– Wrong is right ?
– Oui ! Avec Sean Connery.
– Connaîs pas.

Au Café Pi, mon ami Éric, un excellent joueur d’échecs, mais un pacifiste dans l’âme, me parle d’un film. Le seul de l’ex-James Bond dont je n’aie même jamais entendu parler. Pourquoi donc ? Ça me chicote. Le film doit être à La Boîte Noire (En 2017, Netflix a tué ce commerce et tout ce qui venait avec d’ailleurs).

La boîte noire

La Boîte Noire sur Mont-Royal, fermée en 2017

La Boîte Noire est passée d’un coin de rue de chez moi à un coin de rue de chez moi… à un autre coin de rue de chez moi, sur l’avenue du Mont-Royal, cette fois. Avant, l ‘édifice abritait une épicerie dont les propriétaires avaient été arrêtés car ils vendaient de la cocaïne dans la cave. Des clients s’étaient plaints d’avoir aperçu des individus louches qui entraient et ressortaient du commerce les mains vides. (J’ai acheté mes premières chemises sur St-Catherine, Une petite boutique qui s’appelait Le Château. Un jour, l’épicerie coin St-Denis et Rachel s’est transformée en magasin de vêtements Le Château. Dernièrement, la succursale à fermé, remplacé depuis août 2018 par une épicerie. Ça s’appelle le progrès, paraît-il.)

Un retour dans le temps

Quand je me suis inscrit à La Boîte Noire, j’ai obtenu à faible coût un catalogue de films classés par titre, puis par réalisateur, puis par acteurs. La totale, quoi. Un marteau-piqueur format « bible » pour déterrer mon passé de cinéphile. J’ai loué des vieux films; certains trouvés au hasard des étagères ou de mes souvenirs. Même un Ultraman tiré d’une série télévisée japonais.

ultraman

ultraman 1966

En résumé, un homme dans un costume « genre » magicien d’Oz marche entre des maquettes d’édifices pour combattre un autre homme dans un costume de monstre. La version unicellulaire des Tansformers ou la WWF pour les moins de 5 ans en garderie extrême.
J’ai revu des films fétiches de ma génération comme Harold et Maude, Carry, BlowUp et Easy Rider. Par contre, Looking for Mr. Goodbar n’est disponible en DVD, une bataille de droits. Pour Wrong is Right, j’ai dû aller voir dans la cave.

 

L’effet Google

— Pourquoi en bas ?

— Les films mineurs, me répond un jeune préposé (lui-même à peine majeur).

Une demi-vérité. On trouve de bons films de série B en bas, mais ça ne résume

pas. J’y découvre les œuvres de Hitchcock et de Chaplin. Bref, Wrong is Right est le dernier film de Richard Brooks, t

boite noire

ourné en 1982 alors qu’il avait 70 ans. Cinq ans après À la recherche de Mr. Goodbar, le film fétiche du féminisme des années 1970 (avec Unmarried woman mettant en vedette Jill Clayburgh). D‘ailleurs, plusieurs de ses films accordent aux femmes un rôle majeur dans le déroulement de l’intrigue.

En remontant, je redemande une explication.

— Les cinéastes classiques sont en bas, me répond une préposée. Les plus populaires sont en haut.

En haut, on trouve Mel Brooks, James Brooks, Albert Brooks et Peter Brook. Pas de quoi se reformater le disque mou, remarquez. Le progrès, toujours.

Les conditions limites

Né en 1912 et mort en 1992, fils d’émigrants russes, Richard Brooks a réalisé 18 films en 30 ans. La liste des acteurs qui ont travaillé avec lui impressionne. Je découvre que ses films questionnent la bonne conduite morale dans des conditions singulières ou limites.

Dans Elmer Gantry, tourné en 1960. Burt Lancaster campe un pasteur alcoolo (à la même époque, Richard Burton joue pour Brooks un prêtre défroqué). Ce « fou de Dieu » rencontre une Jeanne d’Arc « preacher » (Jean Simmons, qui deviendra l’épouse de Brooks). Un amour impossible. Mais aussi une danse entre le bien et le mal, l’altruisme et les inquiétudes matérielles, la foi et l’orgueil entremêlés.

The Professionals (1966), avec Burt Lancaster, Lee Marvin, Jack Palance, Robert Ryan et Claudia Cardinale (née Claude Joséphine Rose Cardin). Un groupe de mercenaires est engagé pour retrouver l’épouse kidnappée d’un riche étasunien. Mais celle-ci a orchestré son propre enlèvement et l’argent ne suffira pas à convaincre les mercenaires de poursuivre leur quête. Pas très Patriotic Act.

In Cold Blood, d’après l’œuvre de Truman Capote, est tourné l’année suivante. Un film tout en suggestions. Avec Robert Blake, acteur soupçonné en 2001 du meurtre de sa femme. Une scène terrible à la fin. Blake, avec sa gueule d’enfant motard, au bas des marches qui mènent à l’échafaud, dit : « je ne sais même pas à qui m’excuser ».

J’ai adoré Bite the Bullet, tourné en 1975, mettant en scène Gene Hackman, Candice Bergen et James Coburn. Une ex-pute participe à une course à cheval étalée sur plusieurs jours dans le but de libérer son homme prisonnier. La scène finale est une leçon d’entraide et d’amitié pour un peuple où faire du cash et être premier est tout.

Et bien sûr, Looking for Mr. Goodbar, avec Diane Keaton, tourné en 1977. Une jeune institutrice décide de vivre seule et de se trouver des amants tout en expérimentant des drogues. Une conjugaison marginale de l’amour. (Richard Gere y obtient son premier rôle. Le replacez-vous?)

Bref, toujours des œuvres intelligentes, socialement pas très « commission McCarthy », version Emily Post. Ça n’explique toutefois pas le délai de cinq ans après un méga hit.

wrong is right de richard brooks

Back at the ranch

Ah oui, le film! Avec Sean Connery en plus. Conclusion : c’est un navet.

Grâce à sa technologie de pointe, la CIA trompe un scheik proaméricain qui a l’habitude de méditer dans le désert. Un dispositif lui fait croire que la voix d’Allah lui ordonne de procurer des armes nucléaires à un terroriste arabe notoire. En surveillant et en bloquant l’opération en cours, les étasuniens pourront déclarer la guerre, envahir le pays et exploiter le pétrole, tout en se débarrassant d’un terroriste (une recette étasunienne, voir 24 chrono, Homeland, ou le plan rejeté par J.F. Kennedy pour justifier une attaque de Cuba)

En visionnant le film, j’ai compris que Brooks a eu des difficultés à trouver des fonds. Un peu prévisible au début des années 1980 (remarquez que McCarthy fut accusé en 1954 de n’avoir aucun sens de la décence après s’être attaqué à l’armée). Il a fait de son mieux.

Le progrès, toujours le progrès. Au souvenir de François Poitras.

 

 

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