L’être humain est bon, c’est la société qui nous corrompt. Rappelez-vous votre enfance. Une âme d’enfant est pure innocence, assurait Jean-Jacques Rousseau, quittant la couche d’une dame infidèle, tout en défroissant sa dentelle.

Le bien égoïste

Thomas d’Aquinas fut au XIIIe siècle le concepteur de la propagande de la nouvelle église chrétienne de Rome, patentée au XIe siècle. Ce « taureau ruminant », comme on le surnomme (à cause de son gabarit et de son caractère), explique tout, du pourquoi de notre séjour sur terre au mécanisme de la résurrection en passant par la biologie des anges. Il fut d’ailleurs promu  « saint » par son employeur (l’employé du siècle).

Contrairement à Rousseau, il considère la ville comme « une famille étendue par la raison ». Le rôle de l’Églisecatholiqueromaine.com dans cette grande famille est d’y cultiver l’esprit d’entraide fraternel en éradiquant le mal en stigmatisant les comportements mauvais. Ce faisant, nous serons « bons », à l’image de notre créateur, qui lui l’est infiniment. Il y a bien sûr un Gaunilon (le p’tit wise qui critique) pour demander comment le mal peut-il exister si notre Créateur est infiniment bon? Mettre ce défaut de construction sur le dos du Diable ne règle pas le problème, il a bien fallu créer le coupable (un principe que la politique colonialistee n’a toujours pas saisi).

On peut violer quelqu’un pour se satisfaire sexuellement, voler un passant pour pouvoir s’acheter de la bouffe, ou utiliser des enveloppes brunes pour devenir prospère (certains partis politiques offrent des cours de formation au « privé »). Dans chaque cas, le bien obtenu l’est en détériorant le bonheur des autres. L’essence du mal pour Thomas d’Aquin consiste à se faire du bien en faisant souffrir les autres. Le mal et les péchés qui en constituent le catalogue sont donc le fruit d’une attitude égoïste.

Il faut donc que les moralistes de la grande famille éduque les membres de la « communauté » à penser aux autres. D’où le fameux slogan : « aime ton prochain comme toi-même » (ce principe exclut les masochistes) pour promouvoir les comportements altruistes . Voilè d’où est né le catalogue des sept stars de la mauvaise conduite, ces péchés « capitaux » (capiteux, selon une tout autre politique de vie) qui se nourrissent de la consommation égoïste du bien.

L’avarice est…

…une insécurité maladive face au possible manque d’ustensiles. Elle provoque un attachement émotif excessif aux biens matériels. L’avaricieux enfouit ses possessions loin des regards curieux et n’en jouit que d’un point de vue comptable. Son trésor est stérile, nul bonheur il produira. L’avarice du cœur est le plus corrosif. Il s’érige en bouclier devant le malheur du voisin. Il s’affiche sans pudeur en Amérique du Nord en chirurgies esthétiques, chien cosmétique sous le bras, loin des malheurs d’un « deux tiers monde » que les médecins fuient et qui ne peut se permettre des médicaments au coût breveté.

La colère est…

…une réaction brusque à l’offense que l’autre commet quand nous interprétons ses gestes ou ses paroles hors contextehors contexte, sans aucune générosité. Une réaction que l’étranger provoque en revendiquant une liberté et un respect qui gênent le rendement de notre industrie. La pire colère est celle du leader (le dragon, chez Nietzsche), soutenu par un Dieu qui bénit ce déluge de violence voté par lobby afin d’éradiquer sans nuances tout obstacle à l’exploitation des ressources nécessaires à satisfaire notre avarice.

L’envie est…

…un désir incontournable de s’accaparer le bonheur des autres. L’envieux souffre d’un profond ressentiment à voir son voisin jouir d’un bonheur qui le laisse simple spectateur. Elle développe un avarice cannibale (pensez aux réserves de pétrole étasuniennes). C’est l’envie qui empêche de sourire aux amoureux seuls au monde. À la petite semaine, c’est un séducteur, un voleur ou un échangiste. Cet intérêt égoïste à posséder tout en dépossédant tapisse l’âme d’une tristesse désertique.

La gourmandise est…

…un attrait exagéré pour les plaisirs de table  et, par extension, pour les plaisirs du corps, l’autre table. La saveur des aliments en bouche, les touchers sur la peau sont parmi les stimulations les plus primitives et satisfaisantes que nous puissions ressentir. Un attachement boulimique aux plaisirs premiers, se nourrir et baiser, qui concrétisent deux objectifs essentiels : survivre et reproduire. Dans sa forme diabolique, ce péché nous fait consommer des pots de yaourt écrémé, format individuel, par aveu d’un trop plein gavé, jetant ainsi plus de calories plastifiées que le contenu ne pourra jamais en procurer (c’est assuré par le producteur). Cultivée en société et mêlée à l’avarice, la gourmandise oblige à détruire nos surplus de nourriture, une exclusivité historique du capitalisme industriel.

La luxure est…

…une recherche immodérée des plaisirs qui éveillent la sexualité. Ce péché xxx est une gourmandise particulièrement, prisée par les prêcheurs, les politiciens, les vedettes ou les gourous; les idoles en tout genre. Leur répondent les groupies qui veulent (à tout ou à bas prix) copuler avec les gagnants. La luxure se démocratise quand elle se consomme en voyeurisme avec lunettes fumées, par la fenêtre d’un écran, devant le miroir ou « à la plage » via notre obsession de seins et pectoraux format hollywoodien. Sa mise en scène accepte tous les personnages « indécents » : milf, shemale, vieux, mère, père, fille, fils, anorexique, obèse, putain, secrétaire, infirmière, policier, russe, arabe, noir, jaune, poupée gonflable, vibrateur, etc. Dans l’esprit du Diable, une la reproduction improductive à répétition.

L’orgueil est…

…une impression exagérée de la valeur de notre petite personne (le seul péché masculin de genre). On imagine l’orgueilleux en homme d’affaires opulent ou en vedette de scène cosmétique. L’orgueil passe inaperçu là où il est pourtant le plus risible, quand nous portons sur notre dos d’âne une publicité que nous croyons capable de rehausser notre estime de soi. Si l’habit ne fait pas le moine, il en affiche alors la prétention.

La paresse est…

…une répugnance manifeste à l’effort, surtout au travail. On en taxe l’assisté social, le mésadapté et l’itinérant. C’est pourtant quand il est institutionnalisé que son pouvoir est le plus terrifiant. Quand des fonctionnaires indifférents abusent d’un système collectif ; quand des citoyens retors exploitent la lettre d’une loi sans esprit ; quand des employeurs sans compassion tyrannisent leurs employés. La paresse du cœur devient monstrueuse quand nous assistons aux déploiements quotidiens d’une misère télévisée du trois-tiers monde, chips d’une main, bulles sucrées de l’autre.

10 000 b.c.

Ignorant tout de la cité, le primitif a pratiqué assidûment ces penchants, tous gages de la survie des siens. Sa gourmandise consista à manger tout ce qu’il pouvait les jours fastes, les famines étant fréquentes. La paresse le motiva à inventer des outils permettant ─ faut-il en souligner l’ironie ─ d’accomplir des tâches surhumaines, comme de vaincre un tigre avec deux bouts de bois et un tendon (un arc et une flèche). L’avarice lui fit craindre les jours sombres et le força à accumuler des réserves. La colère lui permit de défendre sa famille et ses possessions contre l’infâme barbare venu piller les fruits de son travail. D’envier le bonheur des autres le poussa à imiter ses frères et à répandre l’usage des inventions. L’orgueil fut le véhicule publicitaire qui rappela à chacun l’importance de se surpasser et d’évoluer dans un monde sans possibilité d’instruction ou d’ambition personnelle. Quant à la luxure, elle occasionna de nombreuses naissances dans un monde où un enfant sur trois n’atteignait pas la puberté. Elle aiguillonna les géniteurs en chaleur sur des chemins inconnus, variant les combinaisons génétiques chez ces peuplades qui redoutaient l’inconnu.

Toute diète n’était alors qu’une simple disette et vivre ne fut jamais un péché. Du moins Rousseau le prétend.

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