur le mouvement féminin dans une conférence de madame Reeves lors de la réception à l’ambassade. Elle l’aurait préparé sur le bateau et dans le train, son coin-coin !

 

Onze août. Au tirage, je croyais que Cappello se riait du couple Reeves. C’était penser en hétéro. Je m’en rends compte en introduisant le discours de Jill par les yeux de Roberto ! De plus, le soir même, je comprends que la conversation entre Cappello et Dumoulin va aider le plan de Madeleine. [Cette intrigue fut résolue plus subtilement, mai 06.]