— C’est lui ou moi! hurle l’amoureux trahi.

La pratique fort répandue d’écrire « et/ou » dénonce une ignorance de masse (de source étasunienne). En principe, le « ou » inclut le « et », donc pas besoin de le souligner. La raison est qu’en pratique, quand un choix exclut l’autre, le contexte le suggère. En logique (le code de loi du raisonnement déductif), il faut mentionner « mais pas les deux » quand on veut qu’un choix exclut l’autre (lancer des objets en hurlant fait aussi l’affaire). La logistique de l’infidélité tient muette l’option « ou les deux » précisément à cause du contexte.

Homme ou femme?

Biologiste et philosophe, François Jacob remarquait que la reproduction bisexuée est assurée par un organe dont chaque individu ne possède qu’une partie, ce qui l’oblige à dépenser temps et énergie pour trouver l’autre moitié compatible. J’entends dans l’exercice de la reproduction, pas simplement le « sexe ». Nous procréons par union du différent. Elle possède un sexe qui n’est pas le mien, et vice versa.

D’ailleurs l’esclavage d’elle par lui s’est institué autour des organes distinctifs. Accoucher puis élever les enfants semblait la mission des femmes depuis les premiers bungalow-cavernes. On leur a supposé des différences d’essence. La femme serait émotive, patiente, fragile, irrationnelle, et patati et patata. Jean-Jacques Rousseau en est infâme de précisions sur le sujet. (Voir Les sept péchés du capital.) Depuis plus d’un siècle, un combat politique a muté ce jeu du yin-yang en ping-pong politique. Dans un monde de sexe avec condom ou d’éjaculation hors vagin, où la reproduction est en voie de « laboratorisation », tout différend sexuel gêne. Il faut « efféminer » l’image des hommes et « viriliser » celle des femmes parce que, en société, homme ou femme (notez le « ou »), nous sommes un « citoyen » (asexué). On peut changer de sexe et demeurer le même citoyen.

Est-ce bon de voir la relation amoureuse réduite à la pratique d’un acte sexuel bi-égoïste avec des fucking friends (l’amant/e, version McDo)?

Pourquoi la girafe a-t-elle un si grand cou?

Les grandes questions, remarque Jacob, n’ont jamais produit les fruits attendus (au pire ont-elles formé des sectes) alors que de simples étonnements ont engendré de grandes illuminations.

Pourquoi s’interroger en particulier sur le cou des girafes? Il faut comprendre l’étonnement des naturalistes du dix-neuvième siècle. Si un homme de six pieds (1,83m) à l’épaule était moulé « format girafe », il aurait un cou de six pieds de long. Imaginez-le avec un nez d’éléphant en plus!

L’Afrique avait de quoi nous surprendre avec ses animaux hors norme, du moins aux yeux d’un Européen. Quand je posais la question à mes élèves, la réponse est toujours : « pour pouvoir manger les feuilles des hautes branches ». Ce qui n’explique rien! Les joueurs de basket n’allongent pas à force de jouer. Les pratiques culturelles ne modifient pas directement le code génétique des parents ni celui de leurs enfants. Charles Darwin a compris que le grand cou est le fruit d’une sélection, pas celui d’une adaptation. Chez les humains, les petits hommes se reproduisent moins souvent (pas seulement à cause du basket). C’est ce qui arriva aux girafes à petit cou.

L’esprit du Bouddha

Il y a bien deux sexes, mais une vie. Deux partenaires, mais un enfant. Deux cœurs, mais un amour. Deux êtres, mais un couple. Deux adversaires, mais un combat.
– Bouddha est et n’est pas l’esprit, annonce le moine zen à ses disciples inquiets de l’étrangeté de l’énigme.

Dojo Zen coin Boyer et Gilford.

Chacun suppute en silence la pertinence d’interroger le maître quand une bourrasque de vent fait claquer le volet d’une fenêtre. Deux disciples s’empressent de remettre le loquet en place. Pourtant, un seul moine suffit à la tâche. L’incident clos, chacun attend la reprise de l’enseignement. Ce qui fait sourire le maître pour qui rien ne fut interrompu.
– Combien d’entre vous sont nécessaires pour fixer un volet ? demande-t-il.
– Un seul, répond l’assemblée en cœur.
– Vos deux compagnons ont-ils eu raison de se lever afin de fixer ce volet ? poursuit-il.
– Oui, répondent les disciples, quelques-uns gênés.
– Pourtant l’un d’eux à tort. Lequel?
– Mais ils se sont levés en même temps, remarque un disciple.
– Exact, répond le maître. Même si ma raison suggère que l’un d’eux a tort, chaque individu a raison. Bouddha est et n’est pas l’esprit (c’est l’un ou l’autre!).

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