(suite et fin)

D’abord une remarque. Dans le corps, les cellules malades, isolées ou sans fonction sont les premières éliminées lors d’un jeûne. Elles sont amenées à se « suicider » par autolyse (autodestruction) et sont recyclées en gras, sucres et protéines par l’organisme. C’est une pression similaire que les itinérants, les très vieux et les personnes non fonctionnelles subissent en société.

Pourquoi la santé se dégrade-t-elle à mesure qu’on descend dans l’échelle sociale?

Le stress apparaît dans des situations de lutte ou de fuite, où il faut se transformer en super-héros. Une réserve d’énergie est libérée, les vaisseaux sanguins se contractent, la coagulation s’améliore, le fonctionnement du cœur et des poumons est renforcé, la perception et la mémoire sont amplifiées et le système immunitaire ragaillardi. Par contre, si l’état de stress perdure des semaines, voire des mois, l’organisme s’affaiblit et apparaissent obésité, diabète, troubles cardiaques, insomnie, système immunitaire affaibli et mémoire déficiente.

Les sources persistantes de stress les plus puissantes qui affectent la santé sont le stress vécu dans l’enfance, le faible statut social et l’absence d’amis ou l’isolement. Dans chaque situation, on constate une perte de l’estime de soi.

Le rictus des singes

Il existe un cas célèbre de dégénérescence dû au rejet social. En 1847, un médecin, Ignace Semmelweis, découvre que si les médecins se lavent les mains avant d’assister un accouchement, les risques de décès de la mère diminuent. Sa recommandation fut tournée en dérision. Il devint fou et se suicida. Ce n’est qu’après les travaux de Pasteur et Lister que les médecins comprirent.

Une des conséquences majeures de la seconde Grande Guerre fut l’accroissement de la production industrielle des biens et services avec, en conséquence, une concentration urbaine des travailleurs. Or, à partir des années 1950, les cas d’anxiété et de dépression, l’isolement, les demandes de prêts, la consommation de drogues et de médicament n’ont cesser de croître dans les pays industrialisés. En Angleterre, le nombre de sujets dépressifs dans la vingtaine avait doublé entre 1958 et 1970. En 1950, 12% des adolescents pensaient être une personne « importante ». Cette proportion est passée à 80% vers la fin des années 1980. Cette promotion de soi ne doit pas être confondue avec une haute estime de soi. Au contraire! Il s’agit d’une conséquence de l’augmentation de l’anxiété chez l’individu qui, en guise de défense contre un sentiment de petitesse face à une société impersonnelle, devient narcissique.

Vente trottoir sur Mt-Royal,
août 2019

Stressé tu dis

En général, toute « menace » d’évaluation sociale suscite une perte d’estime de soi et augmente le taux de cortisol, une hormone qui suscite le stress. Pensez à vous quand vous avez à passer un test ou un examen important. Or, le téléphone intelligent et les diverses cotes de popularité et de rendement, tels la fameuse « cote R » ou le compteur d’amis de Facebook, peuvent devenir des sources de stress. D’où apparition de l’anxiété et la défense narcissique.

À l’automne 2019, j’apprends de mon dentiste qu’il est fréquent maintenant chez les adolescents de porter une prothèse la nuit pour contrer le grincement de dents. J’apprends d’un article de journal qu’au Québec plus de la moitié des étudiants et étudiantes universitaires montrent des signes de déprime. Ça m’a rappelé une jeune dame attablée à coté de moi dans un café. Elle interrompait constamment son travail pour consulter un site, un peu inquiète, afin de savoir le nombre de personnes qui avaient cité un article qu’elle avait mis en ligne et que, passé un certain nombre, deux cent je crois, ça lui procurait des avantages que j’ai oublié.

So far so good ?

Tous les ustensiles nouveaux de communication qui nous rapprochent du lointain nous éloignent d’autant du proche. Ce que je constate chaque jour en croisant des gens le nez dans leur téléphone ou rivés devant l’écran. Quand ceux dont nous cherchons l’affection sont peu connus ou ne vivent pas autour de nous, l’estime de soi devient très vite le reflet d’une évaluation quelconque. Pire, elles vont grandement influer sur nos possibilités de réussite sociale et notre capacité conséquente à s’enrichir. Et c’est très contagieux. Il est courant maintenant de coter les écoles et les élèves.

Rue St-Denis, nord de Marie-Anne
Dimanche 5 avril 2020 vers 13 heures

D’où le stress, le narcissisme et tout le reste.

Par contre, j’ai constaté dernièrement à quel point le simple fait de causer avec quelqu’un, même une simple connaissance croisée sur la rue, fait du bien. Seul le contact humain compte alors. Les différences de richesse, le statut social et autres formes de comparaison deviennent sans importance.

C’est encore plus vrai quand je donne des sous à un quêteux.

 

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