Soyez-en assurés, la Terre tourne. Et sur elle-même en plus ! Une nouvelle saison débute. Encore !

Soccer, football, hockey, chasse, golf, pêche, étude, quilles, course automobile et j’en oublie. Comme la pleine lune, les vacances, la rentrée, l’impôt et les jours fériés, le même se répète; où les vieux supputent la qualité du nouveau cru; où les nouveaux sentent un vent de changement (hippy, new age, réengineering, messie, etc.). Une génération de regards neufs surgit et voit un « commencement », le sien de fait, là où il n’y a que recommencement d’un cycle de vie. À l’époque où, cégépien, je suis arrivé sur le Plateau, on célébrait l’ère du Verseau. C’est le début d’un temps nouveau. Ça commence à l’année zéro , comme le chantait Renée Claude.

Un tour de piste

Toujours et encore un cycle repart, mais pas ma conscience. J’en suis à l’âge où ça devient ennuyant de le savoir. L’âge de la sagesse, dit-on, où je ne vois qu’une mécanique obstinée, indifférente à l’usure et la mort. J’ai à l’esprit une ancienne étoile du hockey vient saluer sur la patinoire. Un vieillard qui peine à marcher, « encadré » par deux défenseurs géants, « padés » sur patins, qui le transporte au centre de la patinoire. D’un ridicule. Vaudrait mieux vaut passer un vidéo.

Les acteurs passent, mais le spectacle persiste. Me revient en mémoire ces bouts de film où on voit circuler des passants ou des automobiles en accéléré, une heure réelle en quelques secondes, disons.

Statue de Dollard des Ormeaux, entrée nord-ouest du parc Lafontaine.

Dans l’épaisseur du temps, véhicules et individus se fondent en une ligne continue, le mouvant s’y fige en une forme. Voilà à quoi je songe sur un banc du parc Lafontaine. Parmi les détritus qu’un vent capricieux traîne par bourrasques, la une des sports d’un journal s’est arrêtée devant moi. On y suppute les chances du Canadien cette année.

 

 

La bourse des pauvres

Les pools de hockey vont recommencer. La version « transhomer » du sport télévisé à multi chaînes. On s’y exerce au rendement capitaliste du placement à risque comme on apprend à négocier ses affaires en jouant au poker. Les amateurs « achetant » des joueurs selon un budget fictif et observent le rendement de « leur » équipe. Chaque joute est regardée, déformée par l’intérêt de chacun en sa « transéquipe ».

 

Un Obélix québécois !

« Le grand Antonio !» annonçait-on quand la bête de foire apparaissait, près de deux mètres de haut, trimbalant ses deux cent cinquante kilos sous une masse de cheveux qu’il n’avait jamais coupé, semble-t-il.

Un poitrail de bœuf, une tête énorme, un gros nez et des yeux de galopin. On nouait à ses cheveux deux câbles et, tête penchée, obstiné, il entamait une lente marche, remorquant des autobus harnachés à la file. Arrêté un jour au volant pour je ne sais quelle infraction, il a simplement refusé de sortir de son véhicule. Il fallut le remorquer avec l’auto. Pas méchant, simplement plus têtu que les autres. Size does matter.

Le grand Antonio vers la fin de sa vie. 

On pouvait difficilement le convaincre, « petit », qu’il ne faisait pas le poids. Au tournant du millénaire, je le croisais à l’occasion coin Mont-Royal St-Denis, usé, assis sur le banc d’autobus, vendant des photocopies d’un cliché de lui, jeune. Il marchait difficilement, croulant sous son poids et celui des ans. Finalement il est disparu. Le carrousel continue sa ronde. Des êtres en sont éjectés, remplacés par d’autres.

Et moi, je réfléchis, immobile, devant cette page de journal immobile. Méditer est le propre des statues. Le vent se lève, les feuilles des arbres ondulent en concert. La page des sports repart à la poursuite de restes cartonnés. Le fouillis des objets périmés traîne son errance. Moi, je reste assis.

(suite : le retour de l’éphémère)

 

 

 

 

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