L’argent est préférable à la pauvreté.
Ne serait-ce que pour des raisons économiques.
Woody Allen.

Début février 2020, le lundi après le « super bol ». La routine de la nouvelle année s’installe. Un hiver doux, enfin, qui fond en douceur comme la mousse d’un cappuccino. Les défenseurs du président Trump voulaient faire du plaidoyer démocrate un « procès d’intention ». Ça n’a pas passé au goût, mais au nombre, oui; tout s’avale, on-t-il parié. Après le 9/11, peut-on les blâmer? Une démocratie force brute.

Depuis l’apparition de Trump sous le grand chapiteau du cirque politique, c’est pour moi l’occasion de voir en action un des effets pervers du bitchage haineux en ligne, où l’anonymat géographique de la source nous habitue à son non-savoir-vivre. L’individu au poste le plus important des États-Unis se sent autorisé d’insulter ses adversaires sur Twitter (le paradis des Trolls) et la population ne proteste pas. Comme les internautes côtoient au quotidien cette manière de faire et que les journaux citent avec enthousiasme ce genre de propos …

Trump pense qu’il peut se donner raison non seulement méprisant les autres, mais en méprisant « du coup » (comme disent les Français) les opinions qu’ils émettent. Ça justifie sa position, opposée à celle du crétin, du communiste, du traître, du whatever… Un raisonnement vide d’arguments, genre Think tank (ma traduction : « cruches à penser »), et sans aucune générosité pour ses adversaires. C’est par contre un plaidoyer type pour justifier une disposition sociale égoïste.

L’art de tourner en rond

Les tentatives pour prouver l’existence de Dieu sont parmi les premiers raisonnements circulaires connus. Un certain Anselme (sanctifié depuis) fut un pionnier dans l’art d’exécuter ce tour de force. Il a produit sa « preuve » dans un petit livret intitulé Proslogion vers 1178. Ça se trouve en PDF!

À titre illustratif, voici un exemple simple :
C’est Lui qui a dicté l’Ancien Testament. Si c’est vrai qu’Il l’a dicté? Sûr, c’est écrit dans la Bible (l’assurance d’un hamster sur le speed dans sa roue).

Cette forme d’argumentation a été discrédité par les logiciens parce que « circulaire », c’est-à-dire que le plaidoyer se sert de la croyance à justifier comme argument. Du genre (avocat de la couronne) : « Combien de temps après avoir tué votre conjoint(e) avez-vous appelé la police ? » Répondre à cette question, c’est s’avouer coupable.

Une bulle papale de la fin du millénaire contestait ce discrédit. Nos balises rationnelles ne s’appliquent pas au divin, explique le « saint siège » (ici, exceptionnellement, je fus tenté de placer une émoticône). Bref, il faut avoir la foi pour comprendre. Veut ben, mais what’s the point, comme disent les Romains, à vouloir prouver que Dieu existe quand tu es croyant?

L’art de l’auto-justification

(Pour ceux qui vont trouver mon exemple vieillot, penser à Attila ou César; ça c’est vieux.)

Le candidat Nicolas Sarkozy, élu aux élections présidentielles de France en 2007, avait pris une position claire durant sa campagne au sujet de la délinquance juvénile. Il a produit une « cause type » dans l’art de s’auto-justifier grâce à un raisonnement qui tourne en rond.

Sarkozy soutenait que tout mineur récidiviste de quinze ans et plus devrait être traité comme un criminel majeur dès sa troisième offense (le fameux three strikes, you’re out étasunien, pourtant les Français jouent au foot). Le problème se conçoit simplement selon Sarkozy. Il y a les victimes et les coupables. Lui se dit du côté des victimes. Il veut les protéger en incarcérant les criminels. Et vous, de quel côté êtes-vous ? demanda-t-il aux électeurs.

Ce raisonnement masque une réalité sociale où jamais rien n’est blanc ou noir. Beaucoup de mineurs délinquants le deviennent en grandissant dans un environnement malsain. Après une première arrestation, ils retournent dans le milieu où ils sont devenus criminels. Les chances de rester sobre d’un ancien alcoolique seront minces s’il doit retourner travailler dans un bar.

Sarkozy émet d’ailleurs un faux dilemme en nous obligeant à choisir entre victimes et criminels. Cette attitude, très « à droite » et égoïste, s’appuie sur trois considérations. D’une part, la réhabilitation est coûteuse; d’autre part, la population qui vit à l’aise engendre rarement ce genre de criminels; enfin, ces récidivistes ne vivent pas comme les « bonnes » gens.

Les gens de « gauche », plus altruistes, ont souligné que tout criminel mineur a d’abord été un enfant innocent et, sachant pourtant sa malchance de naître en milieu défavorisé, la société l’abandonne en se déchargeant de toute responsabilité. C’est le « prix » de la solution « simple et économique » de Sarkozy. Elle écarte la possibilité réelle de rééducation d’un criminel mineur.

Les gens de « droite » ont répliqué que la réhabilitation est toujours possible. Après une première rechute, le criminel doit comprendre qu’il perdra son statut de « victime » s’il récidive.

La « gauche » a répliqué que c’était demander beaucoup à un individu démuni alors qu’on fait peu pour l’aider. Le risque encouru est très mal évalué par beaucoup de jeunes sans éducation ni personne ressource. En conséquence, plusieurs pourraient vont perdre leur statut de mineur. Ce faisant, ils vont justifier un préjugé muet (de droite) : la plupart de ces jeunes sont des criminels « de toute manière ». À quoi bon les aider ?

À l’âge de trois mois, tout enfant est innocent. Ne pas tenir compte de l’environnement malsain, ne pas inclure dans la sentence des moyens de soustraire la « victime » à cette influence néfaste, c’est le « condamner » à devenir un criminel de métier. Mais ce genre de détail ne fait pas les « news ». Le jour du vote, les empêcheurs de tourner en rond furent minoritaires.

 

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