Pause, août — septembre 2007

 

Si une toile d’araignée était pour tous une toile d’araignée, il n’y aurait pas d’araignée. Pas de romancier si la toile du roman était percée à jour. Certaines sont mêmes résistantes à la lecture des dernières pages (qu’on pourrait truquer d’ailleurs). Qui plus est, le point d’atterrissage du lecteur dans l’histoire peut être emprisonné dans la toile secondaire du personnage. Dans Mulholan drive de David Lynch, nous suivons un personnage qui a perdu la mémoire et se voit par les yeux de la compagne qu’elle a fait assassiner, s’accompagnant elle-même dans sa folie amoureuse. L’expérience lesbienne de son amante s’est terminée quand elle a trouvé son homme. La lesbienne — suite au meurtre commandé — va être exécutée, mais une collision supprime les deux tueurs et la laisse sans souvenirs au bord de la route. Voilà la toile personnelle de cette blonde qu’on nous présente en noire. C’est l’essentiel de l’intrigue du XIII de Van Hamme, le Balzac de la B.D.

 

Je lirai Derrida plus tard. L’écriture crée un « volume ». Comme le 2 D peut suggérer du 3D virtuel sur une page blanche. Jeune adolescent, je fus fasciné par cette impression. Des jours entiers, je dessinais des formes en classes. L’épaisseur surgissait soudain de l’effet des dégradés d’encre. Un cercle devient une sphère qui flotte.

L’écriture fait de même en esquissant le réel à coups de « quasi images » qui n’existent que dans l’espace phantasmal personnel à chaque lecteur. Meublé par sa langue, sa culture, l’époque, la situation géopolitique, économique ; sa condition sexuelle, morale, ludique, familiale…