Ma kalisse !

Cri de désespoir dans la nuit pluvieuse d’un vendredi soir. Entre vingt heures et vingt-une heures trente, il se forme un creux économique qui permet le transfert de la phase « centre d’achat » à la phase « bars open », une récréation nocturne fortement alcoolisée et saupoudrée pour une clientèle hypersexuée; pour qui il n’existe que des façades de commerces et des places de stationnement. Mostly le «rez-de-chaussée», comme on dit.

Le son de la mémoire

D’avoir vu le Plateau Mont-Royal progressivement envahi par le système de distribution de masse m’a permis de comprendre pourquoi un comportement de banlieusard est un comportement de banlieusard (et pourquoi les Japonais s’accommodaient de murs en papier). C’est une question de nombre (peut-être la première loi de la physique du social). Un exemple.

Sur Duluth sud, à l’ouest de St-Laurent

Joe ne se rappelle pas exactement où il a laissé son auto. De plus, il est un peu ivre. Alors lui vient une idée géniale, « bipper » son attelage mécanique de loin. Imaginez qu’il y en aie une demi-douzaine entre deux et trois heures du matin comme lui, à chaque pâté de maisons sur les rues adjacentes au « zoo la nuit ». Joe voulait simplement s’en retourner chez soi, mais sans même s’en douter, il fait partie du « nombre ».

Certaines automobiles sont munies d’un système d’alarme. Un dispositif terrifiant quand l’engin se met à hurler dans le silence d’une banlieue dortoir. Surtout que le propriétaire n’est pas loin. Par contre, ce dispositif antivol devient un fléau en plein centre-ville, où n’importe quel petit trisomique social peut faire crier des dizaines de véhicules en moins d’un coin de rue, question de réveiller les « bourgeois » (ou ceux-qui-dorment-dans-le-parking-du-centre-d’achats). Or, où est le propriétaire du véhicule? Et dans quel état? À deux heures du matin, bon nombre de plateausards seraient prêts à aider le voleur pour peu que l’osti de système d’alarme s’étouffe, genre.

Un comportement n’apparaît égoïste que quand il devient un irritant de groupe. Il faut « chialer en masse » pour que chacun se rende compte qu’ils forment un tas. Remarquez, le phénomène s’est résorbé avec les années. « Ils » ont compris. Ça m’a rappelé la remarque du Mahatma Gandhi : tous les espoirs sont permis avec les enfants.

La marée sociale

Quelque part sur Boyer est, je crois.

Les weekends, c’est « full plein de monde », comme l’explique une demoiselle toute à son téléphone, se dirigeant vers moi avec l’obstination aveugle d’une torpille de sous-marin : aveugle de détermination. Certains vendredis soirs recoupent les paies aux deux semaines de la plupart des employés des deux gouvernements, des municipalités, du système d’éducation (primaire, secondaire, collégial et universitaire), du système de santé, ainsi que les chèques mensuels de pension, d’aide sociale, de rentes et autres. Le centre-ville subit alors un apport de « liquidité » qui tient du tsunami économique. Se développe alors une fièvre urbaine qui ne refroidit que tard dans la nuit d’ailleurs.

Back at the ranch

— Ma tabarnak!

Cette fois l’exclamation est ponctuée d’un coup de pied dans une poubelle. Au son, un placement de vingt verges sans problème. Violence que l’objet accueille avec la morne indifférence d’un hypothétique unique préposé aux plaintes pour l’ensemble de l’Amérique du Nord chez Prozac. Ce petit drame d’amour banal vient de réveiller des dizaines de personnes sur ma rue. La complainte du jeune homme s’est perdue au loin. Dans une promesse d’aube, un oiseau a lancé son cri. Je me suis rendormi.

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