Une expérience fondamentale fut tentée par des chercheurs universitaires au sujet de l’attitude égoïste (une fois passé la porte, tu l’oublies) et sa forme socialisée, le comportement altruiste (tu retiens la porte pour le suivant).

Miser sur le groupe

Les « cobayes » sont attablés ensemble. Ce pourrait être des collégiens de l’Abitibi, des retraités de Moscou, des musiciens de Shanghai où des ménagères de Buenos Aires. Chaque participant reçoit dix jetons de 1$. Ce montant dorénavant lui appartient. Le groupe est informé que chacun peut placer une partie de son avoir en mise au centre de la table. Le montant global investi par les participants va être multiplié par dix et redistribué également entre tous les membres du groupe.

Combien miseriez-vous?

Fois dix, me suis-je dit, tu mets tout!

Pourtant, certains ne misent pas tout, certains rien. Une fois les mises faites, la somme totale investie est décuplée et le montant également divisé entre tous. Voyant certaines personnes s’enrichir sans participer, certains peuvent protester. D’autres, voyant concrètement leur enrichissement, optent pour miser ou miser plus. Au deuxième tour, débute un processus de socialisation.

Pourquoi chacun ne met pas tout son argent étant donné que tous en profiteront largement ? Difficile à expliquer. Certains voient peut-être un avantage à s’enrichir plus que les autres, quitte à ne pas en profiter longtemps. Peut-être une peur irrationnelle d’être floué ? Peut-être un vieil instinct asocial de survie ou un bête manque d’intelligence? Ou d’éducation?

À dix participants, si un seul s’entête à tout investir, il devient source de prospérité pour les autres et de stagnation pour lui-même. Conclusion : ça prend beaucoup d’altruistes pour qu’un ensemble d’individus deviennent un groupe.

Le légendaire restaurant L’express sur St-Denis est, entre Duluth et Roy.

Quant à ceux qui veulent socialiser leur bonheur, si on leur en donne la possibilité, ils vont prendre des mesures pour pénaliser ou bannir ceux qui profitent sans participer.

Imaginez la réaction des participants si le rendement de l’investissement n’avait été que de cinq fois la mise investie? Que de trois fois la mise? Le risque semble rendre égoïste.

Bouffer son voisin

L’égoïste ne pense qu’à soi quant aux conséquences de ses actes. Le cannibale en particulier est essentiellement égoïste. Des images du film The Road (film étasunien de John Hillcoat, 2009) reviennent me hanter. En particulier la cave à viande ou la femme qui crie : « Pas ma petite fille ! »

Restaurant Mont-Royal au coin nord est de Boyer

Le scénario est déprimant : une catastrophe éradique à peu près toute forme de vie à la surface de la planète. Les rares survivants pillent les ressources non détruites jusqu’à ce qu’il ne reste presque rien sauf des humains. Au quotidien, père et fils affamés vivent dans la hantise des chasseurs de viande. Et le futur s’annonce pire. Le père doit justifier au fils, né peu après le cataclysme ─ donc un pur ignare ─ pourquoi il est inacceptable de manger un autre humain.

Le refus du cannibalisme est une attitude altruiste fondamentale. Je me prive de manger pour que l’autre puisse vivre… et manger. Ça m’évite la possibilité de devenir le repas. Une fois cette éthique en tête, il faut en faire la promotion (sinon devenir le loser du groupe, le seul à croire à The Great Pumpkin (Charlie Brown)). La première bataille Vegan. Et ils ont gagné! Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit l’adage.

D’ailleurs, les amitiés les plus durables se forment par entraide en période difficile (un bel exemple dans the Walking Dead). En particuliers les camps d’extermination nazis. Les égoïstes y étaient rapidement exterminés par leurs pairs, comme en ont témoigné des survivants des camps. Par ailleurs, aucun cannibalisme ne semble être apparu dans ces camps, côté juif du moins.

Santa Claus : le Superman de l’altruisme

Restaurant Cherrier, coin sud est de St-Denis et Cherrier. Un resto de quartier devenu une institution du Plateau

Pionnier français de l’analyse des pratiques culturelles, Marcel Mauss a montré au début du vingtième siècle que la pratique systématique du don dans un société (Noël, par exemple) entraînait obligatoirement la pratique d’un contre don, incluant un don de plus en retour (d’où l’idée du pool de cadeaux de Noël pour désamorcer cette concurrence).

Bref, l’attitude altruiste est une participation volontaire à un effort collectif. Il apporte aux participants une fierté particulière à aider les autres, incluant soi-même. Mais l’altruiste ne peut pas forcer tous les autres à agir comme lui, sinon l’individualité est détruite, comme dans une fourmilière, où l’intérêt de tous (chacun en général) prime celui de quiconque (chacun en particulier). Il me semble que la future hommilière devra apprendre à naviguer entre Charybde et Scylla.

Dans l’arche

No Country for old men, film étasunien de Joel et Ethan Coen, 2009

Une logique droit au but, sans dentelle. Simple et efficace! Sous le poids du remord un homme revient sur le lieu d’une tuerie où il a abandonné abandonné un homme blessé et trouvé une mallette pleine d’argent. Une erreur. Javier Bardem est particulièrement convainquant dans le rôle de l’exécuteur, un homme que la chance dorlote et qui opère selon une éthique entièrement égoïste.

Curse of the Golden Flower, film chinois de Zhang Yimou, 2006

S’il est vrai que le langage moule la pensée, ce film traduit « vengeance équitable » en mandarin cinétique. Délaissée, l’impératrice a pris comme amant le fils d’un premier mariage de son époux. La situation empoisonne la vie de l’Empereur, qui sait tout. Il décide d’empoisonner à son tour l’existence de son épouse, jusqu’à lui soutirer son fils. La vengeance est un steak tartare qui se mange en solitaire.

Fargo, film étasunien de Joel Coen, 1995

Un cinéma de la bête humaine. Du Zola en format soap opera. Un humour juif tel que je l’appréciais dans Seinfeld. Dans un monde d’enculeurs, celui qui termine en fin de file est le gagnant. La stupidité et l’entêtement de certains personnages est inhumaine; un individualisme à la Mister Bean. Tout ce que j’ai vu des frères Joel et Ethan Coen ─ Miller’s crossing  (1990) ou The Man who wasn’t there (2001) pour notre propos ─ m’est d’un souvenir agréable.

Little Murders de Alan Arkin, États-Unis 1971

Question comportement dysfonctionnel, c’est meilleur que A Clockwork Orange de Stanley Kubrick. La scène où Eliot Gould va à Chicago interroger ses parents psychanalystes à propos de son enfance mérite d’être intronisée.

Catch-22 de Mike Nichols, États-Unis 1970 (dans lequel joue Alan Arkin)

L’attrape, c’est la « loi 22 » du folklore étasunien. Que personne ne connaît car la loi inclut l’interdiction d’en divulguer le contenu. Durant la Seconde Grande Guerre, un soldat vend le matériel de sa compagnie au noir et fait des profits énormes en reventes. En place du matériel volé, il place des parts dans la compagnie. Ce que comprend un soldat en découvrant un de ces billets en place de son parachute alors que l’avion pique est en feu.

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