Nous tenons pour une vérité évidente que tous les humains naissent égaux
M. L. King, Washington, 28 août 1963.

« Statué » à Washington

La statue de Martin Luther King nous offre un icône de paix et de sérénité. Pourtant, l’homme était un révolutionnaire, pacifiste certes, mais qui s’est révolté non seulement contre le racisme, mais aussi contre l’impérialisme et le capitalisme. King n’était ni marxiste, ni communiste pour autant. Pour King (et pour moi), c’est l’État qui doit être au service des individus, non le contraire.

Sur Duluth sud, près de Henri-Julien

D’ailleurs King était de plus en plus marginalisé. Un sondage avait révélé que deux-tiers des Étasuniens désapprouvaient sa marche sur Washington (1963). Sa dénonciation de la guerre du Vietnam lui avait aliéné jusqu’à ses proches (même Jimi Hendrix était pour la guerre du Vietnam en 1968, apprend-on dans la biographie de Charles R. Cross, 2005).
L’époux était infidèle, souffrant d’alcoolisme et vivant dans ses valises. D’ailleurs, pour le déstabiliser, John Edgar Hoover (peut-être offusqué qu’un noir couche avec autant de femmes et soit l’homme de l’année et prix Nobel) envoya à sa femme des enregistrements de baises de son homme dans des chambres d’hôtel (un beau cas limite d’abus de pouvoir). À sa mort, l’autopsie révéla l’organisme usé d’un septuagénaire plutôt que celui d’un homme de 39 ans. Loin d’être un saint, mais un homme de conviction.

In the beginning …

En mars 1857, dans un jugement honteux, la Cour Suprême étasunienne décrète que le Blancs est à ce point supérieur au Noir que ce dernier n’a aucun droit politique ou juridique que le Blanc serait dans l’obligation de respecter. Pas surprenant que l’élection de Lincoln en 1860 provoqua la Sécession des états du sud et la pire guerre du XIXe siècle (plus d’un million de belligérants, des armes modernes, peu d’hôpitaux et un terrain de jeu grand comme l’Europe de l’ouest).

The next generation

Sur St-Hubert, coin nord ouest de Mont-Royal

Né esclave en Virginie, un certain Booker Taliaferro Washington (1856-1915) a 9 ans à la fin de la guerre. Sa liberté nouvelle lui permet de devenir enseignant puis de diriger le Tuskegee institute, une célèbre école de formation aux métiers manuels et agricoles en Alabama (devenue une université en 1985). Il fut l’un des Africains-Étasuniens les plus instruits de sa communauté et, donc, un leader influent de sa génération. C’est l’action politique et l’instruction qui vont libérer les Noirs de l’esclavage et montrer le chemin; pas les preachers ni le Lord. Encore moins les statues.
Mais le ciel s’assombrit rapidement. Dès 1890, la réconciliation entre le Nord et le Sud nécessite de laisser un pouvoir politique ambigu aux Blancs du Sud. Pourquoi? Le vote noir a un poids politique intolérable pour les sudistes; ils ont perdu la guerre mais pas leurs préjugés. Lentement sont remis en place des mesures racistes qui restreignent le poids politique des Noirs. Deux dispositions fondamentales sont mises en place.

D’une part, le 18 mai 1896 la Cour suprême (encore) statue sur la ségrégation dans les transports publics selon le principe du « séparés mais égaux ». L’égalité de droits ne confère pas le « droit de fréquentation ». Bref, être blanc, c’est faire parti d’un club privé. Le principe s’étendra tout autant aux toilettes, qu’aux restaurants et écoles publiques.

D’autre part, entre 1877 et 1950, plus de 4000 lynchages sont « recensés » dans les douze états sudistes. Il est publiquement admis qu’un groupe de blancs puisse de se faire justice si l’accusé est noir. Ce n’est d’ailleurs qu’en 2018 (sous l’administration Trump) que le lynchage est devenu un crime fédéral.

Le « Noir » et Blanc planétaire

hum…?

Plus d’un demi-siècle passe. L’Amérique assiste à la montée du nazisme et de l’antisémitisme, la seconde guerre sévit. Dans ce contexte global, le ségrégationnisme étasunien paraît d’autant plus honteux. Le mouvement noir pour l’égalité reçoit l’appui les chrétiens, en particulier des quakers, et le support de communautés juives, elles-mêmes attaqués par la nouvelle extrême-droite étasunienne. La pression morale se fait sentir rapidement : deux données fondamentales.

En 1954, la Cour Suprême (tiens donc) déclare inconstitutionnelle la doctrine « séparés mais égaux » appliquée au domaine de l’éducation. Priver les Noirs des ressources éducatives des Blancs, c’est prôner une inégalité cryptée. L’État n’hésitera pas à appeler l’armée pour introduire les élèves noirs dans certaines institutions récalcitrantes (ce qui donnera un sens nouveau à l’expression : it’s tough but it’s the law).

Par ailleurs, la télévision(l’Internet des années 1950) s’introduit dans les foyers blancs. Faire voir les effets du racisme, la violence injuste, c’est déjà éduquer. Après l’assassinat d’un jeune Noir de 14 ans dans des circonstances horribles et sa couverture médiatique, un certain Theodore Roosevelt Mason Howard, une figure afro-américaine connue du Sud à cette époque, multiplie les conférences afin de mobiliser la population noire. Il s’arrêta à Montgomery ou un certain King et une certaine Parks sont dans l’assistance.

Beau parleur bien pensant engagé

Coin nord est de St-Laurent sur Marie-Anne

King est né à Atlanta, un homme de ville instruit, d’apparence agréable, doué d’une voix forgée par des sermons intelligemment travaillés. Mais pas seulement un beau parleur, un homme d’action qui sait organiser un mouvement sur des assisses sociales et économiques. Ayant transformé son église en centre d’engagement dans la vie sociale, King est appelé pour défendre la cause de Rosa Parks, emprisonnée et devant passer en jugement. Cette femme est une personne respectée, menant une vie irréprochable. Le 1er décembre 1955, cette couturière qui a terminé ses études secondaires (7% seulement des Noirs les terminent), pour arriver a un second emploi. Épuisée, elle refuse de céder sa place à un blanc. De fait, de nombreux Noirs le font. Au commissariat, la plupart paient l’amende, mais pas elle. En restant assise, miss Park a forcé les siens à se lever.
King organise le boycott des bus de la ville. À Montgomery, il y a 18 associations de femmes vouées à l’action sociale et politique. Elles distribuent 50,000 tracts en faveur du boycott, qui persiste 382 jours. Le 13 novembre 1956, la Cour Suprême (encore elle) oblige la municipalité à laisser les passagers noirs s’asseoir où ils veulent.

La résistance passive

C’est par la non-violence et la résistance passive que la population noire a gagné ce combat. King a compris (commet Gandhi) que la résistance non violente est triplement avantageuse. Elle permet d’inclure femmes, personnes âgées et enfants. De plus, elle séduit les tierces positions et écarte les représailles violentes. D’ailleurs, chaque fois que les Noirs eurent recours à la violence, la réponse fut d’autant plus violence. La non-violence s’adresse aux braves et demande éducation et entraînement.

L’effet boule de neige

Boyer sud ouest de Marie-Anne ?

King transporte le combat contre le ségrégationnisme autant dans les universités, les écoles, pour les tables de restaurants, les chambres d’hôtel ou les toilettes. Les manifestants font des jail-in, se laissant arrêter lors de manifestation puis refusant de payer une caution, engorgeant les prisons.
Le 19 octobre 1960, King lui-même est arrêté. Mais c’est sa seconde infraction dans l’année, il est incarcéré. C’est le sénateur J.F.Kennedy qui usa de son influence pour le faire libérer (et probablement lui sauver la vie). Cette intervention assura sa réélection.

James Meredith un ancien de l’armée de l’air se voit refuser l’entrée à l’université du Mississippi. La menace d’une intervention de l’armée et des négociation accomplies par Robert Kennedy, ministre de la justice, ouvrent les portes des universités aux Noirs. Comme la Central High School de Little Rock (Arkansas) avait dû le faire à Elizabeth Eckford, encore grâce à l’armée, appelée cette fois par le président Eisenhower.

En avril et mai 1963. King utilise la télévision lors d’un affrontement qui se tient à Birmingham (Alabama) où le shérif de la ville bloque le droit de vote des Noirs et promulgue des lois ségrégationnistes. Lorsque qu’il lance ses hommes contre les manifestants avec brutalité, sans que ces derniers réagissent par la violence, l’Amérique du Nord en entier découvre l’horreur de la ségrégation. Une image honteuse pour ce pays qui se voulait l’éden de la démocratie. (Rien n’aide plus les végans que des vidéos d’animaux élevés industriellement.)

Et tous ces événements font la une des journaux, photos à l’appui. De fait, si la déségrégation a progressé, c’est aussi parce que les juges blancs ont agi en ce sens, eux-mêmes subissant la pression du peuple. En 1967, l’ultime tabou tombe, celui de l’interdiction des mariages interraciaux.

Back at the ranch

C’est l’action concertée de gens convaincus et polis, qui ne réclament rien d’autres que ce que les autres ont, qui change les politiques et l’opinion des juges. C’est le nombre qui fait loi, le temps aidant, assemblés en associations guidées par des gens instruits. Les super-héros, c’est bon pour les BD, les ignorants et les impuissants.

Dans l’arche :
The Birth of a Nation, film étasunien de D.W. Griffith, 1915
Guess Who’s Coming to Dinner, film étasunien de Stanley Kramer, 1967
Mississippi Burning, film étasunien de Alan Parker, 1988
Malcolm X, film étasunien de Spike Lee, 1992
The best Men of Honor, film étasunien de George Tillman Jr., 2000
Selma, film américano-britannique de Ava DuVernay, en 2014.
The Birth of a Nation, film canado-étasunien de Nate Parker, 2016

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